PLURALISME NORMATIF

Soumis à la primauté de la raison pure le principe du pluralisme normatif constitue une assise axiale de l’idéologie qui sous-tend le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse. C’est-à-dire qu’on transforme le pluralisme de fait en norme, en règle, On considère la diversité non pas comme un obstacle mais plutôt comme un avantage dans la recherche de la vérité et du bien. Cette diversité englobe les choix éthiques soumis à la délibération à laquelle devront s’adonner les écoliers. Confrontés avec un monde marqué par des courants multiples, ils auront la chance, nous dit-on, de se construire une éthique plurielle, enrichie d’apports issus de sources diverses. Ils pourront donc se donner une éthique plus solide que celle que leur ont transmise les générations précédentes par le biais de l’enseignement confessionnel traditionnel.

Le projet est ambitieux. Mais il n’est pas dépourvu de risques. Il se heurte à des difficultés majeures. La première vient du fait qu’on ne semble pas tenir compte de l’acquis moral de l’humanité à travers l’histoire. Si tout se vaut, si toutes les traditions sont d’égale valeur, que reste-t-il par exemple de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ? Faut-il tout remettre en question sous prétexte que les consensus réalisés ne tiennent pas compte de l’apport de certaines traditions ?

Autre difficulté : qui arbitrera un conflit de valeurs, par exemple quand on débat de questions telles que le droit à la vie, la torture, la lapidation, le refus d’une transfusion sanguine formulé par un Témoin de Jéhovah ? Faudra-t-il faire appel à l’intervention des fonctionnaires du Ministère de l’éducation ?

Troisième difficulté. Tenu à une stricte neutralité le responsable du cours n’aura pas le droit de manifester une préférence, de guider les choix Il devra abandonner chaque écolier à sa propre réflexion, à cette raison pure et objective qui habite chacun et chacune. Quel résultat espérer d’une délibération qui se déroulera dans des conditions pareilles ?

Face à ces difficultés, on comprend que des milliers de parents et de jeunes revendiquent le droit de choisir entre cet itinéraire aventureux- unique au monde, selon son principal artisan- et une démarche qui s’inscrit dans une tradition particulière tout en fournissant l’occasion de s’initier à d’autres courants de pensée et d’autres normes éthiques.

Hans Küng, qui insiste sur la nécessité du dialogue interreligieux , rappelle que sa réussite dépend de l’approfondissement préalable de son propre héritage spirituel. Ce que seul peut garantir un enseignement spécifiquement religieux. Il semble donc qu’on aurait avantage à restaurer le droit de choisir entre un tel enseignement et l’aventure risquée à laquelle convie le nouveau cours qu’on veut imposer à tous.

 

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