SYMBOLES ET MESSAGES

Certains laïcistes ont l’épiderme tendre. La vue d’un crucifix les agace. Aussi celle d’une statue du Sacré-Cœur. Il est vrai que les crucifix et les statues du Sacré-Cœur sont parfois d’une esthétique discutable. Mais ce n’est pas ça qui dérange les laïcistes de stricte observance. Il semble que la signification spirituelle du message transmis les heurte ou leur échappe en partie. En outre, on les dirait incapables de percevoir la dimension humaniste de certains symboles ; un apport du christianisme dont j’ai eu l’occasion de traiter antérieurement. (Voir Édito, mars 2007).

C’est un paradoxe chargé d’espérance qui nous est servi quand le symbole premier qui annonce la religion chrétienne propose l’image d’un homme crucifié : un Juif marginal, tel que le décrit l’éminent exégète John.P.Meier, un homme d’humble condition, pauvre, sans panache, issu d’une bourgade de l’arrière-pays, qui affronte une coalition de pouvoirs politiques et religieux. Il sort perdant de cet affrontement pour aboutir au supplice de la croix. Il incarne, par sa Résurrection, le triomphe de tout ce qui est humble, exploité dans le monde, de ce qui est souffrance et abaissement. Adhérer à cela relève de la foi, mais peut aussi nourrir une lecture humaniste imprégnée d’espérance où vient se greffer le rêve d’une société plus humaine et plus juste.

C’est ainsi qu’à été perçue plus ou moins clairement la croix chrétienne au cours des siècles. Celle qui domine le Mont-Royal s’inscrit dans cette tradition. De même ces crucifix qui ornent les murs de plusieurs édifices publics et les calvaires que l’on aperçoit parfois le long des routes de campagne.

Les représentations du Sacré-Cœur, souvent naïves, illustrent aussi un paradoxe. Elles proviennent d’une époque où l’on sentait le besoin d’adoucir les traits d’une imagerie divine marquée par le jansénisme et où prédominaient la sévérité et la vindicte. Elles ont contribué à alléger le poids d’un catholicisme québécois en apparence plus oppressif que libérateur. Elles ont insufflé une dose de sensibilité dans des pratiques religieuses souvent austères et adouci la condition humaine des croyants ordinaires. Là encore, l’expression religieuse véhicule en double un message humaniste.

D’une génération à l’autre on y est peut-être allé avec excès dans la multiplication de ces représentations et des citoyens peuvent se sentir justifiés de débattre de la place qu’elles devraient occuper désormais dans l’espace public. Mais on risque, sous l’impulsion d’un intégrisme laïque à la Robespierre, de verser dans l’excès contraire, lequel pourrait conduire à y interdire toute expression religieuse d’inspiration chrétienne. La laïcité ainsi comprise plaquerait un visage grisâtre sur notre personnalité collective. Un pays à nous, mais un plat pays.

Le Québec a besoin d’une laïcité ouverte, pas d’un laïcisme fermé et constipé.

1 pensée sur “SYMBOLES ET MESSAGES”

  1. Je viens juste de visionner un film sur la prostitution au Cartier,
    je trouve que le conseil du statut de la femme devrait concentrer ses efforts sur la misère des prostituées esclaves des temps modernes plutôt que de s’attaquer cette année aux crucifix et autres signes religieux. Les signes religieux chrétiens deviendront périmés et disparaissent d’eux mêmes dans beaucoup de lieux par exemple dans les hopitaux où ils n’ont plus leur place…Pour ce qui est du port du voile c’est une autre affaire…

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