FRANÇOIS, ÉVÊQUE DE ROME  

« Je ne crois pas qu’on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions qui regardent l’Église et le monde », nous dit François, qui se considère d’abord comme évêque de Rome et non d’abord comme pape. Ce qui ne plait pas à tout le monde. Certains l’accusent de dévaluer l’image millénaire du Summus Pontifex, que Pie 1X avait portée à son paroxysme avec la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale. Ils lui reprochent de se comporter comme un pape qui veut descendre de son trône.

Le changement de titre pourrait sembler purement symbolique. Mais selon le vaticaniste Marco Politi, il est potentiellement révolutionnnaire. « Révolutionner l’Église sans en avoir l’air : c’est assurément une grande force du pape François » , affirme de son côté Dominique Greiner, dans le journal La Croix. Un changement qui a l’air de rien, mais peut signifier beaucoup, par exemple par le fait qu’il appelle un autre changement, celui-là auquel devront consentir les chrétiens ordinaires. Car si le pape tient à représenter en premier lieu l’évêque de Rome, un primus inter pares, les catholiques , en conséquence , doivent modifier leur attitude face au pouvoir papal, donc éviter de verser dans la papolatrie et l’absolutisme dogmatique ou moral. Aussi se comporter comme des croyants libres et responsables au sein de l’institution ecclésiale et non pas tout attendre d’en haut.

Au fait, ils ont déjà eu la possibilité de le faire lors de la tenue du Synode extraordinaire sur la famille, qui a duré un an. Les Églises locales et divers regroupements de chrétiens ont alors eu l’occasion d’émettre des opinions sur le mariage et la famille. C’est ainsi qu’ont pu s’y faire entendre aussi bien ceux et celles qui vivent dans le quotidien l’expérience de la vie conjugale que des célibataires ne disposant à ce sujet que d’un savoir rapporté. Cela eut été grandement bénéfique pour l’institution ecclésiale si on avait procédé de la même façon dans l’élaboration de l’encyclique Humanae vitae.

On devine que le virage ne fait que commencer. Ainsi, l’encyclique Laudato si’ témoigne d’une volonté d’engagement social qui prolonge et approfondit l’orientation déjà clairement inscrite dans la pensée sociale chrétienne depuis Léon X111 et entérinée par Vatican 11 dans Gaudium et spes. Une orientation susceptible de guider les chrétiens confrontés aux grands défis économiques , sociaux et politiques d’aujour’hui. On réalise de plus en plus que la présence chrétienne dans le monde de ce temps doit être plus que religieuse; elle se doit aussi d’être humaine et sociale et dépasser la zone des rapports individuels et intimes. Elle doit viser à influer sur les structures , les aménagements collectifs, sans toutefois prétendre les supplanter.  C’est pourquoi, dans Laudato si` , l’évêque de Rome n’hésite pas à aborder les questions d’écologie, d’économie et de justice structurelle. Il invite les gens de bonne volonté à qui il s’adresse à faire de même.

En outre, s’il est vrai, comme l’a rappelé jadis l’éminent penseur Jacques Maritain, que la démocratie puise en grande partie à des racines chrétiennes, il devient impératif que l’institution ecclésiale intègre de plus en plus, au cœur de sa propre gouverne, ces valeurs démocratiques que sont la liberté et l’égalité, assises d’une véritable fraternité. On a raison de croire que le pape François voit venir cela d’un bon œil.

On dirait un nouvel aggiornamento, une sorte de révolution tranquille que François, évêque de Rome, amorce discrètement. De quoi imprimer un visage neuf à la grande communauté universelle de ceux et celles qui se déclarent disciples de Jésus.

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