COMBATTRE LA PAUVRETÉ POUR CONSTRUIRE LA PAIX

La pauvreté, un obstacle sur le chemin de la paix. C’est l’approche choisie par le pape Benoit XVI dans son récent message visant à souligner la Journée mondiale de la paix ( Jour de l’An 2009). « De fait, écrit le pape, la pauvreté compte souvent parmi les facteurs qui favorisent ou aggravent les conflits, y compris armés. A leur tour, ces derniers alimentent de tragiques situations de pauvreté ». C’est également sous l’angle de la lutte contre la pauvreté que les évêques canadiens ont construit le message qu’ils ont transmis à la population à l’occasion de Noël 2008.

Pour expliciter son approche le Saint-Père souligne diverses problématiques qui concernent de près le drame de la pauvreté : l’ambiguïté du phénomène de la mondialisation ; les multiples facettes de la pauvreté : matérielle, relationnelle, morale, spirituelle ; la question démographique; les maladies pandémiques ; la pauvreté des enfants; les dépenses militaires qui paralysent le développement ; la crise alimentaire.

Au chapitre des solutions il propose la pratique d’une forte solidarité globale, la création d’institutions efficaces et participatives, la construction d’un espace où puisse se développer une juste logique économique, l’urgence d’une gestion attentive de la mondialisation. Et d’ajouter, au sujet de celle-ci : « Dans la réalité mondialisée actuelle, il apparaît avec toujours plus d’évidence que la paix ne se construit que si l’on assure à tous la possibilité d’une croissance raisonnable ; tôt ou tard, en effet, tous doivent payer les conséquences des distorsions de systèmes injustes. Seule l’inconscience peut conduire à construire une maison dorée avec tout autour le désert et la désolation. La mondialisation, à elle seule, est incapable de construire la paix et, dans bien des cas, au contraire, elle crée des divisions et des conflits ».

Une telle vision des choses s’inscrit dans la ligne de l’encyclique Populorum progressio, ce grand document que Paul VI a consacré à la question du développement. Le prédécesseur de Jean-Paul 11 arrimait le combat contre la pauvreté au vaste projet du développement intégral et solidaire des peuples. C’est à lui qu’on doit la belle formulation : « Le développement, nouveau nom de la paix ».

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À d’autres occasions Paul VI a abordé le projet de la construction de la paix en attirant l’attention sur des facteurs qui interviennent plus directement dans la genèse des conflits armés et où la pauvreté apparaît plutôt comme une résultante de la violence que comme son point de départ. Car les pauvres sont plus souvent les victimes des conflits que d’en être les instigateurs. Il arrive qu’ils se révoltent à l’occasion, dans l’espoir de mettre fin à des situations d’exploitation et d’oppression. Mais cette révolte est de courte durée et vite noyée dans le sang.

Il en est autrement pour les plus nantis. Alexandre le Grand multipliait les conquêtes militaires afin d’exploiter les peuples conquis et accroître les richesses de son empire. Les armées romaines se livraient à la guerre pour exploiter eux aussi des peuples qu’ils soumettaient à leur joug. Les armées arabo-musulmanes, bien équipées, semaient la destruction et la pauvreté sur leur passage. Les Conquistadores espagnols ont asservi des nations amérindiennes pour mieux les dépouiller de leurs ressources. Nantis d’une forte supériorité militaire, les pays industrialisés ont multiplié les conquêtes coloniales et ont accaparé une large portion des ressources appartenant aux peuples colonisés. L’instinct prédateur des pays riches s’est toujours avéré une menace plus grande pour la paix que les revendications des peuples pauvres. En général, ceux-ci demandent simplement d’être traités avec justice et de vivre en paix.

Il existe de multiples facteurs autres que la pauvreté qui expliquent l’émergence de conflits armés. Notons les affrontements ethniques, les conflits religieux, la mégalomanie, les maladies du pouvoir, la cupidité. Ces dérives se retrouvent non moins dans des sociétés nanties que chez des peuples pauvres. Le cas actuel de Robert Mugabe avec la mixture qu’il incarne, faite de mégalomanie, de stupidité et de cruauté, connaît moult précédents historiques. D’autre part, même dans des régimes démocratiques on cède à la tentation de la violence. Les USA ont, à maintes reprises, exporté la guerre au nom de motifs douteux, comme c’est le cas en Irak et en Afghanistan. L’envie de déclencher la guerre augmente avec l’accroissement des ressources militaires. La pratique de la violence armée demeure en priorité une affaire de riches.

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En réponse à l’adage romain « Si tu veux la paix, prépare la guerre », Gaston Bouthoul , le fondateur de la polémologie, avait l’habitude de rétorquer : « Si tu veux la paix, connais la guerre ». Car celle-ci, tout compte fait, apparaît comme un phénomène à la fois insolite et complexe dont on connaît mal la nature et la genèse. On sait qu’elle a à faire avec la pauvreté, les inégalités, les injustices économiques, mais aussi et surtout avec d’autres facteurs générateurs de violence (voir édito août 2008). De ceux-ci il faut également se préoccuper. Autrement, les conflits continueront de se perpétuer pendant que nous multiplierons les vœux, les prières et les invocations en faveur de la paix.

 

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