DE LA TREVE A LA PAIX

Il est lourd le bilan du conflit entre Israël et le groupe Hezbollah : des milliers de victimes innocentes, des infrastructures en ruine, des villes détruites, des tas de gens plongés dans la souffrance et la misère, des pauvres qui se retrouvent encore plus pauvres qu’avant, une haine mutuelle qui prolifère dangereusement. On peut toujours se demander si ce fut une guerre juste ou injuste. Quelle que soit la réponse, il demeure que toute guerre est un fléau, un échec pour l’humanité. « Une guerre est toujours un échec pour l’humanité» ( Jean-Paul II).

Dénoncé avec virulence, le terrorisme n’est qu’une forme de guerre parmi d’autres. Une guerre sale, a-t-on dit. Mais il n’existe pas de guerre propre. Ce qu’on appelle terrorisme ne représente qu’une des facettes de la force brute. Larguer des bombes superpuissantes sur des populations sans défense est non moins terrorisant que de lancer à l’aveuglette des roquettes artisanales, surtout quand on utilise des bombes à fragmentation dont l’effet recherché est d’accroître les blessures et les souffrances. La barbarie peut revêtir plusieurs visages et les actes de cruauté s’influencent mutuellement. « Le problème des guerres : on finit par ressembler à son ennemi. Les adversaires déteignent l’un sur l’autre » ( Patrick Besson).

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La trêve annoncée au Liban est fragile, très fragile. Nonobstant cette fragilité, elle marque un gain. Une pause que ceux qui subissent les contrecoups des combats accueillent avec joie. Les chrétiens de l’époque médiévale l’avaient compris. Ils avaient inventé la Trêve de Dieu, c’est-à-dire des espaces de temps où il était interdit de guerroyer, par exemple le dimanche et les jours de grandes fêtes religieuses. A défaut de ne pouvoir empêcher les affrontements on essayait de son mieux de freiner les ardeurs belliqueuses des seigneurs de la guerre. On cherchait à limiter les dégâts causés par les conflits, et ce à une époque où la capacité de destruction des armes était dérisoire en comparaison de ce qu’elle véhicule de nos jours.

La trêve permet le dialogue, la négociation. Elle ne garantit pas la paix, mais ouvre la voie qui peut éventuellement y conduire. Elle se distancie de la stratégie qui se résume à la force brutale, comme si cette dernière apportait avec elle la preuve du bien-fondé d’une cause. Elle donne la préséance, à travers la négociation, à la recherche du droit, de la justice, et aussi du compromis.

Pour l’Etat d’Israël, le premier droit, c’est celui d’exister et de se développer sans avoir à vivre sous la menace d’agressions répétées. Un droit que les pays voisins ont le devoir de reconnaître sans réserve et de respecter.

Mais l’Etat d’Israël a aussi des obligations. La première, c’est de mettre fin à sa politique de harcèlement envers les Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés et sont victimes d’injustices quotidiennes. La deuxième commande qu’on répare les torts subis par les centaines de milliers de Palestiniens victimes de la guerre de 1948 , qu’on a dépossédés de leurs terres et de leurs maisons et entassés dans des camps de misère. La troisième exige que l’armée israélienne quitte les territoires qu’elle a envahis en 1967 et qu’elle occupe illégalement au mépris de plusieurs résolutions des Nations unies. Pas de paix sans réparation des injustices.

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La trêve, on la doit à la couverture télévisée et journalistique qui a provoqué un sursaut d’indignation à travers le monde et forcé les instances onusiennes à intervenir sans trop se traîner les pieds. On souhaiterait que le même phénomène se reproduise face à d’autres drames, par exemple dans le cas du Darfour ou celui de la Tchétchénie.

Nonobstant des atermoiements, l’ONU a fait preuve d’une efficacité tangible dans ce dossier et redoré son image d’institution indispensable au maintien et à la promotion de la paix. Elle remplit tant bien que mal sa mission qui consiste à faire reconnaître qu’il existe un bien commun universel et qu’on doit chercher à construire une communauté mondiale où les droits humains et la solidarité finiront par prévaloir sur les impérialismes, les égoïsmes nationaux et le vieil atavisme qui incite à croire que le chemin de la paix passe par la violence brute. Comme le rappelle Jean XXIII, dans Pacem in terris, « le but essentiel de l’Organisation des Nations unies est de maintenir et de consolider la paix entre les peuples, de favoriser et de développer entre eux des relations amicales, fondées sur le principe de l’égalité , du respect réciproque et de la collaboration la plus large dans tous les secteurs de l’activité humaine »

C’est là un objectif ambitieux, assaisonné d’un brin d’utopie, mais qu’on ne peut laisser tomber sous peine de mettre en danger l’avenir de la grande famille humaine.

 

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