Militer pour la vie

A Noël, on célèbre l’arrivée de la vie : la naissance d’un enfant qui ressemblait à tous les autres poupons mais qui portait en lui, de façon mystérieuse, la source et le sommet de la vie. Sa venue a provoqué une rupture dans le cours de l’histoire. Depuis lors, le temps qui mesure la durée de l’humanité se divise en deux parties : l’avant et l’après de Jésus de Nazareth.

Mais plus ou moins intuitivement, confusément, ce sont tous les surgissements de la vie humaine qu’on célèbre en ce jour ; ces arrivées qui se produisent chaque fois qu’un fils ou une fille d’homme et de femme vient changer le cours de nos existences. C’est comme si la fête de Noël était devenue prégnante de significations multiples qui se greffent autour de la Nativité du Christ en s’y ajoutant. Il y a des Noël profanes, laïques, qui témoignent aussi du culte de la vie. Tel le vieux et sympathique Père Noël, proche cousin de saint Nicolas.

Multiples facettes de la vie

La venue d’une vie nouvelle est généralement désirée, souhaitée. Mais ce n’est pas toujours le cas. Surviennent des situations où son annonce prend l’allure d’une tragédie. Il arrive qu’on soit confronté à une situation qui dépasse les capacités dont on dispose pour y faire face.

De là surgissent les débats sur le droit à la vie, le respect de la vie et la manière d’assumer une obligation parentale. Pour certains il y a là un absolu qui s’impose, sans qu’ils reconnaissent qu’il y ait place pour une éthique de détresse invoquée par d’autres. Un absolutisme en soi légitime, mais qui semble parfois ignorer d’autres dimensions qui entourent le culte de la vie. Celui-ci ne se résume pas à participer à des campagnes visant à sauver des embryons. Il embrasse des horizons plus vastes.

Car la vie, c’est aussi la croissance de ce qui est advenu au départ. Une croissance qui exige des ressources : un revenu minimal, de l’alimentation idoine, des soins de santé, un logement décent, l’accès à l’éducation. Le culte de la vie exige qu’on construise des structures économiques au service des personnes et des institutions qui appuient la famille. Il commande la protection de celle-ci de même qu’un environnement qui satisfasse les exigences de l’écologie sociale. Il faut éviter qu’un entourage malsain ne vienne détruire ce que des parents et des éducateurs essaient de construire.

La violence contre la vie

La violence porte atteinte à la vie. Elle revêt de multiples facettes. A commencer par la brutalité dans les rapports entre individus, la violence conjugale, la violence urbaine, la violence alimentée par le cinéma et la télévision. Sans oublier celle qui accompagne l’exploitation économique et engendre à son tour de nouvelles formes de violence dans les zones de pauvreté, tant dans les pays dits avancés que dans le tiers monde.

Le terrorisme est une forme de violence sournoise et souterraine qui engendre l’insécurité et empoisonne les rapports au sein des peuples et entre les nations.

La violence armée que pratiquent des Etats vise souvent à freiner le terrorisme. Elle entraîne le sacrifice de jeunes vies et affecte autant les populations civiles que les combattants qui s’affrontent de chaque côté. Elle engendre un énorme gaspillage de ressources qui, autrement utilisées, pourraient contribuer à améliorer la qualité de vie de millions d’êtres humains. C’est ainsi que les Etats-Unis ont englouti dans la guerre du Vietnam, la guerre du Golfe et en Afghanistan des milliards $ qui auraient plus que suffi à améliorer les conditions de vie dans les pays du tiers monde.

On pratique le culte de la vie quand on refuse d’envoyer à la mort de jeunes hommes et femmes qui auraient souhaité connaître un parcours de vie exempt de violence, mais sont soumis aux dictats de décideurs politiques qui persistent à croire que c’est par la violence armée qu’on assure la paix.

Choisir la paix

Le culte de la vie ne se limite donc pas à prendre position contre l’avortement. Il inclut la qualité de la vie, les conditions économiques et sociales nécessaires à une croissance humaine authentique. Et aussi des approches politiques et sociales qui privilégient la négociation plutôt que la guerre, l’aide au développement avant la course aux armements, les compromis fructueux plutôt que les affrontements militaires stériles.

Il arrive que dans la mémoire collective on exalte les esprits en glorifiant les faits d’armes, tandis que la paix apparaît grisâtre, sans éclat et se résumer à un vœu pieux. On devrait au contraire voir en elle un projet emballant, bien plus que les dépenses militaires, la course aux armements, la participation à des conflits douteux et le gaspillage de jeunes vies sacrifiées inutilement.

Aumônier dans les forces armées au cours de la première guerre mondiale et témoin d’horreurs sans nom, Jean XXIII a décrit, dans Pacem in terris, son projet de construction de la paix. À lire et à faire lire. À donner en cadeau à l’occasion de la Fête de la Nativité.

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