L’OR BLEU EN PÉRIL

L’eau, qu’on appelle aussi l’or bleu, est en péril. C’est un bien essentiel, plus important que le pétrole et de beaucoup. Dans de nombreux pays où les réserves d’eau sont fort limitées les changements climatiques ajoutent à la durée des périodes de sécheresse et accélèrent les processus de désertification. La déforestation et une activité économique poussée à l’extrême aggravent la situation. La recherche désordonnée du profit à court terme à laquelle s’adonnent des multinationales est en train de plonger dans la misère des populations qui ont déjà à supporter les conséquences de la pauvreté. Autant de facteurs qui menacent la survie de la terre, notre maison commune, comme l’appelle le pape François, qui à sonné l’alarme dans la belle encyclique Laudato si’.

Même au Québec l’or bleu est en péril. La pollution atteint le fleuve Saint-Laurent et plusieurs réserves d’eau potable. De nombreuses municipalités, dont Montréal au premier rang, se servent à l’occasion du fleuve comme d’un égout à ciel ouvert. À Québec aussi la qualité de l’eau se dégrade. Selon des experts, la situation va empirer quand la montée du niveau des océans remplira d’eau salée les prises d’eau fluviales qui alimentent en partie le réseau d’aqueduc de la ville.

Pendant ce temps, certains rêvent de pétrole : celui qu’on pourrait exploiter au Québec ou celui qu’on importerait de l’Alberta. En ce dernier cas, il s’agit d’un pétrole empoisonné, un pétrole sale, comme a dit le président américain Barack Obama. On nous l’expédierait au moyen d’un pipeline qui traverserait quelques 640 plans d’eau situés sur le territoire québécois avec les risques que comporte son transport et sans que nous en retirions un avantage significatif. Paradoxalement, on veut nous entraîner dans une pareille aventure au moment où de nombreux observateurs et experts signalent que le temps est venu de mettre fin progressivement à l’exploitation des énergies fossiles.

Ce qui urge avant tout, c’est de sauvegarder les réserves d’eau potable existantes et d’en rendre d’autres accessibles. À Québec, on se penche sur le triste sort du Lac Saint-Charles, qui vieillit à un rythme accéléré. Heureusement, il existe au nord de la ville plusieurs centaines de lacs et rivières qui peuvent fournir de l’eau de qualité. À commencer par la rivière Jacques-Cartier, précieuse source d’eau facilement accessible, et cela à un coût abordable, selon des experts. Cette réserve d’eau représente un patrimoine collectif plus précieux que le pétrole. En faire un usage rationnel et prudent permettrait d’accorder un répit au malheureux Lac Saint-Charles. Aucune autre communauté urbaine ne dispose d’une telle solution de rechange.

Les technocrates et les décideurs politiques auraient grand profit à lire l’encyclique Laudato si’ et à méditer ce qu’on y dit au sujet de l’eau, elle dont François d’Assise chantait la noblesse et qu’il appelait ¨ sœur eau, qui est très utile et humble, et précieuse et chaste¨. La lecture de l’encyclique aiderait de savants esprits à se libérer de la fascination de l’or noir et les inciterait à se préoccuper en premier lieu de l’or bleu, précieuse ressource qui constitue un bien essentiel tant pour le pays du Québec que pour la grande famille humaine.

2 pensées sur “L’OR BLEU EN PÉRIL”

  1. Bonjour Louis!
    J’ai lu cette intéressante chronique dans le Soleil de ce matin. Tout à fait d’actualité et d’une sérieuse urgence.

    1. Merci du commentaire. Oui, la question est urgente. Qu’elle allure aura le projet d’un Québec souverain avec des nappes d’eau qui se dégradent et un fleuve assaisonné de pétrole?

      Louis O’Neill

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