SACRISTAIN ET CATÉCHÈTE

Le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse doit refléter des « orientations ministérielles » Voici donc que le ministre de l’éducation, nonobstant son statut laïque, devient un expert dans le domaine religieux. Ce qui n’est pas sans inquiéter le secrétaire général de l’Assemblée des évêques du Québec, qui formule les questions suivantes : « Qu’entend-on par « culture religieuse » ? S’agit-il bien de culture religieuse ou d’une culture laïque ouverte au religieux ? Dans quelle mesure est-ce la responsabilité de l’Etat de façonner la culture religieuse d’un peuple ? Vers quel type de « culture religieuse » l’Etat québécois souhaite-t-il orienter la société par le biais de l’école ? »

Des interrogations pertinentes qui ne mettent pas en question toute intervention du pouvoir politique dans le domaine religieux. C’est la manière de faire qui provoque la perplexité. Au fait, l’intrusion du pouvoir civil dans ce domaine n’est pas un phénomène nouveau. Des précédents existent. Henri VIII d’Angleterre transmettait des directives sur l’enseignement catéchétique et sur le contenu des homélies. Joseph 11 d’Autriche se mêlait tellement de choses religieuses qu’il mérita le titre d’empereur sacristain. Bonaparte ordonna que l’on rédige un catéchisme complaisant où l’on insisterait particulièrement sur le devoir de loyauté envers l’empereur. Ce catéchisme fut relégué aux oubliettes peu après la défaite de Waterloo. En Pologne, au temps de l’oppression communiste, le pouvoir politique imposait l’enseignement du marxisme dans le cadre des programmes d’études dans les grands séminaires. Effet inattendu : les nouveaux clercs devinrent plus compétents que leurs aînés dans la réfutation de l’idéologie marxiste.

La pensée philosophique qui sous-tend le cours de religion du ministre semble s’apparenter au catéchisme universel concocté par Auguste Comte. Ce dernier rêvait d’établir une sorte de religion cosmique. Il soumit son projet à des messieurs de la Compagnie de Jésus. Ceux-ci ne tardèrent point à prendre leurs distances avec les élucubrations du nouveau prophète, surtout quand celui-ci les informa qu’il s’était promu grand prêtre de la religion de l’Humanité.

Au temps de la « grande noirceur » québécoise, le pouvoir politique laissait à des instances compétentes le soin de veiller sur le contenu de l’enseignement religieux, catholique ou protestant. On respectait la séparation de l’Eglise et de l’Etat, tout en maintenant des rapports habituellement amicaux. Les hommes politiques ne se prenaient pas pour des sacristains ou des catéchètes. Paradoxalement, c’est au nom d’une idéologie dite laïque qu’on veut maintenant que le ministre de l’éducation se transforme en expert en religions, en préposé aux choses pieuses, en sacristain haut de gamme. Marche folle de l’histoire, aurait dit l’éminente historienne Barbara Tuchman.

 

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