LIBERTÉ À GÉOMÉTRIE VARIABLE

Face au brutal assassinat de journalistes et de caricaturistes oeuvrant à Charlie Hebdo la France a rendu hommage de façon grandiose à la liberté d’expression. Des centaines de milliers de citoyens se sont sentis concernés, même s’ils ne lisaient pas le journal ou même s’ils étaient en désaccord avec son contenu rédactionnel.

En contrepartie, de jeunes écoliers musulmans qui habitent la banlieue de Paris ont refusé de respecter la minute de silence décrétée par les autorités publiques en souvenir de la tragédie. Ils ont préféré exprimer leur attachement envers le prophète Mahomet, dont on avait insulté la mémoire. Ce refus leur a attiré des sanctions disciplinaires. Ils ont ainsi appris que la liberté d’opinion et la liberté d’expression connaissent des limites et aussi qu’elles n’ont pas la même portée pour tout le monde. Non seulement leur liberté d’opinion est jugée sans importance, elle est aussi dénuée de pouvoir, puisqu’ils manquent de moyens pour l’exprimer. Leur liberté pèse bien peu, comparée à celle d’un intellectuel à la mode qui rédige des chroniques dans un magazine ou un journal à grand tirage . Bref, on a, pour ainsi dire, la liberté de ses moyens.

S’ils habitaient un pays de culture islamiste les jeunes banlieusards pourraient observer des écarts encore plus grands. Au fait, dans certains de ces pays la liberté d’expression est pratiquement inexistante. Une question de culture et de tradition, dit-on.Si bien qu’on risque beaucoup en osant s’adonner là-bas à la pratique d’une telle liberté. Celle-ci y trouve difficilement sa place.

En attendant , on doit souhaiter que prédomine, dans les sociétés où s’est développée une culture issue de la double tradition judéo-chrétienne et gréco-latine, une liberté critique responsable qui sait dépasser le niveau de l’injure et de la grossièreté. Ce que, face au phénomène religieux, les journalistes de Charlie Hebdo ont été incapables de faire.

Les chrétiens s’étaient habitués à encaisser l’injure et la grossièreté. Des extrémistes islamistes n’ont pas voulu les imiter. D’où la tragédie que nous déplorons tous.

4 pensées sur “LIBERTÉ À GÉOMÉTRIE VARIABLE”

  1. Les évènements me forcent à pousser ma réflexion de façon accélérée sur la notion de liberté d’expression. Entre celle que le juriste encadre selon la loi ( pas de propos haineux ou incitant à la violence, ce qui est interdit par le Code criminel; et possibilité de poursuite en dommage au civil) et celle que la personne bien élevée reconnaît ( on ne fait pas de peine et on n’insulte pas les autres), je cherche à trouver la conduite appropriée, l’action juste.

    Tant qu’on n’enfreint pas la loi, la retenue dans l’expression est selon moi une notion subjective, qui varie selon chaque personne, avec son éducation et sa sensibilité. Tant que je demeure à l’intérieur du droit, je veux que les limites à ma liberté d’expression relèvent de ma bonté personnelle, de ma délicatesse, de ma politesse, de l’estime que je porte à l’autre que je ne veux pas offenser. Je ne veux pas qu’elles découlent d’un diktat politique ou religieux; je ne veux pas qu’elles me soient imposées, ni surtout qu’elles découlent de la peur des représailles.

    Et comme vous le dites, la liberté d’expression des autres a droit au même traitement.

    1. Entièrement d’accord avec vous, M. O’Neill, ainsi qu’avec M. Leclerc. Pour ma part, j’aborde le problème en d’autres termes, mais dans le même esprit il me semble, dans mon prochain mini-éditorial à Pastorale-Québec. Les victimes de la tuerie ne deviennent pas des génies du seul fait de leur assassinat. Regardez leur travail au cours des 15 dernières années: une dizaine de dessinateurs à plein temps toutes ces années pour produire au plus une dizaine de dessins intelligents, comme André-Philippe Côté (dans Le Soleil) et Michel Garneau (Le Devoir) nous en offrent presque tous les jours. Assez pour oser penser que l’absence de toute limite, de toute auto-censure, non seulement ne favorise pas la créativité mais même encourage la médiocrité…
      Ceci dit, la problématique dépasse certainement la simple question de notre éthique individuelle: avancerions-nous graduellement vers le choc des civilisations annoncé un peu vite par Samuel Huntingdon il y a déjà 20 ans ? Le dialogue chrétiens-musulmans apparaît de plus urgent et nécessaire.

      René Tessier

    2. Un commentaire éclairant, empreint de franchise et qui ne ne craint pas de prendre ses distances face à une certaine pensée unique. Quant au dialogue chrétiens-musulmans, je ne saurais dire par où il doit commencer.

      Louis O’Neill

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