TOUT LE MONDE DEVRAIT S’EN PARLER

On ne sait trop pourquoi, mais voici que nous sommes embarqués dans une nouvelle aventure électorale. Des observateurs craignent une campagne ennuyante, dépourvue d’intérêt et qui risque de se solder, le jour du vote, par un faible taux de participation. Mais les dés sont jetés. Aussi bien profiter de l’occasion pour débattre de problèmes qui concernent le présent et l’avenir du Québec et qui devraient, de près ou de loin, intéresser tout le monde et donner de la couleur à la campagne électorale qui débute.

Car les enjeux sérieux ne manquent pas, soit à l’échelle nationale, soit au palier régional. Pour ma part, j’en ai identifié quelques-uns, propres à susciter des débats animés et concernant lesquels il serait éclairant de connaître l’avis des partis et des candidats et candidates en lice.

Faire grandir le Québec. Je présume que chacun des partis est favorable à une autonomie politique de plus en plus grande du Québec, donc au moins à une amorce de souveraineté. Dans cette optique, il serait intéressant d’entendre parler de déséquilibre fiscal, du pouvoir fédéral de dépenser, du respect des compétences spécifiques du Québec à l’échelle internationale, de la présence du Québec au sein de la francophonie, de la participation de militaires québécois à la guerre en Afghanistan, de la promotion des droits humains dans le monde, des relations commerciales que des entreprises québécoises entretiennent avec des régimes oppressifs, etc.

Vivre et travailler en français. Il est urgent de contrer le recul du français à Montréal et de concrétiser dans les faits le droit de vivre et de travailler en français partout sur le territoire québécois. Aussi celui d’être servi en français dans tous les services de santé et dans tout établissement commercial. Le temps est venu de rafraîchir et de renforcer la Charte de la langue française.

Diversité et identité. Le Québec a besoin de l’apport démographique, humain et culturel de nouveaux immigrants Il pourra réussir une intégration harmonieuse et enrichissante d’apports culturels différents à condition que soit sauvegardée la spécificité historique et culturelle de la base intégrante : de langue française et de tradition judéo-chrétienne. Ce qui implique une politique où la diversité se concilie avec l’identité historique.

Accessibilité pour tous aux services de santé. Pour un choix clairement affirmé en faveur d’un régime public de santé, sans réduction du panier de services. Réévaluation du projet de deux méga-hôpitaux à Montréal en tenant compte des besoins des régions dans le domaine de la santé.

La crise financière. L’urgence de refonder le capitalisme. Le principe de l’Etat régulateur. Se porter au secours des institutions financières, mais sans oublier les petits investisseurs, les petits épargnants, les travailleurs à la recherche d’emplois. Se demander si le statut de province au lieu de celui d’Etat souverain ne réduit pas considérablement le pouvoir régulateur du Gouvernement du Québec.

Dossiers régionaux . Exemples : la crise de l’industrie manufacturière et celle de l’industrie forestière, l’avenir et la place de la forêt privée, les besoins énergétiques du Québec, le dossier Rabaska. Sans oublier la nécessité d’accroître les équipements culturels dans plusieurs régions.

Le développement durable. Au lieu de simples interventions ponctuelles en situation de crise, c’est d’une véritable politique articulée de développement durable dont le Québec a besoin, incluant la protection des richesses naturelles, de la forêt, des lacs et rivières, la qualité de l’air et de l’eau, la protection des terres agricoles, le freinage de l’urbanisation sauvage.

Réformer la réforme. Il devient de plus en plus manifeste que des théories philosophiques aberrantes et des inepties pédagogiques sont en train de compromettre l’avenir du système d’éducation au Québec. A titre d’exemple : le virus du socioconstructivisme et le sabotage de l’enseignement de l’histoire. Il est vain de rêver d’un avenir collectif fécond si on laisse des gourous à l’esprit brumeux et des sophistes démolir les bases d’un véritable humanisme. Un coup de barre s’impose.

Les droits des parents en éducation. On est passé, dans le monde de l’éducation, de la religiosité mur à mur à l’intégrisme laïque mur à mur. On se comporte comme si les droits des parents devenaient obsolètes dès que l’enfant a franchi l’entrée de l’école. Un droit qu’on a bafoué, c’est celui de pouvoir choisir entre un enseignement religieux confessionnel et le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse. L’enjeu est grave, il concerne la liberté. Il interpelle les candidats de tous les partis.

La gouvernance universitaire. Les bévues de quelques administrateurs ne doivent pas servir de prétexte à une mise en tutelle des universités sous la férule des apparatchiks du Ministère de l’Education. Un enjeu qui concerne la saine gouvernance et la qualité des institutions d’enseignement supérieur. L’histoire enseigne que l’autonomie des institutions universitaires est essentielle au développement et au progrès des collectivités.

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Voilà ample matière pour des débats. De quoi enrichir la rhétorique électorale, en accroître la substance. Si bien que si le monde se parle de l’une ou l’autre de ces questions, on sera témoin d’échanges animés qui faciliteront un choix éclairé le jour du vote. C’est ainsi qu’une campagne électorale déclenchée sans motif sérieux pourra malgré tout se révéler utile pour la collectivité.

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