OÙ EST PASSÉ CHARLIE?

Nombreux sont ceux qui, à l’occasion du drame qui a frappé Charlie Hebdo,  se sont révélés de fervents partisans de la liberté d’expression.  Mais pour certains, cela n’a pas duré longtemps. Pour sa part, le maire de Montréal, que je présume être un Charlie dans l’âme, pourchasse un imam sous prétexte que celui-ci tiendra peut-être un jour des propos déplaisants dans un centre communautaire  éventuellement transformé en lieu de prière. Un cas qui relève de la futurologie. Connu pour ses réactions spontanées, le maire de Québec l’a approuvé sans tarder. On veut bien jouer à Charlie, mais on fait savoir, avant même qu’il en soit fait usage, que  la liberté d’expression a ses limites.

Il est vrai que l’imam autoproclamé a déjà démontré sa capacité de proférer de grosses bêtises. Qui plus est, certains pensent qu’il pourrait peut-être un jour se transformer  en agent  provocateur, à la manière de Charlie Hebdo. Ils craignent même qu’il en arrive à émettre  des propos qui  pourraient alimenter le terrorisme. Les deux magistrats ne sont pas du genre à tolérer des choses pareilles. Ils se disent sans doute qu’il vaut mieux prévenir que guérir. C’est beau d’être du côté de Charlie et de la liberté d’expression, on ne baisse pas la garde pour autant.

L’imam n’a pas encore commencé son prêche. Il ne faudrait peut-être pas s’énerver trop vite  et attendre qu’il se mette à discourir en bonne et due forme avant de le censurer. D’ici là, le maire de Montréal pourrait s’assurer de détenir vraiment les pouvoirs d’un sacristain inquisiteur qui se préoccupe de surveiller des sermons. Je doute que les survivants de Charlie Hebdo lui reconnaîtraient un tel droit d’intrusion qui va à l’encontre de la liberté d’expression. Ne le permettent peut-être pas non plus les lois en vigueur dans cette société démocratique et laïque qui est la nôtre.

Vraiment, il n’est pas facile d’être Charlie.

4 pensées sur “OÙ EST PASSÉ CHARLIE?”

  1. Vous avez raison.

    Ce n’est pas la première fois que vous défendez la liberté d’expression dans toutes ses dimensions, et non pas seulement une liberté d’expression à sens unique, celle qui fait notre affaire.

    L’expression d’une opinion religieuse qui conteste nos valeurs, notamment l’égalité des sexes et des orientations sexuelles ainsi que le droit à la croyance et à l’incroyance, relève de notre droit de débattre, l’un des plus précieux de notre démocratie.

    De même nous avons le droit d’émettre une opinion critique à l’égard d’une religion qui conteste ces valeurs. C’est forcément réciproque.

    Le tout étant assujetti à la seule mais importante limite du droit. Une fois cette barrière respectée, on entre dans le champ des convenances, du respect mutuel, de la sensibilité individuelle, de la politesse.

    1. Un commentaire éclairant. Certaines réactions provoquées par l’arrivée dans le décor de l’imam autoproclamé montrent que , dans les faits, on supporte parfois difficilement des propos qui tombent sur les nerfs même quand ils respectent les balises de la liberté d’expression.

  2. Ce n’est pas d’hier que cet imam autoproclamé, passé par l’université Laval, prêche contre l’Occident, les homosexuels, l’égalité des sexes, etc. Il y a donc erreur de prétendre qu’il n’a pas encore prêché. Ensuite, on pourrait relever que d’aucuns ont une compassion bien étrange pour un imam au discours « non rassembleur », c’est le moins qu’on puisse dire, et que ces mêmes bonnes âmes passent sous silence les morts de Charlie Hebdo. On pourrait aussi se demander quelle pourrait bien être la position de ces bonnes âmes, si un quidam autoproclamé discourait contre les Juifs, contre les Noirs? Parce qu’elles nous font comprendre que les homosexuels, les femmes, ce n’est pas pareil, on ne traite pas ça en termes d’égalité et de droits. Enfin, il n’est pas inutile de remettre en lumière que le dessein de l’imam autoproclamé est bel et bien d’ouvrir un centre communautaire pour FORMER notre belle jeunesse. Enfin, on comprend que les fervents aveugles aimeraient bien éclairer le bon peuple de leur aveuglement, volontaire, ou non. La liberté d’expression, oui, mais les discours haineux et ségrégationnistes, il faut les dénoncer haut et fort. Vous dénoncez le maire Coderre. Pourtant, comme vous, il a toujours fermé les yeux sur les discours haineux de ségrégationnistes islamistes tels que Chaoui. La seule différence entre vous et lui, c’est que vous n’avez pas honte de continuer à défendre de tels ségrégationnistes, alors que le maire Coderre, lui, plus faible que vous, n’a pas eu le courage de demeurer silencieux à partir du moment où les journaux ont commencé à braquer les projecteurs sur le problème.

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