La souveraineté du Québec – Hier, aujourd’hui et demain

Jacques Parizeau
Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2009

Un essai de grande qualité qui, sur fond historique de la Révolution tranquille, présente le projet d’un Québec indépendant dans le contexte de la mondialisation. Pour être régulée efficacement et donner de bons fruits celle-ci a besoin ducontrepoids d’Etats souverains voués au développement des peuples et au progrès humain et social des collectivités.

Abordant la question de la souveraineté spécifiquement sous l’angle économique Jacques Parizeau démontre que ce qui est fondamental pour une nation, c’est moins son poids démographique que son appartenance à un vaste marché ainsi que sa capacité d’innovation et son niveau de productivité. Or de tels atouts jouent déjà en bonne partie en faveur du Québec. On y recense de nombreuses entreprises performantes, à commencer par Hydro-Québec, ainsi que des services d’éducation et de santé de bonne qualité se prêtant à des améliorations souhaitables. En contrepartie, on y est forcé de coexister avec un pouvoir fédéral qui, suivant une logique qui lui est propre, se fixe des priorités qui souvent vont à l’encontre des intérêts nationaux du Québec, ainsi qu’on peut le constater par exemple dans le dossier des sables bitumineux. Dans un tel contexte, la souveraineté politique du Québec apparaît comme une solution qui se situe dans la ligne de la normalité historique et profitable aussi bien pour le Canada anglais que pour le pays d’ici.

L’auteur dédramatise le dossier de la souveraineté, remet à l’avant-scène des données économiques élémentaires et redonne foi à ceux qui rêvent d’un pays qui leur appartienne mais dont la confiance est ébranlée par des prophètes de malheur. Il campe à l’opposé du catastrophisme et s’adresse à des citoyens responsables désireux de se prendre en main dans un pays bien identifiable avec son histoire, sa culture et ses valeurs.

L’ouvrage de Jacques Parizeau nous aide à renouer avec les assises profondes du courant indépendantiste, que certains porte-parole de la souveraineté semblent avoir plus ou moins perdues de vue au cours des années. On y puise en outre des réflexions éclairantes sur des aspects de la question nationale qui suscitent des interrogations nouvelles, comme la formation professionnelle et technique, la répartition des revenus et la taxation, les paradis fiscaux, le français comme langue de travail, l’environnement, les changements climatiques. Il s’agit là , on le voit, d’une réflexion qui se poursuit en connexion étroite avec le vécu de la société québécoise, toujours faisant appel à la responsabilité et à l’esprit d’innovation.

La souveraineté du Québec traite avant tout de la dimension économique, que l’auteur explore et explique avec clarté et brio. Il laisse à d’autres la tâche de mettre en lumière des aspects non moins importants de la question nationale : identité, valeurs communes, éthique, culture. Mais celui qui a eu dans sa vie la chance de croiser l’auteur sur sa route a pu constater que ces questions sont loin de lui être étrangères. Son expertise et son savoir en ces domaines impressionnent. De nouveaux venus dans la famille souverainiste auraient profit à mieux connaître le parcours et la manière de voir de ce pionnier de la Révolution tranquille, dont le profil évoque celui du chêne solide, non pas du roseau qui plie sous le vent des modes passagères.

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