POLITIQUE ET AMOUR DU PROCHAIN

Lors d’une célébration eucharistique au sanctuaire brésilien de l’Aparecida, le 13 mai 2007, le pape Benoît XVI a déclaré : « Ce n’est pas une idéologie politique, ni un mouvement social, ,ni même un système économique ; c’est la foi en Dieu Amour , incarné, mort et ressuscité en Jésus-Christ, l’authentique fondement de cette espérance qui porte tant de fruits magnifiques depuis la première évangélisation jusqu’à nos jours, comme en témoigne la série de saints et bienheureux que l’Esprit a suscitée sur ce vaste continent ».Des commentateurs ont cru voir dans ces paroles une condamnation de l’engagement politique inspiré par la foi, par exemple celui de chrétiens qui adhèrent à la théologie de la libération. Mais il ne faudrait pas tirer trop vite des conclusions à partir de ce seul texte.

 La politique et l’amour du prochain, ça peut fort bien aller ensemble. Tout comme vont trop souvent ensemble l’intimisme religieux, l’apolitisme et l’inefficacité sociale. Le choix dépend de l’idée qu’on se fait de la politique et de sa pratique. Paul VI nous rappelle que « la politique est une manière exigeante-mais non la seule- de vivre l’engagement chrétien au service des autres ». Quand l’abbé Pierre est devenu député, il n’a pas mis l’Evangile au rancart. Il a tenté d’insuffler dans la politique des préoccupations sociales inspirées de sa foi en Jésus-Christ. L.J.Lebret, théologien et expert éminent en développement international, avait l’habitude de répéter que « la miséricorde passe par les structures » Les initiatives individuelles les plus louables ne permettent pas de faire l’économie de réformes dont la réalisation dépend ultimement de décisions politiques.

La théologie de la libération a suscité des pratiques sociales d’inégale efficacité. Mais on doit lui reconnaître le mérite d’avoir alimenté une conscience politique éclairée par la foi et qui incite à réformer des structures sociales et économiques porteuses d’injustices. On n’y parle pas seulement de péché, mais aussi de « structures de péché ». Vu sous cet angle, le politique apparaît comme un domaine que les croyants ont le devoir d’investir, d’humaniser, de transformer. On peut critiquer la manière de mener cette tâche, ce que fit jadis le cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI. Il demeure que l’approche fondamentale de la théologie de la libération est enracinée dans l’Evangile et s’inscrit dans le vaste courant de la pensée sociale chrétienne.

 

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