Haïti: vers un nouveau départ

L’indicible choc. C’est sans doute le constat auquel les médias ont fait écho le plus fréquemment en décrivant les séquelles énormes de la secousse sismique qui a ravagé Haïti. Une réaction qui en rappelle d’autres dont on fut témoin dans le passé lors de séismes de grande amplitude. Ainsi celle que Voltaire avait manifestée à la suite du tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. « Le séisme ébranle les certitudes des individus et des systèmes de valeurs. La terre bouge, les croyances flageolent, l’âme se fend » ( Christophe Barbier, L’Express,21 Janvier 2010).

Que l’on soit croyant ou non, un drame aussi horrifiant soulève de multiples pourquoi qui demeurent sans réponse. Des sceptiques et des incroyants se sentent renforcés dans leur refus de croire. Des croyants cherchent à comprendre pourquoi le Dieu de miséricorde a permis à la nature de suivre ses propres lois, provoquant ainsi un débordement indicible de souffrance et d’horreur. Chez les uns et les autres des interrogations restent en suspens.

Des chrétiens ont cru pouvoir expliquer l’inexplicable en se raccrochant à la ligne de pensée d’un célèbre télévangéliste américain qui a proposé une interprétation stupide et odieuse de la catastrophe, invoquant la thèse farfelue de la malédiction.. Comme quoi l’étude méticuleuse de textes bibliques n’immunise pas contre la bêtise.

En revanche, des manifestations religieuses transmises par des réseaux de télévision laissent penser que les pauvres et les non-instruits sont capables d’une foi plus éclairée et plus solide que les gens instruits. Ils n’ont peut-être pas lu le Livre de Job , mais ils aboutissent à la même conclusion que l’auteur du livre sacré : il y a une souffrance qui est de l’ordre du mystère. Mais viendra le jour de la réparation et de la restauration, alors que le Dieu miséricordieux essuiera toute larme des yeux de ceux et celles qu’il aime et qui ont tenu le coup sous le poids de l’épreuve.

Débordement de solidarité. L’aide est venue de partout. Elle a outrepassé les capacités de distribution des organismes qui ont pris en charge les opérations de secours. Le sentiment d’appartenance à une même famille humaine a franchi un grand pas en avant. Des millions de gens provenant de tous les pays se sont sentis haïtiens. Réflexe prometteur pour l’avenir. Il contribuera sûrement à stimuler les initiatives qui vont dans le sens du développement solidaire des peuples et qui visent à réduire les inégalités entre pays riches et pays pauvres. La solidarité rend l’imagination créatrice et porteuse d’efficacité.

Solidarité Québec-Haïti. Celle-ci est particulière. Elle se nourrit de racines dont certaines plongent loin dans le passé : des communautés religieuses à l’œuvre en Haïti depuis plusieurs décennies, des ONG efficaces, des Québécois pour qui Haïti représente une deuxième patrie, des Haïtiens devenus citoyens du Québec tout en demeurant toujours attachés au pays d’origine, d’innombrables liens d’amitié qui se sont tissés au cours des années. Ce qui explique par exemple que des militaires québécois de retour d’Afghanistan ont dit oui sans hésiter quand on leur a proposé de se rendre en Haïti pour y accomplir des missions de paix. Eux aussi se sentent proches de ce pays lourdement éprouvé. . aïti Haïti Ha

C’est sans difficulté que des milliers d’Haïtiens ont adopté le Québec, terre française et de tradition judéo-chrétienne. On n’a pas eu besoin de leur fabriquer des accommodements pour qu’ils se sentent à l’aise chez nous. Ils ont apporté avec eux leur parler français coloré, la vitalité, la jeunesse, des enfants qui nous manquent, le goût du travail, un savoir aux multiples facettes, une foi dans l’avenir qui devine au-delà des afflictions du présent. Ils savent s’adapter à notre climat rude, parfois maussade. Mais si le temps qu’il y fait est parfois frisquet, le sol est solide et l’espace est grand.

Reconstruire Haïti, oui. Une tâche qui s’impose. Mais rien n’empêche qu´en même temps on agrandisse la rallonge haïtienne en territoire québécois et parallèlement la rallonge québécoise en territoire haïtien. Grâce au rapprochement progressif de deux peuples qui entretiennent déjà de multiples affinités, on peut entrevoir un nouveau départ historique, tant pour le Québec que pour Haïti, et dont on aura raison de se réjouir et d’être fier. Possiblement l’émergence d’une forme inédite de souveraineté-association. On ne sait jamais.

On objectera : ce n’est qu’un rêve. A cette objection je réponds en citant un chant populaire brésilien. On y lit ceci : « Lorsqu’on rêve seul, ce n’est qu’un rêve. Lorsque nous rêvons ensemble, c’est le commencement de la réalité »

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