L’ACCOMMODEMENT VAUT-IL AUSSI POUR LA MAJORITE ?

Il faut reparler du principe de l’accommodement C’est dans l’air. On en débat dans les conversations privées et dans les médias. L’affaire dérange. Mais ce qui avant tout dérange, c’est la manière d’interpréter le principe.

L’accommodement raisonnable est en soi une bonne invention. Voici par exemple que deux institutions privées, le YMCA et une communauté hassidique, concluent une entente de bon voisinage. On givre quelques fenêtres d’un gymnase pour assurer une plus grande discrétion quand des femmes s’adonnent à des exercices de conditionnement physique. Une solution toute simple, d’autant plus que la communauté juive concernée assume les frais du givrage. Pas de problème. A moins d’argumenter à la manière de cette éditorialiste qui estime que c’est un droit pour les femmes d’être vues à leur guise, peu importe les circonstances ; un droit nouveau, original, non encore inscrit dans les chartes.

L’accommodement dans le domaine public est parfois compliqué et peut donner lieu à des décisions cocasses. Par exemple, on a banni les crèches de la Nativité dans plusieurs écoles afin de ne pas heurter des membres de minorités non-chrétiennes. En certains endroits on n’ose plus chanter des cantiques de Noël pour ne pas déplaire à des non-chrétiens. On marche sur le bout des pieds, car on ne veut choquer personne.

Ce désir d’accommoder s’inspire de bons sentiments. Mais j’aimerais que la dévotion à l’accommodement se pratique également quand il s’agit des droits de la majorité, même s’il est vrai que le principe en question a été invoqué d’abord pour privilégier des individus appartenant à des minorités. Car une question se pose : quand des citoyens font partie d’une majorité, perdent-ils leurs droits ?

Qu’on se rappelle le cas de l’enseignement religieux à l’école. En juin 2005, le gouvernement du Québec a fait adopter la loi 95, qui supprime le droit des citoyens de foi chrétienne à un enseignement religieux offert librement à ceux qui en font la demande : un droit reconnu par la Charte des droits et libertés (article 41, aboli) et par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Qui plus est, on a refusé le droit, fondé sur le respect de la liberté de conscience, d’être exempté du nouveau cours dit de culture religieuse dans le cas où l’enseignement dispensé heurterait les convictions religieuses de parents ou d’étudiants. L’intention du législateur était claire : faire table rase du passé religieux du Québec. En ce cas-ci, pas question d’accommodement. « On est rendu là », avait déclaré avec emphase le ministre de l’éducation.

C’est donc moins le principe de l’accommodement qui fait problème que son interprétation et son application. Car accorder un espace au sein de la société d’ici pour des traditions et des approches culturelles nouvelles témoigne d’une saine ouverture d’esprit et peut s’avérer un catalyseur d’enrichissement humain, comme ce fut le cas jadis au temps des échanges entre les pionniers de la Nouvelle –France et les représentants des nations amérindiennes. Car chaque religion, chaque groupe ethnique apporte des traditions particulières et une vision du monde que l’on a intérêt à mieux connaître, voire parfois à partager et à intégrer. Il peut même arriver que la culture et les coutumes de nouveaux arrivants aident à redécouvrir des valeurs précieuses que beaucoup de gens d’ici semblent en voie de délaisser, telles le respect de la vie, le mariage et la famille, le culte du travail, la solidarité.

Mais pour être fructueuse cette stratégie d’ouverture doit satisfaire deux conditions. Il faut en premier que les apports nouveaux soient conciliables avec les valeurs humanistes fondamentales qui font l’objet d’un consensus au sein de la société d’accueil. Il est nécessaire en outre qu’on tienne compte aussi de la majorité d’ici, de ces milliers de Québécois de tradition chrétienne à qui on semble vouloir imposer l’abandon d’acquis historiques précieux, comme si une majorité n’avait que des devoirs et aucun droit.

Etre ouvert et accueillant, c’est bien ; se renier soi-même, c’est signer sa défaite et régresser.

 

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