L’IDENTITÉ REFOULÉE

On débat beaucoup, en France et ailleurs en Occident, la question de l’identité. Celle-ci occupe parfois l’avant-scène. Elle est suscitée par une avancée islamique militante qui   profite de la faiblesse d’une affirmation identitaire frileuse répandue chez  beaucoup d’héritiers  de la culture et de la civilisation occidentales, où s’entrecroisent des racines  judéo-chrétiennes et gréco-latines. C’est l’enracinement chrétien qui pose problème. On aimerait pouvoir se comporter comme s’il n’existait pas. Or il est inséparable de valeurs et de manières de voir qui contribuent à définir  le mode de vie de ceux qui en sont tributaires. Pensons par exemple au droit à la vie, à la dignité de la personne humaine , au principe de l’égalité de l’homme et de la femme ou encore à la célèbre devise liberté, égalité, fraternité. Là où certains ne voient que des valeurs laïques, d’autres y décèlent une souche chrétienne qui alimente les valeurs dites laïques. 

 

Débat similaire au Québec. Il y a ceux qui, nombreux, assument sans complexe une histoire et une identité construites sur deux composantes majeures, catholique et de langue française, greffées sur fond amérindien. Ils  sont fiers de ce passé dont ils assument aussi les  vissicitudes, parmi lesquelles le poids d’une domination étrangère  dont ils se sont libérés progressivement et sans violence en faisant un usage efficace  d’outils démocratiques. Du passé religieux ils retiennent plus les zones de lumière que les ombres et sont plus enclins à en tirer une fierté qu’à s’apitoyer  sur des failles. 

 

Pour d’autres le passé religieux pose problème. Ils s’en sont dissociés en partie tout en ne sachant pas comment se définir sans lui. En découle  un malaise qui prend la forme d’une identité refoulée.  On ne sait trop  comment assumer ce passé qui marque l’histoire collective. Il devient gênant d’y faire appel face à de nouvelles traditions culturelles affirmées sans complexe. Difficile d’adopter une position claire quand on est soi-même plongé en plein brouillard. 

 

Il arrive que ce refoulement identitaire provoque en réaction l’affirmation d’une identité défoulée, attachée sans ambiguité aux valeurs héritées du passé et qui campe à l’opposé de la culture du ressentiment que l’on décèle au cœur de l’identité refoulée. L’affaire de la prière au Conseil de ville de Saguenay en a fourni une bonne illustration. Des sondages révèlent que nombreux sont ceux qui partagent  cette identité défoulée dont le maire de Saguenay est devenu un porte-parole éminent et coloré. 

 

Comment transiter d’une identité refoulée à une identité assumée? Cela peut se faire en commençant par une relecture de l’histoire où, au lieu de se complaire à comptabiliser  les échecs que l’on croit déceler dans le passé, on porte plutôt attention aux  réussites, aux avancées. Il serait paradoxal d’affirmer sa confiance dans le projet d’un pays dynamique où l’on serait maître chez soi tout en affirmant que ce que les Québécois ont fait dans le passé ne valait pas grand-chose et se résume à une série d’échecs, à une succession de grandes noirceurs.  

 

Tirer du passé des raisons d’être fier et d’espérer dans l’avenir : c’était la manière de voir de Lionel Groulx.Aussi celle de René Lévesque, qui considérait la nation québécoise comme un grand peuple qui, en apparence asservi et résigné, manifeste de plus en plus la volonté de se prendre en main. Un peuple de langue française, mais aussi porteur d’un héritage culturel judéo-chrétien et gréco-latin, ce qui constitue un atout précieux dans le cheminement d’une nation. Il y a là une manière de voir qui constitue un remède efficace contre le refoulement malsain de sa propre identité.

2 pensées sur “L’IDENTITÉ REFOULÉE”

  1. Exceptionnel. J’ai rarement lu un article qui résume si bien la situation en si peu de mots. Et qui a un souffle vers l’avenir. Il mériterait de paraître dans tous les journaux.

  2. Moi aussi, j’aime beaucoup ce texte, qui résume très bien une situation évidemment fort complexe; du moins, dans la mesure où il est possible de camper le tout en moins de 1000 mots…
    Je suis bien d’avis, moi aussi, que ce texte devrait être reproduit ailleurs. Dommage que ça ne dépende pas de nous…

    René Tessier

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