LES RELIGIONS ET LES GUERRES

Interviewé sur les ondes de Radio-Canada un jeune intello post-moderne versé dans les arts déclare péremptoirement que toutes les religions sont néfastes. Car ce sont elles, dit-il, qui engendrent les conflits. Les religions abolies, finies les guerres! C’est simple. Il suffisait d’y penser !

J’ai retrouvé le même constat chez un universitaire qui affirme que les religions, particulièrement celles qui se réclament du christianisme, sont à l’origine des guerres. Il va jusqu’à laisser entendre que ce sont des chrétiens qui ont tué quelque six millions de Juifs au temps du régime nazi. Le national-socialisme hitlérien aurait donc été une sorte de secte chrétienne. Un constat qui ne manquera pas d’étonner les historiens sérieux.

Il demeure vrai, comme le souligne Gaston Bouthoul dans son Traité de polémologie, que la religion a maintes fois servi de paravent ou de prétexte à des conflits armés. Des chefs de guerre, des rois, des princes, des généraux, parfois des papes, ont cherché à fournir une caution morale à des entreprises militaires en invoquant des motifs religieux, comme dans le cas de ces guerres dites de religion qui ont déchiré la France au XVIème siècle. Des motivations bien profanes expliquent en bonne partie des conflits en apparence religieux. Les disciples de Mahomet invoquaient le Coran pour légitimer leurs conquêtes, mais les visées politiques et économiques caracolaient pas loin derrière. Les Croisés disaient vouloir libérer le tombeau du Christ, mais cherchaient non moins à dégager une voie commerciale donnant accès à l’Orient et aux Indes. Les conquistadores espagnols prétendaient combattre au nom du Royaume du Christ, mais en même temps cherchaient de l’or, de l’argent et des denrées précieuses. Les protestants du nord de l’Irlande ont invoqué la défense du christianisme authentique contre la menace papiste, mais tenaient surtout à consolider des privilèges sociaux et économiques que leur avait procurés la supériorité militaire. Dans beaucoup de guerres les prétextes religieux ont occulté des objectifs douteux et des intérêts peu reluisants.

D’autre part, de nombreux conflits dont plusieurs ont pesé lourd dans la vie des peuples n’avaient rien de religieux, ni en apparence, ni dans la réalité. Le facteur religieux n’est sûrement pas celui qui prédomine dans les conquêtes d’Alexandre, de Tamerlan, les guerres menées par Louis XIV ou Napoléon, les entreprises coloniales, la guerre 1914-1918, les conquêtes hitlériennes, les camps de la mort, les goulags, la guerre en Tchétchénie, en Irak, en Afghanistan, les conflits qui sévissent en Afrique, l’occupation militaire du Tibet, les rebellions maoïstes, le génocide en cours au Soudan.

C’est promouvoir une vision débile de l’histoire que de cibler le facteur religieux comme la cause première et unique des conflits armés. Mais au Québec c’est une débilité permise, car elle fournit un prétexte de plus pour s’en prendre à la foi chrétienne. Ainsi va la mode chez ceux que le journaliste Michel Vastel appelle les « vociférants ».

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