PROGRESSISME ET PENSEE UNIQUE

Selon le philosophe et homme de lettres Carl Bergeron ( voir LE DEVOIR, 30 décembre 2006), le Québec progressiste serait devenu allergique à toute référence chrétienne. D’où le choc ressenti quand un homme politique, tel monsieur Harper, se permet d’invoquer la bénédiction divine. Le Québec progressiste : c’est-à-dire une élite qui a rompu radicalement avec le passé catholique, avec une Eglise « virtuellement morte » pour plonger dans un modernisme annonciateur de lendemains qui chantent.

Pourtant, soutient le philosophe, on ne peut conjuguer un conservatisme qui fait partie de l’héritage occidental et certains legs positifs de la Révolution française sans la contribution de l’Eglise. « Une telle entreprise de réalignement historique ne pourra pas se réaliser sans une véritable réconciliation avec l’Eglise catholique. Le catholicisme, grand absent de notre vie publique et intellectuelle, est la clé pour comprendre ce qui nous arrive ». Là, je ne comprends pas. Pourquoi se réconcilier avec une Eglise obscurantiste, « virtuellement morte », absente du débat public ? Ne serait-il pas plus pertinent que nos Lumières québécoises continuent de s’éclairer entre elles pour ensuite se pencher sur le monde ordinaire enfoncé dans les ténèbres héritées de la « Grande Noirceur » ? Ont-elles vraiment besoin de faire appel à une institution qu’elles jugent obsolète ?

Pareille à la Tour de Pise, l’élite moderniste penche du même bord. Elle mange à tous les râteliers et occupe tous les créneaux. Elle est omniprésente au point de risquer de se sentir seule, en train de vaincre sans péril et de triompher sans gloire. Quoique cette hégémonie ne la gêne pas trop, puisque qu’elle se sent dépositaire de la vérité. Or pour elle seule la vérité a des droits. Ce modernisme n’a que faire avec l’obscurantisme.

Une autre école de pensée privilégie une vision différente de la réalité, mais elle est timide et bien peu bavarde. Soit qu’elle a peur, soit qu’elle manque de lieux où s’exprimer, soit qu’elle ne sait pas utiliser efficacement les modestes moyens qui sont à sa portée. Elle ne semble pas voir qu’en démocratie s’offrent toujours quelque part des voies d’accès pour une parole libératrice capable de freiner l’hégémonie d’une pensée qui se croit unique dans ses oripeaux progressistes.

 

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