UN ÉLÉPHANT, ÇA TROMPE

« Un éléphant, ça trompe, ça trompe énormément », dit un vieux refrain. Quand il s’agit d’un éléphant blanc, c’est le coût qui trompe. Qu’on se remémore la saga du Stade olympique de Montréal. Cela devait se payer tout seul, pareil à une baignoire qui se remplit facilement dès qu’on ouvre le robinet. Sauf qu’on avait oublié de vérifier s’il y avait de l’eau dans le robinet.

Dans le royaume des éléphants vont bientôt s’ajouter au paysage montréalais deux méga-hôpitaux. Chacun coûtera au moins un milliard$, peut-être deux. Du béton en abondance, et du tout neuf. Les bâtiments hospitaliers actuels sont jugés vétustes. Pourtant, à Paris, l’hôpital Val-de-Grâce, de réputation internationale, loge dans des bâtiments qui datent de la reine Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII. Vieux béton, mais médecine de grande qualité. Puisse le béton tout neuf d’ici abriter un savoir médical comparable à celui qui fait la renommée de Val-de-Grâce.

La mystique du béton a envahi aussi la noble enceinte de l’UQAM. Encore là un éléphant trompeur. Une erreur de calcul masque un imprévu de quelque 200 ou 300 millions$, on ne sait trop. Faut croire que dans cet établissement les sciences comptables ont encore des croûtes à manger.

Pendant ce temps, à Québec, on scrute attentivement le dossier des assistés sociaux. On se demande si les barèmes de l’aide sociale ne sont pas trop généreux et si on ne serait pas en train de verser dans l’assistanat. On ne voudrait pas que la générosité de l’Etat envers les moins favorisés nuise à la santé du trésor public. On s’inquiète plus des modestes prébendes de petites gens que des extravagances auxquelles conduit la mystique du béton. On ne prête qu’aux riches, qu’aux gens de qualité, comme dirait Molière. Les autres devront pratiquer la frugalité.

Cela me fait souvenir de la fable de La Fontaine sur les animaux malades de la peste.

 

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