CE QUI PRÉOCCUPE LE PAPE FRANÇOIS

 

On apprend à mieux connaître la manière de voir du pape François à mesure qu’il explicite sa pensée sur les grandes questions sociales. On constate par exemple que, tout en se situant au cœur  de l’enseignement social de l’Église tel que formulé dans les grandes encycliques, François met l’accent sur des aspects bien spécifiques. Il y a chez lui continuité avec ses prédécesseurs, mais aussi  une évolution guidée  par les «  signes des temps ».

Il place à l’avant-scène de nouvelles problématiques,  dont en premier lieu la survie  de notre habitat à tous, qu’il appelle notre maison commune. La question sociale est devenue mondiale, disait Paul VI. D’accord, écrit François. Mais cette universalité concerne désormais et au premier rang la survie même du monde que nous habitons  et que mettent en péril le libéralisme économique débridé , l’exploitation abusive des ressources naturelles et les perturbations engendrées par les changements climatiques.

François inclut dans cette problématique le sort des plus démunis, car ils sont les premières victimes du désordre économique et des atteintes à l’écologie.  On a tendance   à les mettre au rancart, à les considérer come des déchets,  comme les damnés de la terre. Ils sont des centaines de millions d’hommes et de femmes  dans le monde à subir une oppression à la fois économique, environnementale  et sociale.Ils sont les prolétaires d’aujourd’hui.  On doit donc, à son avis, aborder comme un tout les questions d’environnement, d’écologie et de justice sociale.

Le pape François est également préoccupé par le sort des migrants victimes de conflits  armés, obligés de quitter des terres devenues inhospitalières, parfois sous l’effet des  désordres climatiques. Il place au premier rang le devoir d’accueil , celui de témoigner une empathie particulière à l’égard des gens venus d’ailleurs qui font partie de notre même communauté humaine et frappent à notre porte. Il dénonce les politiques de repliement qui conduisent  à ériger des barrières et à construire des murs. Il nous rappelle que la plupart de nos ancêtres furent aussi jadis des migrants en recherche de nouveaux milieux de vie.

Autre préoccupation majeure du pape: la famille, tant dans sa configuration naturelle  que dans certaines formes devenues fréquentes, comme la famille recomposée. Mais avant de s’avancer plus loin sur cette  question , il a tenu à ce que les communautés chrétiennes fassent connaître leur point de vue. D’où la convocation de ce synode extraordinaire qui a cours présentement et qui  permet à des courants divers, parfois nettement opposés, de se faire entendre, par exemple au sujet du statut ecclésial des divorcés remariés.  François ne veut pas régler seul cette affaire . Il ne prétend pas monopoliser le savoir prudentiel. Il veut aussi tenir compte de l’expérience et des points de vue d’autres chrétiens. Il avait  dit un jour que le pasteur a avantage, dans certaines circonstances, à se fier au flair des brebis. C’est ce qu’il met en pratique dans le dossier de la famille.

Ce qui préoccupe le pape peut nous guider dans le choix de nos propres priorités. Il pourrait être opportun par exemple de déplacer un peu les  pôles de notre sensibilité morale. Ainsi, quoi qu’il soit fort pertinent  de se préoccuper d’ une question telle que celle de l’avortement, il y aurait lieu de n’en point faire une obsession, une fixation,  comme si c’était la seule affaire qui vaille qu’on s’y intéresse. François, à sa manière,  nous fait savoir qu’il y a aussi d’autres questions qui méritent de retenir notre attention, et ce, de toute urgence.

2 pensées sur “CE QUI PRÉOCCUPE LE PAPE FRANÇOIS”

  1. Sur les questions universelles, comme la justice, la pauvreté ou l’environnement, François présente des réflexions que tous peuvent s’approprier. C’est notamment le cas de son encyclique Laudato sì.
    Mais sur les questions touchant plutôt les mœurs, la discipline ou l’organisation ecclésiale, il y a lieu de tenir compte de la diversité des cultures et de leurs réponses particulières aux problématiques locales. À cet égard le Synode sur la famille constitue une occasion privilégiée de revenir aux racines collégiales de l’Église et de faire une plus large part aux églises locales, comme l’a prôné le Concile Vatican II il y a longtemps.
    En pratique cela veut dire reconnaître que les fondements de l’Église reposent sur la foi en Jésus, non sur l’obéissance à Pierre. Chaque communauté locale, animée par son évêque (si possible, un jour, choisi par elle) cherchera sa propre manière de mettre en pratique l’enseignement de Jésus.
    Le rôle du pape (et de ce fameux Magistère de l’Église) portera sur les lignes fondamentales du message de Jésus en laissant aux communautés locales le soin de les appliquer conformément aux cultures et aux valeurs qui leur sont propres. Une Église moins romaine, une Église plus locale, inculturée.
    Des sujets comme l’ordination de femmes ou d’hommes mariés à la prêtrise, l’avortement et la contraception, ou l’homosexualité, ne doivent plus être l’objet de dictats unilatéraux émis par Rome, mais être traités localement en fonction de la lecture de la réalité sur place. Le Québec a des vues particulières sur ces questions, en raison de son évolution récente et de sa laïcisation. L’Église québécoise devrait avoir la possibilité d’adopter une position qui en tienne compte. Inversement on conçoit que des pays d’Amérique du Sud ou d’Afrique aient des points de vue différents, peut-être plus traditionalistes qu’ici, et il faudrait que les églises de ces pays puissent adopter des lignes de conduite qui leur conviennent et qui soient acceptées par les membres de leurs communautés chrétiennes.
    Une telle diversité menacerait-t-elle l’unité de l’Église catholique ? Son uniformité, certainement. Son unité, pas forcément. L’Église est avant tout une communauté spirituelle, une communauté d’esprit. L’amour enseigné par Jésus, censé se traduire en amour des frères et des sœurs humains, se vivra dans un esprit de communion universelle, mais se manifestera sous les formes particulières inspirées aux Églises locales.
    François a déjà donné quelques signaux dans cette direction, notamment en se qualifiant lui-même « d’évêque de Rome » plutôt que de « Souverain Pontife ».

    1. Texte fort intéressant. La distinction entre l’unité et l’uniformité est éclairante, quoique son application ne soit pas sans poser problème. De même la distinction entre les différentes cultures et l’établissement de normes éthiques. J’essaie de voir comment cela puisse s’appliquer à des prises de position concernant par exemple l’avortement ou le mariage entre personnes de même sexe. On se trouve ici à mettre en question des prises de position ecclésiales qui revendiquent le statut de normes éthiques universelles . Un problème pas facile à résoudre.

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