JEUX DE GUERRE

La guerre accompagne l’histoire de l’humanité. Plus que la paix. La guerre à laquelle on se résigne ou qu’on entreprend se veut souvent la dernière, la der des ders. En attendant la prochaine. Selon un vieil adage romain, qui veut la paix doit se préparer à la guerre. Mais l’histoire montre que celui qui prépare la guerre finit le plus souvent par s’enfoncer dans la guerre. Adieu la paix.

L’institution militaire est une composante, incontournable aux yeux de certains, de la souveraineté. Comme s’il était dans le destin d’un pays de vivre entouré d’ennemis, ce qui fut par exemple longtemps le cas pour la Pologne, obligée de composer avec des voisins pas très commodes. Mais de là à définir l’armée comme partie intégrale de la personnalité nationale, c’est quelque peu excessif.

Il arrive d’autre part que l’armée se voit confier comme mission première de mater les citoyens qui rouspètent, les victimes d’un pouvoir inepte ou corrompu, les pauvres à bout de patience. Elle devient alors l’instrument de répression par excellence, comme cela arrive dans beaucoup de pays.

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Voisin de la première puissance militaire mondiale, le Canada ne dispose que d’une petite armée dont l’équipement modeste suffit pour accomplir les missions de paix dont le pays s’est fait une spécialité.. L’ère de la frugalité semble terminée. On se prépare à investir des milliards pour que la force militaire canadienne puisse se donner les airs d’une puissante armée. Les forces de paix sont en voie de se transformer en forces de guerre. C’est un virage historique.

C’est aussi un réalignement sur l’idéologie belligène, « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Œuvrer dans les misions de paix apparaît désormais comme de l’angélisme. A la guerre que conduisent les terroristes répondra à l’avenir la guerre musclée, avec des navires, des avions de combat, des hélicoptères, des chars d’assaut, des milliers de camions militaires et de mitrailleuses, une technologie sophistiquée. .Du sérieux, en somme. Avec en perspective des milliers de victimes innocentes et des profits intéressants pour l’industrie militaire.

Ce virage escamote la réflexion sur les sources des conflits, les causes proches, mais aussi celles qui sont plus profondes, inscrites dans l’histoire et la misère des peuples. Celles en outre qui renvoient aux appétits des trafiquants d’armes. Les conflits ruinent les peuple et sèment la misère mais enrichissent beaucoup d’investisseurs. Parmi eux, et sans qu’ils s’en aperçoivent, les cotisants aux caisses de retraite, incluant des universitaires pacifistes.

Dans plusieurs pays pauvres des milliers d’adolescents apprennent à manier des mitrailleuses fabriquées ailleurs et assassinent des citoyens sans défense. . Il y est plus facile d’y importer des armes en provenance de pays riches que d’obtenir de l’aide pour construire des écoles ou des centres de santé. Les sols sont en friche, l’eau potable fait défaut, les soins de santé parfois inexistants. Dans des pays qui se vantent de posséder l’arme nucléaire, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants croupissent dans des bidonvilles, souffrent de malnutrition et de maladies endémiques. Mais les soldats sont bien vêtus, bien nourris et bien équipés. Les colonels et généraux encore plus.

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Au fond de nous-mêmes et sans trop se l’avouer nous nous résignons facilement à la guerre et croyons peu à la paix. « Ton bras sait porter l’épée ». La non-violence apparaît naïve. Tout comme l’idée qu’on puisse, en usant de patience et de compromis, désamorcer les conflits et éradiquer les racines de la violence. C’est notre résignation qui laisse la voie libre aux faucons de tout acabit et aux marchands de canons.

Le Canada des missions de paix semble peu à peu devoir laisser sa place à un Canada militariste qui risque de s’engager dans des conflits sans issue, comme en Afghanistan. A cause de son statut politique de province, le Québec est partie prenante de l’aventure. Est-ce bien cela que veulent les gens d’ici ?

 

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