LE PASSÉ VU AUJOURD’HUI

Société du patrimoine politique du Québec
Colloque Duplessis et son temps
Notes de présentation

On juge le passé à partir de son propre site d’observation. Mais tous n’occupent pas le même site et n’ont pas suivi le même cheminement. Il s’ensuit que le regard jeté sur le passé peut être pour les uns l’occasion d’une apologie ou d’un procès, pour d’autres celle d’une évaluation nuancée.

Il y avait, au temps de Maurice Duplessis, ceux qui avaient accédé à la modernité et ceux qui y aspiraient pour eux et pour d’autres mais avaient le sentiment qu’on leur bloquait la route. Se rappeler l’espoir qui a surgi le 17 août 1936 et la déception qui a suivi, la relance de 1944-48, la grève de l’amiante, l’exercice arbitraire du pouvoir, le triomphe peu honorable de 1956.

Il y avait des agents de changement impatients qui se butaient au conservatisme social, aux mesquineries, à l’utilisation arbitraire des fonds publics, à l’anti-syndicalisme systématique. Mais il y avait d’autre part ceux qui multipliaient les témoignages de reconnaissance suscités par des subventions parfois modestes, par un petit coup de pouce au profit d’œuvres sociales et éducatives, d’une Ecole normale ou d’une université.(Voir Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps).

Il y avait aussi ceux qui étaient en attente de mesures propres à transformer leur milieu de vie. Exemples : des routes pavées, de nouvelles écoles, l’électrification rurale, le crédit agricole. Pour eux, Duplessis a incarné la modernité.

Eu égard à la question nationale, il fut, à sa manière un chef de file et un relais dans le projet de souveraineté du Québec. Pensons au « Maîtres chez nous » d’octobre 1939, réitéré à maintes reprises. Maurice Duplessis a contribué à entretenir une aspiration nationale que d’autres avaient mise en veilleuse (v.g. la bataille en faveur d’un impôt provincial)

Son temps ne fut pas celui d’une grande noirceur, ni de grandes clartés. Plutôt celui d’une continuité dans le cheminement laborieux et parfois erratique d’une petite nation têtue, tenace, fidèle à ses racines, consciente d’être différente, longtemps pauvre, puisant dans son histoire et sa foi chrétienne la force de s’inventer sans cesse et de faire face à de nouveaux défis.

Avec ses qualités et ses défauts, nonobstant le procès qu’on lui intente non sans raison, Maurice Duplessis fait partie de cette histoire qui est la nôtre. C’est pourquoi René Lévesque considérait qu’il avait droit à sa statue devant le Parlement, et ce sur la portion de terrain dont le Québec est propriétaire. Tout compte fait, ces deux hommes, qui sans doute ne s’aimaient guère, ont participé à la réalisation d’un même projet collectif. Mais, il faut bien le reconnaître, chacun avec sa propre vision des choses et avec des méthodes et un style différents.

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