LE FRANÇAIS EN PÉRIL ?

La langue française semble menacée en France. Elle est en perte de vitesse dans les milieux scientifiques et  les milieux d’affaires. Des chercheurs  ne publient les résultats de leurs recherches qu’en anglais, qui est  devenu d’autre part la langue d’usage dans plusieurs  grandes entreprises dont le siège social loge au cœur de l’Hexagone. Les membres de conseils d’administration entièrement formés  de francophones  débattent   en anglais. On  parle français à la maison et anglais au travail.  La mode de l’anglais fascine une large  fraction de l’élite française.

Un  visiteur de passage peut difficilement vérifier si le français est en péril à Montréal. Mais des études sérieuses semblent confirmer l’impact  d’une  tendance lourde jouant en faveur de l’anglais. Ce qui, nous dit-on,  deviendra manifeste  dans  deux ou trois décennies si nous laissons la situation se détériorer.

On avait espéré que le virage linguistique imposé par la loi 101 serait  suffisant pour assurer l’avenir du français au Québec. La Charte de la langue française a marqué  indéniablement un tournant historique majeur. Mais l’acharnement avec lequel la Cour suprême du Canada s’en est prise à cette loi en a réduit considérablement la portée. Il faut  vivre avec cette situation aussi longtemps que le Québec sera coincé dans le régime fédéral tel que nous le connaissons.

Il demeure que la langue française au Québec peut compter sur des assises nombreuses et importantes : des familles où l’on parle français, un usage quotidien tangible sur la majeure partie du territoire,  des écoles, des équipements culturels, des médias écrits et électroniques, des services sociaux et administratifs qui fonctionnent en français,  des entreprises où l’on travaille en français,  des milieux culturels dynamiques qui assurent le rayonnement du français ici et à l’échelle internationale.

Le Québec d’aujourd’hui est plus français que ne l’était la France à la veille de la Révolution, alors que la majorité des citoyens communiquaient entre eux par le biais d’une grande diversité  de parlers régionaux.  L’école, l’armée et l’administration publique républicaine ont contribué dans la suite à  donner à la mère-patrie un visage français bien tangible partout sur l’ensemble du territoire. Il incombe  aux gens d’ici de prendre les moyens pour  faire du Québec un pays de langue et de culture françaises.

Deux instruments de renforcement : la volonté politique et la volonté populaire.

Volonté politique : accroître et renforcer la  portée de  la loi 101, quitte à entrer en conflit une fois de plus avec  la Cour suprême ; agrandir  et consolider  un espace nettement  français qui englobe toutes les régions, y compris le grand Nord et l’Ile de Montréal ; assurer la nette prédominance du français comme  langue d’enseignement et langue de travail ; imposer une règlementation ferme portant sur l’affichage et la publicité.

Il devient crucial plus que jamais  de confier le pouvoir politique à des  représentants  fermement décidés à réaliser de tels objectifs. Ce choix incombe aux citoyens. Dans ce domaine comme dans d’autres on a les gouvernants qu’on mérite.

Volonté populaire. Celle-ci peut jouer un rôle déterminant  en assurant au quotidien la prédominance d’une langue française de qualité dans l’administration publique, les lieux de travail, en éducation, dans les échanges commerciaux, les débats publics, les activités culturelles. La mollesse linguistique n’aide en rien au progrès et à l’épanouissement de la langue française.

En fin de compte, il revient aux Québécois de décider si oui ou non ils veulent s’engager à assurer l’avenir et l’épanouissement du seul pays vraiment francophone en Amérique du Nord. Les moyens existent. Le reste demeure une affaire de volonté.

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On n’est pas dispensé, ce faisant, de s’occuper d’autres problèmes, tels ceux qui concernent  la moralité publique. Un Québec français, oui,  mais aussi un pays où le civisme et la justice ont  pignon sur rue, aussi bien  dans la gouvernance politique  que dans la gestion des fonds publics. Là-dessus, il y a matière à s’inquiéter autant que sur l’avenir de la langue française.

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