NOËL SÉCULIER ET NOËL CHRÉTIEN

L’Halloween est apparemment le résultat  d ‘un mélange d’antiques coutumes antérieures au  christianisme  et de deux fêtes  chrétiennes, la Toussaint et le mémorial des défunts. L’événement est devenu peu à peu une fête  réservée  aux enfants et un support de relance pour des activités commerciales. Sa dimension chrétienne s’est estompée à mesure que la Toussaint et le Jour  des défunts ont cessé d’occuper une place significative  dans la mémoire collective. Perdurent toutefois des traces qui rappellent son appartenance en partie chrétienne, tel  le patronyme qui renvoie à « la veille de tous les saints », c’est -à-dire la vigile de la Toussaint.

La fête de Noël connaît un sort différent, même si cette période de festivités  donne lieu à un afflux débridé d’activités commerciales profanes, à un gigantesque déballage de produits hétéroclites amplifié  par une publicité envahissante à laquelle le consommateur  échappe difficilement. Le rendez-vous revêt une allure séculière, mais celle-ci ne réussit pas à occulter  le fondement  religieux et spirituel qui  lui donne un sens. C’est le  paradoxe d’un Noël sécularisé : on semble parfois avoir oublié les origines, mais celles-ci continuent d’exercer un impact sur les comportements.

Au fait, la dimension religieuse et spirituelle n’est qu’en partie occultée. Elle se concrétise chez beaucoup par la participation à des offices liturgiques, dans l’audition d’oeuvres musicales de haute qualité, dans de vieux cantiques souvent empreints de naiveté. L’inspiration à la fois humaniste et religieuse est sous-jacente et prégnante, celle que l’on retrouve  par exemple  dans  le beau récit  intitulé  La pastorale des santons de Provence,  porteur d’un enseignement spirituel dont la profondeur n’a rien à envier à beaucoup d’homélies qu’il nous est donné d’entendre.

Même dans sa dimension séculière Noël continue de véhiculer un message spirituel qui influence les comportements et la manière de vivre. Ainsi en est-il de ce besoin ressenti de donner, de partager. Partager avec son entourage, partager aussi avec des gens qu’on ne connaît pas, partager avec les  plus démunis. Ces pratiques  s’enracinent dans l’Évangile, même si ceux qui s’y adonnent ignorent souvent la source qui les alimente.

Partager aussi en renouant des liens, ce qui est loin d’être toujours chose facile.  Il est souvent plus aisé d’échanger des cadeaux que des propos. Mais l’ambiance de Noël incite à  redéfinir ses rapports avec les autres, à se rapprocher d’eux.  Ce qui vaut non moins pour le prochain qui habite un espace lointain que pour celui qui campe dans le voisinage et vit dans l’attente d’un geste de solidarité.

Noël illustre une culture où abondent des symboles d’humanité et de compassion : l’enfant tout frêle qui loge  dans une crèche, le  berger qui protège et guide ses brebis, le bon Samaritain, le malade que l’on guérit, le pardon accordé septante fois sept fois, le pain multiplié en abondance  afin que tous puissent manger, le maître qui lave les pieds des disciples, la vie donnée  pour ceux qu’on aime. Il y a là une toile de fond qui a perduré  à travers les aléas de l’histoire et les vicissitudes de la condition humaine, et ce même quand ont éclaté des conflits où des chrétiens se sont affrontés les uns aux autres. La dimension humaniste a toujours fini par triompher.

Noël d’aujourd’hui invite à prendre conscience de la valeur singulière d’un héritage associé à la non-violence et la fraternité, alors  qu’ailleurs une violence qui se réclame de la religion plonge des collectivités dans la misère et le sang. Tandis que là-bas on torture, on lapide et on tue au nom d’une croyance, ici, dans les pays  de tradition et de culture chrétiennes, on est enclin à valoriser la compassion et la solidarité et à renforcer les rapports pacifiques entre citoyens. Ce à quoi contribuent de surcroît des institutions et des pratiques démocratiques dont la source témoigne de l’influence du christianisme.

Noël, qu’il soit religieux ou séculier, crée  une ambiance qui incite à élaborer le projet   d’un monde moins brutal, plus  humain, plus civilisé. Un monde où l’on privilégie la non-violence, la compassion et où l’on rêve de paix. Il incombe aux  gens de bon vouloir de transformer ce rêve en réalité.

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