CHOIX POLITIQUES DIFFICILES

Dans la perspective des élections fédérales du 14 octobre 2008 la Commission épiscopale des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada a fait entendre sa voix et invite les catholiques de la base « à mieux s’informer des enjeux, à communiquer leur point de vue aux candidats, à promouvoir un débat public vigoureux, à envisager de poser leur candidature et, bien sûr, à voter ».

Pour sa part, la Commission accorde une attention prioritaire aux questions suivantes : le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine, l’option préférentielle pour les pauvres, la guerre en Afghanistan et l’environnement.

Opter pour la vie, c’est, par exemple : exiger le droit à la vie pour les plus petits parmi nous- embryons et fœtus, porter assistance aux femmes enceintes qui vivent des situations difficiles, soutenir et accompagner les personnes handicapées, âgées, malades, pauvres ou souffrantes, respecter la vie et la dignité des personnes qui sont à l’article de la mort et les accompagner jusqu’au bout, protéger chaque personne contre toute tentative d’instrumentalisation liée à l’utilisation de technologies médicales, etc.

Option préférentielle pour les pauvres. Priorité accordée au partage et à la justice distributive. « La doctrine sociale catholique a toujours soutenu que la distribution équitable des biens est prioritaire » (Benoît XV1). Questions qu’on doit se poser: « Les partis politiques promeuvent-ils l’accès à des logements sécuritaires et à prix abordables pour les familles démunies ? Proposent-ils des solutions concrètes au problème de la pauvreté des enfants et à celui de l’augmentation des coûts des aliments de base ?

Prise de position ferme contre la guerre en Afghanistan. Selon les évêques, « il n’y aura pas de paix en Afghanistan sans qu’un réel processus de paix n’implique toutes les parties en cause et le Canada devrait en être le grand promoteur » Ils s’interrogent : « Les partis politiques sont-ils prêts à s’engager résolument dans un processus de paix en Afghanistan ? ».

Protection de l’environnement. « La protection de l’environnement est devenue, dit la Commission, un sujet incontournable dans les débats actuels de notre société ». Question : « Au plan environnemental, les partis politiques manifestent-ils un souci pour les générations à venir ? Existe-t-il un plan concret pour redéfinir les relations entre les activités économiques et la place de l’être humain dans la nature ? »

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Ce sont là quatre points de repère éclairants. Mais, dans la pratique, les choix peuvent s’avérer complexes et difficiles. D’abord parce qu’il y a le choix du candidat et aussi celui du parti, surtout quand il arrive qu’un candidat diverge d’opinion avec son parti concernant une question particulière, comme cela arrive dans le dossier sur l’avortement. Voici d’ autre part qu’une formation politique qui adopte une position très permissive sur l’avortement ou encore le mariage gai milite en même temps pour la justice distributive, s’oppose à la poursuite de la guerre en Afghanistan et accorde une attention prioritaire à la protection de l’environnement. Pas facile de discerner la position « catholique » dans une situation aussi confuse. Celle-ci est rendue encore plus compliquée par l’intrusion d’autres facteurs non mentionnés ,telle par exemple l’opposition entre fédéralistes canadiens et souverainistes québécois. Ces derniers diront par exemple qu’un Québec indépendant serait plus en mesure d’adopter une position plus réconciliatrice dans le conflit afghan ou plus innovatrice en matière d’environnement.

Les évêques sont conscients de la difficulté de choisir. Voilà pourquoi ils parlent de jugement prudentiel, de discernement et de moindre mal. Et aussi de liberté de choix. « Il revient à chaque citoyen catholique de faire son discernement politique et d’exercer son jugement prudentiel. En effet, dans une démocratie comme la nôtre, il existe une pluralité légitime d’approches politiques concrètes. Alors que les principes moraux catholiques sont clairement définis, il peut y avoir différentes façons de les respecter et de les promouvoir dans l’arène politique ». Observation pertinente, sous réserve d’une légère nuance qu’il conviendrait d’introduire concernant « les principes moraux catholiques clairement définis » Tout n’est pas toujours si clair que ça dans la « pensée catholique ».

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On pourrait épiloguer sur la manière de « faire entendre sa voix ». C’est en surfant sur internet que j’ai trouvé le texte du message des évêques. Les grands médias semblent en avoir ignoré l’existence. Une voix qui réussit à se fait entendre dans l’espace public ou un murmure dans le désert ? Au Québec et peut-être aussi dans l’ensemble canadien les chrétiens ont perdu la bataille des communications. Mille palabres bruyants et parfois insignifiants encombrent l’espace public. S’ajoute l’influence d’une intelligentsia qui monopolise en grande partie les pages éditoriales et les médias électroniques et se nourrit de préjugés antireligieux coulés dans le béton. Pas facile, dans un contexte pareil, de faire entendre sa voix.

Il faut pourtant ne pas démissionner. En démocratie il existe toujours des issues pour une parole libre. Un défi actuel : avoir des choses précises et utiles à communiquer et inventer des moyens efficaces pour rejoindre des hommes et des femmes de bonne volonté en attente d’une parole éclairante, vivifiante et libératrice.

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