Justiciers de la onzième heure

Les observateurs qui ont vécu de près la deuxième guerre mondiale portent en général un jugement positif sur les nombreuses initiatives du pape Pie X11 en faveur des Juifs. (Voir Bloc-notes, février 2009). On sait par exemple que plus de 850,000 Juifs ont échappé à la mort grâce au vaste réseau d’entraide que des chrétiens et des non-chrétiens ont mis sur pied grâce à l’encouragement et à l’appui du pape. Le cardinal Roncalli, celui qui deviendra Jean XXIII, a joué un rôle majeur dans cette mobilisation. Au lendemain de la guerre des porte-parole éminents de la communauté juive ont fait écho à ce soutien et rendu hommage au travail accompli par le Souverain Pontife. .

Ensuite est venue l’ère de justiciers en retard sur le train de l’histoire. Ils ont décidé de faire le procès de Pie XII. Ils s’inscrivent dans la foulée de Rolf Hochhuth , l’auteur de la pièce Le Vicaire, présentée pour la première fois en 1967. Paradoxe : cet auteur, historien de deuxième classe mais à l’imagination fertile, est négationniste . Il a même pris la défense de David Irving, qui nie l’existence des chambres à gaz. Mais il en veut avant tout à la personne et à la réputation de Pie XII, qu’il tente de faire passer pour un complice du nazisme.

Fortement agacé par l’hypocrisie pharisienne des détracteurs de Pie XII, le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy a décidé de prendre la défense à la fois de Pie XII et de Benoît XVI.( Voir Agence Zenit, 23 janvier 2010). À ses yeux, ces deux papes sont victimes d’une campagne de désinformation et de salissage. On tente, à partir d’une lecture biaisée d’informations tronquées, d’en faire des boucs émissaires. Dans les faits, souligne Bernard-Henri Lévy, Pie XII a parlé et surtout il a agi. Il a transmis de l’information à ceux qui, eux, avaient des avions et des canons. Pourquoi par exemple n’a t-on pas donné l’ordre de bombarder les voies ferrées utilisées pour conduire les Juifs aux camps de la mort ? Pourquoi, demande pour sa part Pinchas E.Lapide, les leaders de la coalition antinazie , informés par le pape, n’ont-ils pas dénoncé l’existence de ces camps ? Pourquoi ce silence ?

Les justiciers de la onzième heure qui dénoncent « les silences de Pie XII » omettent de répondre à deux questions : 1) qu’est-ce que le pape devait-il dire de plus ? 2) en quoi une dénonciation percutante venant du Souverain Pontife aurait-elle contribué à freiner le génocide ? On sait par exemple que les évêques hollandais ont dénoncé ouvertement et fermement les persécutions contre les Juifs. Résultat : au lendemain de cette dénonciation les SS se sont évertués, partout sur le territoire de la Hollande, à pourchasser et à arrêter les Juifs avec encore plus de rage qu’avant.

Ce qui semble se dégager de plus en plus nettement de ce débat sur la conduite d’un pape qu’on accuse d’avoir été de connivence avec le régime hitlérien, c’est que, face à des adversaires démoniaques et dépourvus de tout sens moral , Pie XII a choisi de sauver des vies au lieu de se conduire en don quichotte irresponsable. Il a privilégié l’éthique de responsabilité. C’est un choix qui l’honore.

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