UNE AFFAIRE TRISTE ET SORDIDE

Dom Helder Camara fut un grand pasteur dont l’œuvre chrétienne et sociale fait l’honneur de l’Eglise catholique brésilienne. Il a toujours appuyé la cause des plus défavorisés, encouragé le développement des communautés de base, mis son autorité au service de la théologie de la libération. Il a risqué sa vie en affrontant la dictature militaire qui, durant de nombreuses années, a pesé lourdement sur l’existence quotidienne du peuple brésilien. Il a exercé son droit et devoir de parole avec discernement et fermeté.

Son successeur dans le diocèse de Recife est plutôt de petite pointure, semble-t-il. . Voici qu’il vient d’acquérir de la célébrité en excommuniant la mère d’une enfant de neuf ans qui avait consenti à ce qu’on pratique un avortement sur sa fille, enceinte de jumeaux et victime depuis l’âge de six ans de viols répétés commis par un beau-père prédateur sexuel, lequel a avoué avoir aussi agressé la sœur handicapée de la fillette, maintenant âgée de quatorze ans. L’archevêque a de surcroît excommunié l’équipe médicale qui, confrontée à une situation aussi dramatique, a procédé à l’intervention visant à sauver la vie de la fillette. Mais il n’a pas excommunié le prédateur, car « le viol est moins grave que l’avortement, » a expliqué le cardinal Giovanni Battista, préfet romain de la congrégation pour les évêques, venu à la rescousse de l’archevêque de Recife.

Cette morale qui pèse lourd sur les épaules des petites gens et témoigne de beaucoup d’indulgence envers les prédateurs n’est pas chrétienne. Surtout quand la victime est une enfant dont on a abusé depuis l’âge de six ans. Ici me vient en mémoire ce texte de l’Evangile : « Quiconque scandalise un seul de ces petits qui croient en moi, il serait dans son intérêt qu’on lui suspende une meule d’âne autour du cou et qu’on le précipite dans les profondeurs de la mer » (Mt.,18,6).

J’imagine ce qu’aurait dit et fait Jésus en pareille circonstance. On jette à ses pieds la mère et la fillette, mais le prédateur est dispensé de comparaître. « Où est-il, le salaud ? », demande Jésus, ajoutant peut-être « qu’il serait dans son intérêt qu’on lui suspende une meule d’âne autour du cou et qu’on le précipite au fond de la mer ». Il aurait ensuite béni la fillette et la mère, rappelant à ceux qui l’entourent qu’il ne faut pas mettre sur les épaules des autres des poids qu’on ne supporte pas soi-même. Ainsi la triste et sordide affaire se serait conclue dans la discrétion et le silence, sous réserve de l’arrestation du prédateur.

« Malheur à l’homme par qui le scandale arrive » (Mt.,18,7). Or il y a eu scandale dans cette affaire. Il est le fait d’un évêque qui a fait passer la lettre avant l’esprit. Tout comme il ya eu scandale quand un évêque intégriste a mis en doute l’existence de la Shoah. Ou encore quand, il y a bien longtemps, des évêques stipendiés condamnèrent Jeanne d’Arc au bûcher. Il arrive ainsi parfois que le scandale nous tombe dessus, venant d’en haut.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *