Vaches sacrées et vaches maigres

Le choix des mots n’a rien d’innocent. Quand on y va à répétition, cela prend l’allure d’un argumentaire. S’ensuit un effet consciemment ou inconsciemment recherché. C’est ce qui se produit avec l’étiquette des « vaches sacrées », auxquelles on impute les difficultés que doit affronter le pouvoir politique dans sa tentative visant à équilibrer les finances publiques.

Pour certains experts conservateurs les vaches sacrées désignent des gains sociaux que les Québécois ont réalisés au cours des années. Nous nous sommes donné de bons services de santé, accessibles aussi bien aux moins nantis qu’aux plus fortunés. Des garderies à coût modeste facilitent le quotidien des jeunes familles. Les bas tarifs d’électricité aident en premier lieu les gens à faible revenu. Les diplômés de CEGEP ont accès aux études universitaires en acquittant des frais de scolarité moins élevés que dans les autres provinces canadiennes. Ces divers avantages compensent en partie pour un niveau de taxation relativement élevé. Tout compte fait, le système se révèle conforme aux requêtes de la justice sociale et de la justice distributive. Reste à l’améliorer tout en respectant les exigences d’une saine gestion économique.

Voilà qui est trop beau, disent ceux qui se qualifient de lucides et de réalistes. Quand on est né pour un petit pain, il ne faut pas ambitionner de se nourrir de tarte à la crème. Des chefs de file de « la sinistre confrérie des économistes « (dixit J.K.Galbraith) déclarent que le temps est venu de se débarrasser de ces vaches sacrées qui coûtent trop cher. Il faut désormais instaurer l’ère des vaches maigres qui sied à ceux qui sont nés pour un petit pain. L’avenir est à la frugalité, et la frugalité, c’est la santé. Grâce aux vaches maigres, tout le monde ne s’en portera que mieux, à commencer par les plus nantis.

Il y a là matière pour un beau débat de société.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *