LUNETTES ROSES

Chaque région, chaque petit village veut attirer les touristes. C’est fort légitime. Mais il y a la manière. Peut-on par exemple réécrire l’histoire pour éviter de heurter la sensibilité des visiteurs ?

De passage en Estrie j’ai consulté un dépliant qui vante l’attrait de l’ancienne mine de cuivre de Capelton , située à quelques kilomètres de la station estivale de North Hatley. On nous propose de revivre une « épopée minière ». Je lis : « Explorez une ancienne mine de cuivre en compagnie d’un guide animateur qui vous racontera la petite histoire et la grande histoire de ce monde merveilleux. Un parcours rempli de découvertes et de beautés souterraines vous attend ». Sur un volet du dépliant on peut admirer la frimousse d’un enfant tout souriant. Sans le vouloir on se trouve ainsi à nous rappeler qu’au temps où la mine était en activité on embauchait aussi des enfants. Beaucoup, parmi ceux-ci, y ont laissé leurs rêves et leur santé. Des photos prises à l’époque révèlent que ces gamins n’étaient pas très souriants. Au contraire, ils affichaient un air triste et résigné.

C’est une page sombre du capitalisme qui s’est écrite à Capelton et que de jeunes chercheurs de l’Université Bishop ont portée à notre attention.

(Voir la rubrique LECTURES). Rien d’une épopée glorieuse, mais plutôt beaucoup de souffrance, de misère et aussi de courage. Une réalité qu’on ne saurait occulter en mettant des lunettes roses. Se comporter ainsi, ce serait verser dans le révisionnisme.

J’espère que le guide animateur qui dirige les visites dans la mine se préoccupe de remettre les pendules à l’heure. Le devoir de mémoire commande qu’on n’occulte pas la dimension dramatique d’un lourd passé et qu’on souligne le courage de ceux qui ont subi la condition humaine dans ses vicissitudes parmi les pires.

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