POUR UN PLAT DE LENTILLES

Il faut reparler du dossier Rabaska. L’affaire est trop grave pour qu’on la laisse suivre son cours en silence et sans surveillance. On est peut-être en train de nous concocter un petit Tchernobyl à saveur locale.

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Québec, Lévis, Beaumont et l’Ile d’Orléans baignent dans un magnifique bassin fluvial dont le charme et la beauté suscitèrent jadis l’admiration de Samuel de Champlain lors de sa première remontée du Saint-Laurent. Au cours de l’été une nature verdoyante favorise un climat de détente et de sérénité. Des navires de tonnage imposant et de petites embarcations glissent silencieusement sur les eaux calmes que le soleil imprègne d’une douce luminosité. Les passagers de navires de croisière admirent ce joyau de la nature que les résidants veulent sauvegarder. Ceux-ci se considèrent en effet comme les gardiens d’un bel héritage naturel que le Créateur leur a légué.

Mais voici que des brasseurs d’affaires dépourvus de vision sociale projettent d’implanter un port méthanier dans ce décor de rêve. Ils veulent répondre aux attentes d’Américains en quête de nouvelles sources d’énergie mais qui refusent d’assumer le risque d’une installation portuaire susceptible d’engendrer des retombées catastrophiques. Ils désirent simplement qu’on leur achemine la précieuse denrée par pipeline. A eux la ressource, à nous les risques. De porteurs d’eau nous deviendrions porteurs de gaz. Mince consolation : quelques redevances, tel le plat de lentilles dont se contenta le brave Esaü qui sacrifia son droit d’ainesse au profit de l’astucieux Jacob.

Le risque encouru est incertain, mais on ne peut l’exclure. Lors d’une fuite, le gaz liquéfié peut s’enflammer et détruire tout ce qu’il rencontre sur son passage, et ce dans un rayon de quatre à cinq kilomètres. Voilà pourquoi des experts recommandent fortement d’installer de tels machins dans des endroits isolés, déserts, loin des habitations.

La dite installation créera des emplois, affirment des gestionnaires à la petite semaine prêts à compromettre l’avenir de leur coin de pays pour un plat de lentilles. Mais quand le territoire sera dévasté et des milliers de citoyens morts ou gravement brûlés, que vaudront les emplois ?

Il faut revenir à l’essentiel. Deux principes sont en jeu : la responsabilité créationnelle et le principe de précaution. Ils passent avant de modestes redevances qui sont comparables à un plat de lentilles.

 

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