LE TERRAIN MOUVANT DES DROITS HUMAINS

« Les droits humains ne sont pas un absolu, c’est un terrain mouvant. Il faut se battre pour le consolider ». Un propos émis par Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Droits de l’homme (Voir Le Nouvel observateur, 4 décembre 2008). A noter, dans ce même numéro, un dossier sur la violation systématique et quotidienne des droits humains au Kivu (République démocratique du Congo) sous le titre Le viol comme arme de guerre. Aussi une entrevue que l’éminent juriste Robert Batinder a accordée à l’occasion du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 1948).

Selon Robert Badinter, les dix dernières années marquent une régression des droits humains dans le monde. Plusieurs facteurs expliquent ce recul, dont, en premier lieu, certaines décisions du président américain Georges W.Bush. C’est ce dernier qui a décrété la création d’une zone de non-droit absolu de Guantanamo, a fait voter le Patriot Act et les lois d’exception, a légalisé la torture et permis les « charters de la CIA » Conséquence : les Etats-Unis ont perdu toute crédibilité dans la défense des droits de l’homme.

Un autre facteur de régression, nous dit Badinter, c’est une conception du multiculturalisme qui va à l’encontre de l’universalisme revendiqué des droits humains. Des Etats invoquent le droit au multiculturalisme pour s’attribuer la prérogative de définir les droits humains selon leurs propres critères. Dans cette optique l’universalisme des chartes des droits ne serait qu’une arme idéologique, un instrument au service de l’impérialisme culturel et politique des pays occidentaux, dont au premier rang les USA. Un texte officiel chinois affirme péremptoirement : « La Chine s’oppose fermement à ce que quelque pays que ce soit se serve des droits de l’homme pour imposer ses valeurs, son idéologie, ses conceptions politiques et son mode de développement à d’autres pays ». De son côté, la déclaration du Caire sur les droits de l’homme en Islam, adoptée en 1990, précise : « Tout homme a le droit d’exprimer librement son opinion, pourvu qu’elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia ». Nous voilà à bonne distance de la Déclaration universelle de 1948!

Les droits humains : terrain mouvant. Le constat de la présidente de la Fédération internationale des Droits de l’homme reflète bien la réalité.

Nous serions sans doute bien avisés d’en tenir compte au moment où nous commémorons le soixantième anniversaire de la célèbre Déclaration de 1948.

 

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