CALENDRIER INTERCULTUREL

Il existe une grande diversité de calendriers. Des profanes et des commerciaux, comme ces « calendriers de garage » où, d’un mois à l’autre, des nanas émoustillantes excitent le regard des travailleurs.

D’autres sont de meilleur goût. Nombreux les calendriers d’inspiration chrétienne, tels ceux que publient des centres de pèlerinage ou des associations missionnaires. Des réalisations modestes, sans prétention, qui font preuve souvent d’une belle qualité artistique et trouvent leurs place dans de nombreux foyers.

Un produit innovant

Le calendrier interculturel – multiculturel, diraient certains – que le ministère de l’Éducation distribue cette année dans les écoles constitue une véritable innovation. Il se veut l’annonciateur d’une ère nouvelle. Il est un produit dérivé du cours d’éthique et de culture religieuse. Ses concepteurs souhaitent qu’on s’en inspire au moment de planifier des activités scolaires. Ils sont d’accord en outre pour qu’y a y apporte des ajouts afin de tenir compte de « l’information culturelle » susceptible d’intéresser chaque milieu scolaire particulier.

Il fait appel d’abord aux repères traditionnels qui délimitent la culture québécoise, par exemple : la Fête du travail, l’Action de Grâces, l’Halloween, Noël, le Jour de l’An, l’Epiphanie, la Présentation de Jésus au temple, le Mercredi des cendres, la Semaine sainte chrétienne, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, la Journée nationale des patriotes, la Fête nationale du Québec, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Journée internationale des droits de l’enfant, la Journée internationale de la femme.

L’innovation se manifeste dans une deuxième composante qui intègre une quantité impressionnante d’apports étrangers. À noter : les fêtes chinoise et vietnamienne des ancêtres, la neuvaine hindoue consacrée à la déesse Durga, la fête musulmane de la rupture du jeûne du mois du Ramadan, le Yom Kippour juif, la Soukkot juive, les fêtes chinoise et vietnamienne de la lune scintillante, la Pavarana bouddhiste, la Divali hindoue, le jour de naissance de Guru Nanak, l’Aïd al-Adha musulman, l’Achoura des musulmans chiites, la Maha Shivaratri hindoue, la période de la Maha Kumbh Mela (grand pèlerinage hindou), Le Bodhi bouddhiste, l’Hanoukah juive, la Parinirvana hindoue, la naissance du prophète Mohommed, la fête juive du Pourim, le festival hindou du printemps, le Nouvel An perse, la Rama Navami hindoue, la Magha pûja , le nouvel an solaire indien, sri-lankais et sikh, le Vesak bouddhiste. Une abondance de nouveautés qui submerge les points de repère traditionnels.

Pour faire place à autant d’innovations il a fallu sabrer quelque part, ce qui a conduit à supprimer des commémorations reliées à l’essor et au développement du christianisme. On a donc renvoyé aux limbes de la mémoire les noms de grands témoins de la foi dont les accomplissements spirituels et sociaux ont contribué à édifier la civilisation judéo-chrétienne : les premiers Apôtres, les Pêres de l’Eglise, le grand Augustin, Benoit de Nursie, François d’Assise, Thérèse d’Avila, Thomas d’Aquin, Ignace de Loyola, Thomas More, Vincent de Paul , Jean Baptiste de la Salle , François de Montmorency Laval, Marie de l’Incarnation, Marguerite D`Youville, Marguerite Bourgeois,etc. Une affaire d’espace. On ne pratique pas l’interculturalisme sans sacrifier des acquis.

Des interrogations

En consultant ce calendrier surgissent dans l’esprit trois interrogations. La première a trait à la faisabilité. Ainsi, pas de difficulté majeure quand on puise dans à la tradition juive, comme la fête d’Hanoukah, toute proche de Noël , ou encore la semaine de Passah. Un Québécois de souche s’y retrouve aisément. Comme disait le pape Pie XI, les chrétiens sont spirituellement des sémites. Ce retour aux sources du christianisme ne peut être que bénéfique.

Mais l’exercice se complique quand il s’agit d’intéresser des jeunes de Baie-Comeau, Saguenay, Saint-Évariste , Batiscan, Saint-Stanislas , Saint-Tite ou d`ailleurs à la naissance de Bouddha, à l’Achoura, à la Maha Shavaratri, au jour de naissance de Guru Nanak, à la Maha Kumbh Mela ou encore au Vesak bouddhiste. C’est beaucoup demander à des enseignants dont certains possèdent une culture religieuse pour le moins rudimentaire.

La deuxième interrogation concerne l’identité québécoise. On sait qu’un des objectifs du nouveau cours est « d’ébranler le socle identitaire québécois ». On compte sur l’interculturalisme pour amener les jeunes d’ici à rompre avec leur passé, les déraciner culturellement, leur faire goûter le bonheur de flotter au-dessus des cultures particulières et celui d’expérimenter un nouvel universalisme branché sur la raison pure. Tant par ses ajouts que par ses silences le calendrier interculturel qu’on vient de nous servir fait partie des outils visant à ébranler ce socle identitaire. On peut parler ici d’une opération politique. Reste à savoir si on atteindra l’effet espéré.

Une dernière interrogation : dans cette opération, où loge la laïcité ? On dirait un calendrier polythéiste, un panthéon qui accueille toutes les divinités dans une ambiance de confusion et de bienveillante tolérance. On croirait un feuillet publicitaire visant la promotion d’une nouvelle religion qui se voit conférer le statut d’une religion d’Etat pouvant répondre aux aspirations les plus diverses. Il en découle une laïcité pleine de trous, imprégnée d’une religiosité brumeuse aux odeurs de sacristie. Sommes-nous toujours dans un espace laïque ?

* * * * * *

Je souhaite que mes petits-fils, qui débuteront à l’école dans un avenir prochain, soient exemptés de cette pacotille. Leurs parents pourront toujours avoir recours à des calendriers moins savants, moins prétentieux, mais pas filandreux : calendriers de Sainte Anne, de Notre-Dame du Cap, des Missions-Étrangères, des Soeurs missionnaires de l’Immaculée-Conception et autres de même inspiration. La santé spirituelle de mes petits-fils ne s’en portera que mieux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *