GLOIRE ET TRISTESSE

La commémoration de la bataille de Vimy a donné lieu à l’expression de beaucoup de bons sentiments. Non sans raison. Car ils furent courageux ces soldats canadiens qui, le 9 avril 1917, affrontèrent l’ennemi. Tout comme furent courageux les jeunes Allemands qui tentèrent en vain de résister à la poussée audacieuse entreprise par des coloniaux de l’Empire britannique. Les uns et les autres méritent des louanges.

De courage et d’honneur parlent abondamment les discoureurs de service. Ce qu’on oublie de rappeler, c’est l’origine du conflit, avant tout l’irresponsabilité de décideurs politiques des deux camps qui ont plongé l’Europe dans un affrontement inutile et désastreux qui s’est soldé par des millions de morts et de blessés. A l’avant-scène : un empereur autrichien et un tsar dépassés par les événements et pratiquant la fuite en avant ; un empereur allemand mégalomane et désireux d’en découdre avec les Britanniques ; ceux-ci déterminés à conserver leur suprématie économique et maritime ; la France voyant dans une nouvelle guerre l’occasion de venger la défaite de 1870.

Le prétexte qui a servi à déclencher la première Grande Guerre fut l’assassinat du prince-héritier d’Autriche, l’archiduc François-Ferdinand. Or on n’a jamais pu prouver la complicité de la Serbie dans cet attentat. Pourtant, écrit André Maurois, de cet incident « allait naître en quelques jours une guerre invraisemblable, sans que les gouvernements aient eu le temps d’en réaliser l’ampleur et les suites ». Et l’éminent historien d’ajouter : « C’était un acte de folie collective. La civilisation occidentale se suicidait. Unies, les puissances européennes dominaient le monde et lui assuraient la paix. Elles allaient ensemble vers plus de bonheur et de justice. Divisées, elles se perdaient. La guerre de 1914 fut une guerre civile. Un peu d’intelligence et de conciliation l’aurait facilement évitée. Mais le bon sens était alors la chose du monde la moins écoutée. La machine infernale des mobilisations une fois mise en marche, rien ne pouvait plus l’arrêter » (Dans Histoire de l’Allemagne, Hachette, 1965,p.254). Voir aussi Louis O’Neill, Les chemins de la paix, cours télévisé, module 2, THL-18739, Université Laval).

Cette interprétation de l’histoire va à l’encontre des discours qu’on nous a servis récemment sur la défense de la liberté qui aurait été au cœur de la bataille de Vimy. Dans les deux camps qui se sont affrontés au cours de la première Guerre mondiale des hommes courageux ont sacrifié leur vie en accomplissant un devoir patriotique. Ils ont obéi à des ordres de décideurs présumés responsables. Mais le conflit aurait pu être évité si on avait fait preuve d’un peu plus d’intelligence et de conciliation. Vue sous cet angle la guerre 1914-18 fournit moins un motif de gloire que de tristesse. Elle apparaît avant tout comme une régression dans l’histoire de l’humanité.

Considérer ce jour du 9 avril 1917 comme celui de «la naissance de la nation canadienne » étonnera plus d’un Québécois qui se rappelle surtout la résistance populaire à la conscription qu’imposera le gouvernement Borden dans les mois qui ont suivi.

 

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