LA PAIX DES UNS, LA GUERRE DES AUTRES

Dans la tradition juive, prolongée dans la tradition chrétienne, la paix s’inscrit au cœur de l’espérance messianique. On rêve d’un temps de grâce où les hommes transformeront leurs boucliers pour en faire des socs de charrue et leurs épées pour en faire des faucilles pour la moisson. Dans le contexte de la fête de Noël, cet espoir imprègne l’atmosphère. C’est ce qu’illustre bien par exemple le beau film Joyeux Noël, où on nous montre des soldats français et allemands fraternisant dans les tranchées, au cours de la première Guerre mondiale. Des gens de bonne foi qui ont décidé, ne serait-ce que pour quelques instants, de goûter la « paix sur terre aux hommes et femmes de bon vouloir », que les anges avaient jadis annoncée aux bergers.

La réalité contemporaine est peu rassurante. Les conflits se multiplient et l’on observe plusieurs situations d’oppression et d’injustice qui laissent prévoir l’émergence de nouveaux conflits dans l’avenir. Partout dans le monde les budgets militaires ne cessent de croître. Ils dépassent de beaucoup les mille milliards $. Les fabricants d’armes font de bonnes affaires. Au sixième rang parmi eux se classent les entreprises canadiennes, dans un pays qui se targue d’être un Etat pacifiste. La vigueur du dollar canadien découle en partie de la fabrication et du commerce des armes.

 

La violence militaire et les conflits occupent une large place dans l’actualité. Guerre en Irak et en Afghanistan, génocide au Darfour, oppression russe en Tchétchénie, l’Iran en quête de l’arme nucléaire et qui menace de détruire Israël, l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie, la domination chinoise au Tibet, la dictature militaire en Birmanie, la guerre civile en République dite démocratique du Congo, des cellules terroristes qui menacent la sécurité des citoyens dans plusieurs pays, et j’en passe. La militarisation alimente la violence, le voisinage d’un Etat belliqueux encourage la militarisation. Le commerce des armes est plus que jamais florissant. On est loin des socs de charrue et des faucilles.

 

Ceux qui rêvent de paix se sentent impuissants dans un monde où la violence armée, l’oppression militaire et le commerce des armes ont la cote. Pourtant l’événement de la Nativité nous enseigne que nous avons raison de rêver de paix. En rêver, mais aussi œuvrer pour la paix. De quelle façon ?

 

Le dimanche, les chrétiens qui se rendent à l’église prient pour la paix et se la souhaitent mutuellement. Mais il faut faire plus. On devrait, à titre de citoyens et d’électeurs, s’intéresser de plus près à des dossiers qui ont un impact majeur sur l’instauration de la paix dans le monde. Par exemple :

* L’ampleur du budget militaire canadien. Il dépasse les quinze milliards$. Avec une fraction de cette somme on pourrait assurer à des milliers d’enfants dans le monde la nourriture de base, l’eau potable les médicaments et une scolarisation élémentaire. Un tel redéploiement de nos ressources devrait normalement plaire à nos élus.

·      La présence militaire canadienne en Afghanistan. La Conférence catholique des évêques canadiens affirme que la seule manière efficace de mettre fin au conflit qui s’éternise là-bas est de conduire des négociations où seraient conviées toutes les parties en présence. Ce qui inclut les talibans, ces gens pas très sympathiques avec qui les Américains ont jadis négocié dans l’espoir d’assurer le transport du pétrole à travers le territoire afghan. Les évêques ne croient pas à l’efficacité de la solution militaire. Nos représentants qui siègent à Ottawa préfèrent-ils la négociation ou la poursuite d’une aventure militaire pleine de risques ? * Le commerce des armes. Il y aurait lieu de dresser la liste des entreprises canadiennes qui s’adonnent à la fabrication et au commerce des armes. Combien d’entre elles ont pignon sur rue au Québec ? Se demander aussi quelles sortes d’armes on y fabrique. Peut-être des mines antipersonnel ?

·      La paix, le développement et les droits humains vont de pair. Il convient donc de vérifier si les interlocuteurs avec lesquels le Canada entretient des relations commerciales ou militaires à l’échelle internationale sont au-dessus de tout soupçon en matière de droits humains et de libertés démocratiques. Le pays fait-il affaire avec des dictateurs sanguinaires et des criminels de guerre ? Une telle possibilité devrait préoccuper les élus qui siègent à Ottawa.

 

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Pour devenir des artisans efficaces de paix il ne suffit donc pas de se souhaiter mutuellement la paix au cours d’une célébration eucharistique. Il faut aussi observer ce qui se passe sur le terrain. Il ne faut pas laisser en paix les fauteurs de guerre, les vendeurs d’armes, les oppresseurs de peuples. Ni les décideurs politiques qui pataugent dans des connivences douteuses. C’est à des gens de bon vouloir qu’est promise la paix de la Nativité. Pas aux trafiquants d’armes et aux gens de pouvoir qui pactisent avec eux. Ni à des électeurs distraits ou myopes qui ne réalisent pas que leur inconscience politique fait le jeu des fauteurs de guerre.

 

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