La clé dans la porte

Il est agréable l’été, au Québec, de visiter les églises qui, en vertu de leur richesse architecturale et patrimoniale, font partie du circuit touristique. On y est accueilli chaleureusement et en plusieurs endroits des guides compétents nous aident à mieux profiter de la visite. Mais dès septembre, ces lieux de prière sont fermés à clé, hormis les temps de célébration. Ils retrouvent alors le statut de la plupart des autres églises, c’est-à-dire qu’ils deviennent inaccessibles pour le commun des mortels, pour le croyant ordinaire en quête d’un lieu de recueillement et de prière.

Il est paradoxal de constater qu’au moment où l’on entreprend une vaste campagne visant à réveiller l’intérêt des catholiques pour la vie eucharistique et les préparer à mieux participer au Congrès eucharistique international de 2008, il soit souvent impossible d’avoir accès à un lieu de culte qui abrite la Sainte Réserve, composante du crédo sacramentel catholique.

On peut, en dehors des moments de rassemblement, tenir fermé un temple protestant de tradition réformiste puisque les chrétiens fidèles à cette tradition n’adhèrent pas de foi en la présence eucharistique. Il en va autrement pour les catholiques. Car ceux-ci professent en principe une foi eucharistique avouée qui s’exprime non seulement dans les célébrations mais aussi dans un culte individuel ou collectif axé sur la dévotion à la Présence réelle.

On comprend la raison qui incite à mettre ainsi la clé dans la porte. C’est une question de sécurité. On veut éviter le vol et le vandalisme. Car les églises abritent un grand nombre de tableaux, de sculptures, d’objets sacrés que des voleurs pourraient dérober- ce qui se produit parfois- ou que des vandales, jeunes et moins jeunes, pourraient endommager gravement. Les responsables des biens des fabriques ont le devoir de protéger ces composantes du patrimoine collectif. Elles appliquent donc le principe de précaution, mais dans leur manière de le faire elles privent de nombreuses personnes du libre accès à un lieu de recueillement et de prière.

Pourrait-on régler autrement le problème de sécurité ? Il serait possible, me semble-t-il, d’assurer, pendant les heures d’ouverture des églises, la présence de bénévoles qui, pour une durée d’une heure ou deux, exerceraient une surveillance discrète tout en se livrant à des occupations adaptées au lieu : pratiquer le recueillement, méditer, lire, prier, etc. Autant d’activités auxquelles il est souvent difficile de s’adonner dans le brouhaha de la vie quotidienne. Ces personnes se rendraient ainsi service à elles-mêmes tout en servant la communauté paroissiale. Et ce serait une manière de mettre en pratique le précepte évangélique qui invite à toujours prier, soit qu’on le fasse soi-même, soit qu’on s’en remette à d’autres pour le faire.

Plus les églises seront fréquentées, moins on soulèvera la question de leur utilité, moins aussi sera-t-on enclin à ne voir en elles que des attraits touristiques.

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