L’ÉTAT, C’EST NOUS

Mine de rien, un courant ultralibéral s’emploie à dévaluer l’État. De diverses façons. Par exemple en lui accolant l’image d’un pouvoir qui nous serait étranger et au-dessus de nous, en l’accusant d’être boulimique,  en le privant de ressources financières indispensables, en l’affaiblissant au profit de puissances économiques qui cherchent à transformer les biens communs en biens privés. 

 

En réalité,  là où les grandes valeurs civiques sont à l’honneur, l’État se révèle l’instrument privilégié le plus en mesure de construire un ordre social où fleurissent la liberté, l’égalité et la justice ainsi qu’une économie humaine. Léon XIII voyait en lui l’outil le plus apte à assurer le progrès de la collectivité avec, comme mission particulière, celle d’être «  la providence des travailleurs ». C’est lui qui a donné à l’État-providence ses lettres  de noblesse.    

 

« L’État , c’est moi, »  disait Louis XIV. Cétait présomptueux de sa part. Mais  en démocratie il est séant de dire que l’État, c’est nous, c’est-à-dire que l’espace politique appartient à l’ensemble des citoyens; un espace où s’active, au profit de la collectivité,  un réseau d’institutions et d’appareils que certains voudraient affaiblir, appauvrir, démanteler en partie, avec, comme conséquence prévisible, la domination de l’économisme  sur le politique. Mais rendu à ce stade, l’État, ce ne serait plus nous. 

2 pensées sur “L’ÉTAT, C’EST NOUS”

  1. Très bon titre, très bon texte, qui expose à la fois le fondement de notre démocratie, son lieu d’exercice, et son destinataire. Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est la première fois que j’entends cet heureux retournement du mot de Louis XIV.

    En trois mots, vous rappelez toutes les raisons que nous avons de vouloir nous servir de notre État pour qu’il nous serve, et réciproquement. « Nous, le peuple », comme le dit le début de la Constitution américaine.

    Le gouvernement Couillard tronçonne des pans entiers de l’action de l’État auprès de ceux qu’il devrait soutenir, mais favorise la mainmise politique de quelques ministres sur l’administration quotidienne des secteurs amputés qui restent. On abolit je ne sais combien d’instances représentatives (« pour sauver de l’argent ») au niveau éducationnel, régional, dans la santé, dans le communautaire, mais on se donne aussi le pouvoir de nommer maintenant directement les titulaires qui en exerceront les responsabilités. Vladimir Poutin a fait la même chose en Russie en remplaçant l’élection des gouverneurs régionaux par leur nomination directe par le Kremlin.

    En même temps ce gouvernement québécois, à l’instar de son grand frère fédéral, s’en remet de plus en plus aux mécanismes dits « du marché », i.e. des conglomérats multimilliardaires qui dirigent le monde et imposent leurs conditions de survie aux pays obligés d’emprunter. La « main invisible », théorisée par Adam Smith, prenant souvent la couleur brune de l’enveloppe secrète.

    Ce n’est pas un hasard si ce gouvernement favorise aussi le transit du pétrole sale, comme de bien d’autres saletés.

    1. Réflexions fort pertinentes. Je serais enclin à insister plus sur le volet idéologique, ou plutôt philosophique, pourrait-on dire. Ce qui est en jeu,me semble-t-il, c’est une conception de l’État, lieu de décision idoine, qu’on tente d’affaiblir, voire de démanteler en faveur d’un autre lieu de décision, économique, celui-là. Version moderne de la ploutocratie. Ainsi se joue l’avenir du politique, qui dépend des citoyens ordinaires et requiert un fonctionnement efficace d’institutions et d’appareils vraiment démocratiques.

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