Les méandres de l’univers politique

Face aux inondations dévastatrices qui ont frappé le Pakistan, y détruisant de vastes étendues de terres agricoles et des milliers d’habitations, on a déploré ce qui est apparu comme un manque de solidarité de la part de la population canadienne. On a parlé du peu d’empressement manifesté qui contrastait avec l’élan de générosité que les Québécois en particulier ont manifesté envers le peuple haïtien. Ici, on a donné beaucoup pour Haïti et nombreux ont été ceux qui se sont rendus sur place pour prêter main forte aux milliers de bénévoles engagés dans des travaux de reconstruction.

Dans le cas du Pakistan, les gouvernements de nombreux pays ont déjà apporté ou au moins promis une aide substantielle à laquelle s’ajoute la contribution de plusieurs ONG actives sur le terrain, parmi lesquelles des associations religieuses chrétiennes. On ne peut donc parler d’indifférence ou de repli sur soi.

On dénote néanmoins une certaine réticence. Certains l’expliquent par la distance, l’éloignement, alors qu’un pays comme Haïti se situe au cœur de l’Occident, proche du Canada et particulièrement du Québec. Des liens historiques, culturels et linguistiques unissent le Québec et Haïti.

Mais d’autres facteurs que la distance peuvent expliquer cette réticence. Car l’image du Pakistan n’est pas attractive. Il s’agit d’un pays qui est loin d’être dépourvu de ressources, puisqu’il s’est payé le luxe de se doter de l’arme nucléaire. Il vient en outre de dépenser des milliards$ dans l’achat d’une flotte d’avions militaires sophistiqués. C’est de surcroît un Etat où les plus nantis ne paient aucun impôt sur le revenu. D’où la tentation de déduire que le gouvernement de cet Etat a les moyens de prendre lui-même en main les opérations de secours, quitte à compter sur une aide internationale non négligeable.

Il appert d’autre part que des instances gouvernementales pakistanaises aimeraient exercer un droit de regard sur la façon dont les ONG utilisent les modestes ressources dont elles disposent. En théorie, cela apparaît légitime, ne serait-ce que pour éviter des dédoublements et du gaspillage. Mais on doit se demander ce qui en fait inspire une telle velléité d’intrusion. Il y a là de quoi susciter une certaine suspicion propre à alimenter la réticence. On peut souhaiter en revanche que les gouvernements qui, au nom des collectivités qu’ils représentent, ont engagé de l’argent public dans l’aide au Pakistan jettent un coup d’œil sur l’usage qu’on fera des dons auxquels ils ont consenti.

* * * * *

Ainsi chemine souvent la politique. Plus en suivant des méandres qu’une ligne droite. Nombreux sont les pays où les collectivités et les appareils étatiques sont loin de poursuivre les mêmes objectifs. Des pays où les citoyens ordinaires mériteraient mieux que les dirigeants dont ils subissent le joug et où la corruption du pouvoir, l’ineptie ou encore la mégalomanie empoisonnent le fonctionnement de l’appareil étatique. Pensons par exemple à ce qui se passe au Zimbabwe. à la situation dramatique qui prévaut au Soudan, en Corée du Nord, en Iran et ailleurs. En maints cas l’Etat, au lieu d’être un moteur du développement, s’enlise dans des voies qui conduisent au sous-développement.

Ce serait cruel de pénaliser encore plus des collectivités qui supportent déjà le poids d’une gouvernance coûteuse. Mais on comprend la réticence à fournir de l’aide extérieure quand on a des raisons de penser que celle-ci risque d’être détournée au profit d’oligarchies promptes à transformer des ressources publiques en biens privés.

Nombreux les pays où il reste un long chemin à parcourir avant qu’un sain fonctionnement des institutions démocratiques et la poursuite de la justice sociale influencent tangiblement l’exercice du pouvoir. En attendant que cela devienne réalité, les ONG, dont font partie les associations missionnaires, utilisent des voies parallèles qui permettent de rejoindre sur le terrain les citoyens ordinaires et de leur apporter un soutien que des appareils étatiques devraient fournir. Mais ces organismes privés ne peuvent pallier toutes les déficiences des instances politiques.

Tout ne relève pas du politique. N’empêche que celui-ci a comme mission d’exercer, dans une approche humaniste et civilisée, la fonction d’instance première au service d’une authentique croissance humaine et sociale de la collectivité dont il assume la charge. Tout n’est pas politique, mais le politique exerce néanmoins un impact considérable sur l’ensemble de la vie en société. Il y a beaucoup de vérité dans cet adage qui fut un temps à la mode : « Les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde ; les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *