Facettes de la solidarité

Le temps de Noël et de l’An nouveau incite à réfléchir plus en profondeur sur la solidarité et sa pratique. Les uns s’y adonnent pour des motifs religieux, d’autres témoignent d’une sensibilité pas nécessairement reliée à une croyance. Le résultat est le même : on ressent le désir d’humaniser un peu plus les rapports sociaux.

La solidarité présente de multiples facettes. A la base, elle est interpersonnelle et s’exerce sur l’entourage immédiat, à commencer par la famille et les amis intimes : ceux qu’on appelle les proches, le prochain au sens originel du terme. C’est un mot auquel l’Evangile ajoutera une autre signification : sera aussi le prochain celui dont on décide de se rapprocher et dont veut être solidaire. Ainsi deviennent des prochains ceux et celles qui habitent parfois au loin et dont le sort dramatique fait appel à notre sentiment de solidarité.

Face à des situations concrètes ce sentiment inspire des initiatives de groupes privés, par exemple l’action communautaire des sociétés Saint-Vincent de Paul, la distribution de paniers de Noël, les multiples activités des ONG dans le tiers monde. C’est aussi le modèle communautaire qui encadre le travail dans les associations religieuses vouées à l’éducation, aux soins de santé et dans des regroupements qui ont comme objectif de répondre à des besoins urgents qui surgissent au sein de collectivités.

Moins apparente, mais dont la portée est souvent plus étendue, la forme de solidarité qui s’exerce à travers les institutions publiques, dans des structures et des institutions civiles, dans des aménagements créés à la suite de décision politiques. C’est le devoir de solidarité qui , sans qu’on l’identifie comme tel, inspire la pratique de la justice distributive, la lutte contre la pauvreté, les normes régissant l’aide sociale, les allocations familiales, le soutien aux plus démunis. C’est lui qui préside à l’implantation de services sociaux et de soins de santé gratuits et accessibles à tous. « La miséricorde passe par les structures », avait l’habitude de dire le Père L.J. Lebret, un spécialiste du développement international, qui a conseillé Paul VI dans la rédaction de sa célèbre encyclique sur le développement des peuples( Populorum progressio).

Pour bien pratiquer la solidarité il faut s’en donner les moyens. Le plus fondamental, c’est la répartition des ressources au sein d’une collectivité. Elle s’effectue en premier lieu par l’impôt, d’abord direct, ensuite indirect. La justice fiscale s’avère une condition essentielle pour assurer la pratique d’une solidarité efficace.

«La richesse économique d’un peuple, écrivait Jean XXIII, ne résulte pas seulement de l’abondance des biens, mais aussi et plus encore de leur distribution effective suivant la justice, en vue d’assurer l’épanouissement personnel des membres de la communauté : car telle est la véritable fin de l’économie » ( Mater et magistra).

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La solidarité pratiquée par les Etats et des groupes privés comporte un volet international. Elle prend forme dans des programmes d’aide, dans les activités de l’UNICEF, de la FAO, de l’OMS, de l’UNESCO, dans les diverses initiatives des groupes missionnaires et des ONG, dans les secours d’urgence face à des désastres naturels. Il arrive dans les faits que les organisations privées sont parfois obligées d’assumer comme tâche de suppléance celle de pallier l’inefficacité des instances politiques en place.

En contrepartie, il y a manque au devoir de solidarité quand, poursuivant des objectifs inavouables, des gouvernements ou des entreprises de pays avancés pactisent avec des gouvernements locaux au mépris des droits et des besoins de la population en général. On ne parle plus alors de solidarité mais de connivence et d’exploitation.

On répète souvent que l’économie est mondiale. La question sociale l’est aussi. De même l’espace où la solidarité trouve à s’exercer. Les problématiques sont complexes et, pour y faire face, le besoin est grand de beaucoup de discernement, de désintéressement et de compétence.

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