AU SERVICE DE LA VIE

Le débat sur l’avortement traverse les siècles et affecte toutes les cultures. Le progrès scientifique contribue à le rendre plus dramatique qu’auparavant puisqu’il permet de nos jours de confirmer clairement l’identité humaine de l’embryon dès la phase préliminaire. Dans les pays où la naissance d’une fille est vue comme une épreuve l’écographie fournit l’information dont on a besoin pour prévenir ce qu’on considère comme un malheur appréhendé. D’autre part, le recours à l’avortement est considéré par certains comme une simple technique de contraception alors même qu’existent d’autres moyens efficaces d’empêcher des naissances non souhaitées.

Nouvelle relance

Le débat perdure. Il suffit parfois d’un simple incident pour le raviver. C’est ce qui s’est produit par exemple quand la Gouverneure générale du Canada a décidé d’honorer le docteur Henry Morgentaler, rendu célèbre grâce aux milliers d’avortements dont il a été l’instigateur. Il est sans doute le médecin canadien le plus connu dans le monde, plus même que l’éminent docteur Penfield, neurologiste montréalais hautement réputé.

On vient d’assister, à l’été 2009, à une relance du débat, mais sous un angle vraiment inattendu. Il s’agit d’une dispute entre partisans de l’avortement qui ne s’entendent pas sur les procédures à suivre. L’avortement est-il un acte médical d’importance mineure? Faut-il organiser des blocs opératoires dans les cliniques privées? Comment répondre le plus efficacement à la demande?

La dispute escamote cependant une question essentielle, celle de savoir ce qui se passe dans le cas d’un avortement, quel en est l’enjeu : la suppression d’un appendice embarrassant ou plus que cela? Est-on en présence d’une simple excroissance qu’une intervention médicale peut contrer aisément ou d’une vie humaine au stade embryonnaire? Si on retient la deuxième interprétation on ne peut se satisfaire d’une discussion qui porterait seulement sur des aspects techniques.

Un avortement pour trois naissances au Québec : le phénomène a de quoi inquiéter. On a raison de considérer cela comme un problème de société. Pourtant les partisans de l’avortement, à commencer par les porte-parole du corps médical, le ministre de la santé et le premier ministre, ne semblent pas en être conscients.

Une autre approche

Ceux qui estiment que l’avortement soulève une question morale se sentent peu concernés par le débat qui divise les pro-choix tout en étant surpris de la légèreté avec laquelle ces bonnes gens abordent une question aussi grave. Comme si le pouvoir qu’on s’attribue de supprimer une vie humaine à un stade initial ne posait aucun problème éthique dès lors que sont respectées des règles minimales d’hygiène. Ceux que l’on qualifie de pro-vie réalisent qu’ils ont bien peu à dire dans une dispute où les protagonistes ne se préoccupent que de la méthode qui permettrait d’assurer le plus grand nombre possible d’avortements dans de bonnes conditions d’hygiène et au meilleur coût.

D’autre part, il en est, parmi les pro-vie, qui estiment que le volet politique et juridique du problème est secondaire. Ils savent que les frontières de l’éthique et du juridique ne coïncident pas toujours et que le législateur peut approuver une mesure sociale d’exception en faveur de ceux qui considèrent l’avortement comme un moindre mal légitimé en certaines circonstances par une éthique de détresse. Ce qui ne les empêche pas de s’inquiéter du danger que représente la banalisation de l’avortement transformé en technique de contraception. Mais il demeure que leur attention se porte ailleurs, surtout que le dogmatisme et la virulence du discours dominant rendent difficiles le dialogue qui pourrait conduire à l’élaboration de normes juridiques inspirées d’une rationalité politique axée sur la poursuite du bien commun.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire. Dans la réalité, on dénombre une grande diversité d’initiatives inspirées par la culture de la vie. Pensons par exemple à la campagne qu’avait organisée la regrettée Eunice Kennedy Schriver, sous le nom de One millions for life, qui visait à recruter un million de personnes souhaitant adopter des enfants non désirés. Ou, en plus modeste, à ce message affiché sur le babillard à l’entrée de plusieurs églises et qui informe quant à la possibilité de prendre contact avec un organisme du genre Grossesse-secours. Ou encore à ces cas de parents et d’amis qui font équipe pour prendre en charge les multiples tâches et responsabilités liées à la venue prochaine d’une vie nouvelle non souhaitée.

Au fait, la culture de la vie peut se manifester de multiples façons. J’en souligne quelques-unes.

·      Exprimer ouvertement ses convictions. Pas besoin d’adopter un style de pro-vie agressif pour rappeler que l’avortement signifie la suppression d’une vie humaine, donc soulève une question morale et que sa banalisation peut favoriser des comportements irresponsables.

·      Tout en étant conscient qu’il existera toujours des situations en apparence sans issue où des gens de bonne foi appliquent une éthique de détresse il est souhaitable que ceux qui optent pour une culture de la vie manifestent leur préférence pour des solutions qui vont dans le sens de leurs convictions profondes.

·      Encourager les comportements responsables en éduquant à une vie sexuelle elle-même marquée par le sens de la responsabilité, ce qui inclut l’accès à des méthodes efficaces de contraception. On doit s’attendre à ce sujet à des divergences d’opinion sur la validité morale de ces méthodes, même chez des gens qui se réclament d’une éthique d’inspiration chrétienne.

·      Manifester une attitude d’accueil à la vie, quelles que soient les circonstances qui entourent son apparition. « Tant qu’une fille-mère aura à craindre non seulement la gêne, mais la honte, tant que la maternité ne sera pas, comme telle, toujours honorée et efficacement aidée, aucune morale n’empêchera la multiplication des avortements » (M. Labourdette,o.p.)

·      Accompagnement et soutien. Assurer un financement décent aux organismes du genre Grossesse-secours. Cet appui passe loin avant le financement public d’un club de hockey professionnel.

·      Soutien à la famille. Ce qui implique par exemple une politique du logement social qui donne priorité aux jeunes couples avec enfants.

·      Des places pour tous les enfants dans les garderies, les écoles, les centres culturels et sportifs, les bibliothèques, les colonies de vacances, les services de santé. Accueillir la vie ne se limites pas aux étapes de son annonce et de son apparition ; il inclut toutes les phases du développement humain. Le recours à l’avortement n’est souvent que la conséquence du refus de la vie dans une société qui ne sait pas assurer un espace décent aux vies nouvelles en attente d’épanouissement.

·      Ecologie sociale. L’accueil à la vie commande l’instauration d’un climat social favorable au respect de la dignité de chaque personne, à commencer par celle des plus petits, des êtres sans défense. Ce qui requiert par exemple qu’on protège le caractère sacré de l’enfant et que l’on applique la règle de la tolérance zéro à l’égard des prédateurs sexuels.

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Au cours des dernières décennies le Québec s’est privé de plusieurs milliers de citoyens à qui on a refusé le billet d’entrée sur la scène de la vie collective. Ce problème social dépasse de beaucoup celui des chicanes qui opposent entre eux des partisans pro-choix. Il est impératif de se mettre au service de la vie même quand cela va à l’encontre du courant dominant et tout en sachant que se présenteront à l’occasion des situations dramatiques et complexes où on devra s’en remettre à la conscience éclairée et à la bonne foi des personnes directement concernées.

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