CHOC DES CULTURES ET DES VALEURS

Compassion, fraternité, miséricorde, agneau pascal, vie, résurrection, espérance : ce sont là quelques exemples du vocabulaire chrétien, particulièrement prédominant au temps de la Semaine sainte et de la fête de Pâques. Mais il n’y a pas que les mots. Il y a aussi la réalité de milliers de gestes concrets que ces mots inspirent et guident dans l’accomplissement d’initiatives de toutes sortes qui marquent la vie quotidienne et l’aménagement de la vie en société.  Globalement, nonobstant des dérapages qui ont marqué son parcours, la foi chrétienne reflète et incarne de prime abord la compassion et la solidarité, auxquelles s’ajoute la miséricorde qui vient d’en haut, comme nous le rappelle le pape François.

Le contraste est grand avec le spectacle troublant que donne de nos jours une frange dévoyée de l’islam; un spectacle qui a pris forme dans un déferlement continu d’actes violents et barbares  dont sont victimes aussi bien des musulmans que  des chrétiens et des non-croyants. On est sidéré devant autant d’atteintes graves aux valeurs fondamentales  qui sont essentielles pour assurer  le vivre ensemble des peuples et des sociétés.

Il incombe aux experts en religion et en culture islamiques de nous aider à discerner les causes de ce dérapage qui affecte le monde musulman et compromet la paix sociale dans de nombreux pays.La tâche est d’autant plus urgente que le dérapage en question est en train d’alimenter un courant d’islamophobie qu’il sera  de plus en plus difficile de refréner. Car l’extrémisme islamique est sans doute la source majeure de l’islamophobie qui est en train de se répandre.

En contrepartie, les héritiers de la culture et de la civilisation judéo-chrétiennes auraient avantage à renouer avec leurs propres racines d’où sont issues, non sans peine et à travers maintes vicissitudes, des valeurs telles que la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, la tolérance, la compassion. On est mieux équipé pour affronter des courants extérieurs potentiellement destructeurs quand on s’appuie sur des valeurs solides héritées d’une expérience humaniste qui s’avère une avancée unique dans le déroulement de l’Histoire. On ne gagne rien, sous prétexte de neutralité, à nier ses propres racines. Au contraire, on se met alors en position de vulnérabilité.

1 pensée sur “CHOC DES CULTURES ET DES VALEURS”

  1. Dans son roman « Les fanatiques » (que vous avez recensé il y a quelques années dans le présent site), Max Gallo fait dire à son personnage principal : « Que peuvent opposer des hommes qui doutent à ceux dont la croyance occupe tout l’esprit ? » (Fayard, 2006, p.142). À l’époque on pouvait être tenté de partager sa vision pessimiste devant la montée de l’islam fanatique. Il semblait que l’Occident se fût vidé de lui-même en s’éloignant de sa religion, et qu’il n’avait que le vide et l’incertitude à offrir comme réponse face au fanatisme musulman. Bref que l’Occident est sans réponse, parce qu’il se questionne. C’est faux.

    La liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, la tolérance, la compassion, sont autant de valeurs que l’Occident défend et promeut aujourd’hui, justement parce qu’il raisonne et qu’il évolue. Il ne renie pas ses racines, mais parfois il les ignore. Ces racines, de toute façon, transcendent la transmission par la religion. Nos jeunes n’ont pas besoin de la religion pour adhérer aux valeurs de solidarité, de justice, de compassion, de défense de notre terre, d’égalité hommes-femmes, de laïcité.

    En fait, il est préférable de s’opposer au totalitarisme religieux musulman autrement qu’en s’appuyant à notre tour sur une posture religieuse. Il vaut mieux promouvoir les valeurs qui permettent à l’humanité de grandir en paix sans les accoler à une religion, ce qui la divise plutôt. Le musulman qui affirme que « c’est ainsi parce qu’Allah l’a dit » est dans la même posture que l’enfant qui dirait : « c’est ainsi parce que papa l’a dit ». L’argument d’autorité ne vaut plus, depuis les Lumières.

    Vous affirmez avec raison que « la foi chrétienne reflète et incarne de prime abord la compassion et la solidarité, auxquelles s’ajoute la miséricorde qui vient d’en haut ».
    La religion chrétienne a longtemps servi à la transmission de nos valeurs, et il faut en savoir gré à ceux et celles qui s’en sont fait les messagers. Mais ce n’est pas parce que la religion l’a dit que ces valeurs sont bonnes. C’est parce qu’elles sont le signe de notre humanité, comme Jésus nous en a fait le rappel et surtout la démonstration. Aujourd’hui, ces valeurs sont bien inscrites dans notre droit et notre façon de vivre, mais surtout dans nos esprits, et nous sommes prêts à les promouvoir et à les défendre, cette fois au nom de notre humanité, signe que nous avons bien compris le message, et que nous l’avons intégré. Ce n’est pas à dire que nos racines chrétiennes sont désuètes ou inutiles; au contraire elles continuent de porter fruit, souvent sans qu’on le sache.

    En 2015, l’Europe a accueilli un million et demi de migrants venus principalement de pays musulmans. Un million et demi de plus que l’Arabie saoudite, le Qatar, et les autres pays du Golfe. Voilà un geste européen qui peut être qualifié de conforme à ses racines judéo-chrétiennes.

    Cela a-t-il calmé le moindrement le groupe musulman armé État Islamique en Syrie, en Irak ou en Lybie? Ou le groupe musulman Boko Haram au Nigéria, au Cameron et au Tchad ? Ou les musulmans shebab au Yemen ou en Somalie ? Ou l’AQMI en Tunisie ? Ou empêché les attentats de Paris, de Bruxelles, de Tunis, du Burkina Faso ?

    Les valeurs d’humanité ne peuvent s’épanouir que dans un monde humain. Dans un « consensus » humain, pour rappeler une de vos récentes chroniques. Dans un monde humanisé. Et pour l’instant, ce monde humanisé (bien que de manière encore très imparfaite), c’est l’Occident qui l’incarne.

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