UN PAPE EN PROCÈS

Le procès de béatification du pape Pie XII est devenu une cause compliquée, si bien que les instances romaines renvoient l’affaire à plus tard. En revanche, le procès qu’intente à ce pape une intelligentsia vindicative connaît un nouvel élan à la suite de la tenue d’une exposition à Berlin , dont le but, nous dit l’historien Thomas Brechenmacher, est de « réfuter des arguments non scientifiques »et « d’apprendre à comprendre le pape dans le cadre de son temps ». Une entreprise de réhabilitation qui est loin de plaire à tout le monde.

Le pape a-t-il gardé le silence face à la Shoah ? La réponse, c’est non. Il s’est exprimé avec discrétion, à la manière du diplomate qu’il était. Dans ses interventions il ne nomme jamais le nazisme, mais tout le monde comprend de qui il parle. Ainsi, en octobre 1939, il exprime sa solidarité avec la Pologne soumise à une invasion barbare. À Noël de la même année il déclare à la radio : « Nous avons dû hélas , assister à une série d’actes inconciliables aussi bien avec le droit international qu’avec les principes de droit naturel et même les sentiments les plus élémentaires d’humanité. Ces actes commis au mépris de la dignité, de la liberté, de la vie humaine crient vengeance devant Dieu ». Des propos mesurés qui néanmoins provoquent la colère des Nazis au point que les évêques d’Allemagne demandent au pape de baisser de ton pour éviter le pire.

En 1942 les évêques hollandais décident de hausser le ton en publiant une lettre collective où ils dénoncent les persécutions antisémites. Conséquence : des arrestations massives de Juifs et une rafle d’envergure dans les monastères et les couvents où ils se cachaient. Ce qui illustre la difficulté de poser les gestes appropriés quand on a affaire à une bande de criminels désaxés et sadiques.

En contrepartie de son approche prudente le pape appuie une vaste coalition de croyants et de non croyants qui s’emploie à sauver la vie de Juifs persécutés. Le cardinal Roncalli, le futur Jean XIII, en poste en Bulgarie et en Turquie, assure la coordination d’un réseau efficace qui permet à des centaines de milliers de Juifs de fuir l’Europe pour rejoindre la Terre sainte. On estime à quelque 850,000 le nombre de Juifs qui ont profité de ce réseau d’entraide (Voir Pinchas E. Lapide, Rome et les Juifs, Editions du Seuil, 1967).

On en saura plus sur toute cette affaire avec l’ouverture des archives sur Pie XII, en 2014. En attendant, on pourrait se poser la question : pourquoi d’éminents dirigeants politiques ont-ils gardé le silence sur les persécutions menées contre les Juifs ? Qu’ont dit Roosevelt, Churchill, Mackenzie King au sujet des camps de la mort ?

Notons qu’en 1942 le New York Times constate que « le pape est le seul dirigeant en Europe à élever la voix ». Hormis la parole discrète et feutrée du Saint-Père et celle d’évêques allemands, hollandais et français, le silence était la norme. Pourquoi ?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *