SOLDATS VALEUREUX, MAIS COMBAT DOUTEUX !

 (Texte publié dans Le Soleil, 30 juin 2007)

On ressent un certain malaise quand des soldats s’en vont participer à une opération militaire dans un pays étranger alors qu’ci, au même moment, des citoyens contestent la légitimité et la pertinence de l’entreprise. Ce malaise était palpable quand des soldats du 22ème Régiment ont défilé récemment dans les rues de Québec tandis que des opposants à l’envoi de troupes en Afghanistan ont manifesté publiquement leur désaccord. Un malaise qui sans doute eut été moins tangible si le défilé militaire n’avait pas revêtu l’apparence d’une opération de propagande. Car il fut un temps jadis où l’envoi de troupes à l’étranger s’effectuait dans la discrétion, ne fut-ce que pour raison de sécurité. Mais il semble qu’on ait opté dans ce cas-ci pour le spectaculaire, peut-être dans l’espoir de revamper une cause pas très populaire auprès de l’opinion publique.

Une histoire qui se répète

En soi il n’y a rien de scandaleux à ce que des opinions divergentes sur la guerre s’expriment sur la place publique. Cela fait partie de la vie démocratique. Dans le cas d’une participation à une guerre étrangère, le phénomène s’est produit lors de la guerre de 1914 et celle de 1939. Dans ce dernier cas les raisons morales légitimant une intervention armée ne manquaient pas. Mais tous ne percevaient pas les véritables enjeux du conflit. Le Cardinal Villeneuve, alors archevêque de Québec, avait tenté en vain de mettre en lumière les motifs pouvant légitimer un recours aux armes. De nombreux chrétiens, incluant des clercs, contestèrent sa prise de position. Ce qui n’empêcha pas des milliers de Québécois de s’enrôler volontairement dans les forces armées. Pour sa part, le pouvoir fédéral, embarrassé par sa promesse de ne jamais imposer la conscription pour service outre-mer, retarda autant qu’il put l’envoi au front de jeunes conscrits. Le débat sur la légitimité de la participation à la guerre persista jusqu’à la fin du conflit.

A la source du malaise

Plusieurs raisons peuvent expliquer l’impopularité du soutien à l’occupation militaire de l’Afghanistan. La première est qu’elle porte atteinte à l’image d’un Canada pacificateur, renommé pour ses missions de paix dans diverses régions du monde affectées par des conflits, par exemple à Chypre. Depuis l’époque de L.B.Pearson, le Canada s’est distingué dans ce genre d’opérations qui visaient soit à mettre fin à des conflits, soit à les empêcher de resurgir. Or voici que cette image est désormais ternie.

D’autres questions surgissent : la population afghane souhaite-t-elle cette présence militaire étrangère ? Est-ce réaliste de vouloir imposer la démocratie par les armes ? Le pouvoir officiel qui règne là-bas mérite-t-il qu’on lui fasse confiance ? Peut-on se permettre de soupçonner que l’occupation militaire vise avant tout à assurer un meilleur contrôle de régions riches en pétrole et ce à l’avantage des Etats-Unis ? Est-il vrai que ceux-ci ont tenté jadis de conclure une alliance avec les talibans afin que ces derniers garantissent un passage sécuritaire par le territoire afghan du pétrole en provenance de pays voisins ?

Un Afghan qui réside au Québec ( voir LE SOLEIL, 23 juin 2007) estime que la mission canadienne ne donnera rien tant qu’elle contribuera à maintenir au pouvoir un gouvernement local qu’il juge corrompu. A son avis, ce gouvernement est formé d’anciens criminels qui ont tué, volé, mutilé. Ils ont volé les élections et ne représentent pas la diversité ethnique de l’Afghanistan. C’est un gouvernement qui n’a pas la crédibilité pour construire un nouveau pays démocratique Question : sont-ce là des alliés fiables qui méritent que des militaires canadiens courageux risquent leur vie pour eux ?

Autre source de malaise : de moins en moins de Québécois estiment qu’on puisse régler des problèmes de ce genre par le recours à la violence armée et ce même si, dans le cas actuel, c’est l’OTAN qui cautionne l’aventure. Vaudrait mieux mettre sa confiance dans les démarches souvent longues et complexes des institutions onusiennes que de se fier aux idéologues militaristes et à la puissance des armes de destruction, Car la guerre, même quand on la croit juste, est un mal et marque une régression de l’humanité. « De la peste, de la faim et de la guerre délivre-nous, Seigneur », clame une antique prière. A ne pas oublier.

 

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