La parenté pancanadienne

Je suis un auditeur assidu de l’émission Le Jour du Seigneur, dont Radio-Canada nous fait cadeau tous les dimanches. Des milliers de téléspectateurs font comme moi, dans des résidences privées, des foyers pour personnes âgées, des CHLD. Ceux qui organisent ces célébrations ou y participent activement s’efforcent de nous présenter une liturgie de qualité. Les homélies ont généralement de l’étoffe, de la substance. Certaines célébrations sont hautes en couleur, comme celle qui s’est déroulée récemment dans une réserve Micmac, dans les Maritimes. Une belle mixture faite de français et de micmac, assaisonnée d’un soupçon d’anglais.

Le Jour du Seigneur accorde beaucoup d’importance et de visibilité aux communautés francophones hors Québec. On y incorpore des rappels historiques qui témoignent de la ténacité et du courage de pionniers qui ont cru jadis qu’il y avait une place pour un Canada de langue française depuis Victoria jusqu’à Halifax. Dans certains cas l’avenir de ces communautés semble incertain ; ailleurs, comme en Acadie, on est témoin d’une capacité étonnante de résistance et de rebondissement.

Cette place accordée à la francophonie hors Québec et ces rappels historiques sont fort intéressants, même si certains soupçonnent qu’ils puissent cacher une stratégie politique. Celle-ci viserait à rappeler subtilement aux Québécois qu’ils n’ont pas le monopole de la francophonie canadienne et que le projet indépendantiste québécois risque de provoquer une rupture avec des milliers de citoyens qui partagent avec nous une même langue, voire, pour beaucoup, une même religion. Des Français du Canada, comme disait de Gaulle, des gens avec lesquels nous entretenons une affinité beaucoup plus profonde qu’avec nombre de Québécois issus d’une récente immigration.

Dans le projet d’un pays nouveau, faut-il les ignorer ? Déjà la question préoccupait René Lévesque. J’ai souvenir d’être allé représenter le gouvernement du Québec, peu de temps après la victoire du 15 novembre 1976, à un colloque réunissant de jeunes étudiants acadiens. J’ai pu alors constater que notre triomphe était aussi leur victoire. Leur enthousiasme révélait que le Québec réel ne s’arrête pas aux frontières tracées sur une carte géographique.

La parenté pancanadienne est un fait dont on doit tenir compte. Sa présence suscite des réactions diverses. Beaucoup par exemple pensent qu’un Québec souverain sera plus en mesure d’appuyer la survivance et le développement des autres communautés qui forment la francophonie canadienne qu’un Québec réduit au statut de province et maintenu en tutelle par le pouvoir fédéral. D’autres voudraient qu’on abandonne à leur sort ces groupes de francophones qui luttent courageusement pour leur survie. D’aucuns enfin sont arrivés à la conclusion qu’il faut avant tout chercher comment on pourrait faciliter le retour au pays du Québec d’un certain nombre de ces citoyens canadiens avec lesquels nous entretenons de nombreux liens de parenté. Chose certaine, au moment de négocier le statut politique d’un Québec souverain encadré dans l’espace canadien, on ne pourra éviter d’aborder la question de ces communautés francophones, majoritairement catholiques, qui s’efforcent de perpétuer une double fidélité, à la fois culturelle et religieuse.

Déjà la présence à la télévision de cette parenté éloignée est tonifiante et nous fait du bien. Ces cousins projettent une belle image de fraicheur, d’authenticité et de confiance. Je les devine capables de nous aider à nous purger de notre grisaille spirituelle, de ce genre éteignoir qui empêche à la fois d’être fier du passé et de rêver d’un avenir porteur de dynamisme créateur.

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