Dans l’attente d’un pasteur

On nous annonce la nomination prochaine d’une dizaine de nouveaux évêques au Québec. Chacun d’eux aura à assumer les tâches quotidiennes qu’on attend d’un pasteur en chef et à faire preuve d’un leadership propre à stimuler le dynamisme des chrétiens dans le domaine religieux et au cœur de la vie collective. Ce sera aussi quelqu’un , espérons-le, qui ne se contentera pas de suivre passivement le déroulement des événements mais cherchera à influencer le cours des choses au nom de valeurs enracinées dans l’Evangile, tels par exemple le cardinal Lavigerie qui mena un combat soutenu contre l’esclavagisme, Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, qui a pris fait et cause pour les grévistes de l’amiante, Helder Camara , solidaire des pauvres qui subissaient le joug pesant d’un système économique et social sans pitié, Oscar Romero, également solidaire des pauvres et des exploités, assassiné par des sbires au service de l’ordre établi. Dans des circonstances particulières un évêque peut incarner un modèle attractif qui suscite l’admiration tant des non-croyants que des croyants.

A la veille de l’arrivée d’un nouveau pasteur beaucoup entretiennent des attentes particulières. J’ai les miennes. Je les exprime en toute liberté.

Je souhaite d’abord que tous ces nouveaux évêques se considèrent en priorité comme des pasteurs au service des croyants dont la foi construit l’Eglise et non comme des rouages au sein d’un appareil de pouvoir. Car chaque communauté chrétienne se construit d’abord sur la foi des croyants et croyantes. Le premier des évêques, le Souverain Pontife, assure tant qu’il peut l’unité entre ces communautés, mais il n’en est pas le bâtisseur. C’est le monde ordinaire qui donne sa forme et sa vigueur à l’Eglise peuple de Dieu. Sans cette foi commune il n’y a pas d’Eglise incarnant la communauté des croyants. Un évêque, un ancien disait saint Paul, en préside les activités. C’est ce qui définit sa mission. Ce n’est qu’ensuite qu’il remplit la fonction de courroie de transmission au service d’un pouvoir extérieur.

A la tête de communautés locales des prêtres oeuvrent laborieusement et courageusement. On leur impose des tâches épuisantes. Puissent-ils découvrir dans leur nouveau pasteur diocésain un ami proche d’eux, compréhensif, qui croit à la collégialité et tient compte de leurs opinions.

On doit souhaiter qu’en plus de la gestion du quotidien les nouveaux pasteurs soient attentifs à des problèmes particulièrement urgents, par exemple celui de la croissance , chez les chrétiens ordinaires, de la liberté de conscience, condition de maturité spirituelle. J’espère, dans cette optique, qu’ils renoueront avec la ligne de conduite tracée par les évêques canadiens qui, à la suite de la parution de l’encyclique Humanae vitae, ont rappelé la primauté de la liberté de conscience dans le domaine éthique, surtout dans des questions marquées par l’incertitude et qui font l’objet de débats. Une conscience libre et mature pave la voie à une foi adulte.

Je souhaite de surcroît que les nouveaux évêques favoriseront une plus grande participation aux célébrations eucharistiques en rétablissant le beau rite de l’absolution collective au début de chaque messe. Le rite pénitentiel individuel conserve une légitimité, mais il est perçu par un certain nombre de croyants comme le reliquat d’une tradition qui traîne avec elle le poids d’une servitude psychologique malsaine. On peut lui reconnaître des vertus, mais on ne devrait pas l’imposer. On peut en revanche voir dans l’absolution collective un chemin qui conduit au renouvellement du rite privé de réconciliation.

Je formule aussi le vœu que les nouveaux pasteurs défendent les droits des parents en éducation et s’intéressent à la place qu’on devrait accorder à la culture chrétienne dans l’espace scolaire. Ailleurs, dans de nombreux pays, on dispense un tel enseignement, librement offert aux jeunes. Des leaders religieux y ont pris fait et cause pour la liberté de choix. Je souhaite que cela se produise aussi au Québec.

Je rêve de leaders religieux qui ne craignent pas de prendre la parole dans les débats de société. Dans une société libre un évêque ne peut se contenter d’incarner l’Eglise du silence. Il doit prendre la parole, au risque de choquer ou de se tromper. On peut reprocher à celui qui vient de quitter le siège de Québec tel ou tel propos, telle ou telle décision. Mais on ne peut lui reprocher d’avoir manqué à son devoir de parole. Il a pris au sérieux cette obligation épiscopale.

En attendant d’assumer sur les épaules le poids de ces multiples tâches, je suggère aux nouveaux pasteurs de commencer par une opération fort modeste, toute simple : rouvrir les églises. On dénombre au Québec des dizaines et des dizaines d’églises fermées à clé. Jadis les chrétiens d’ici se faisaient une fierté de construire de belles églises. De nos jours, en dehors des offices religieux, on verrouille les portes. Solution un peu simpliste pour contrer le vandalisme et le vol. Je verrais avec plaisir un nouveau pasteur faire le tour de son diocèse, dialoguer avec des curés et des marguilliers, mettre au point des solutions inédites et intelligentes, rendre accessibles aux paroissiens et aux visiteurs les lieux de recueillement et de prière. Ce serait pour lui un beau début de présence pastorale. Et, me semble-t-il, un projet pas si compliqué à réaliser. En retour, ces pasteurs qui ouvriront les portes des églises pourront compter sur le soutien spirituel de ceux et celles qui, en nombre croissant, fréquenteront ces lieux désormais accessibles. On expérimentera ainsi une belle forme de solidarité dont tout le monde tirera avantage.

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