LA BONNE NOUVELLE

On attribue à Frédéric Nietzsche le propos suivant : « Toute distance entre Dieu et l’homme est supprimée, c’est cela, justement, la Bonne nouvelle ».

Je ne saurais garantir avec exactitude le sens que Nietzsche a voulu donner à son propos. Mais ce qu’il a dit se prête à une interprétation chrétienne. Celle qui postule que l’Incarnation est venue supplanter toutes les thèses, hypothèses et théories sur les rapports entre la divinité et la condition humaine. Rien de plus logique, dans cette optique, que le calendrier de l’histoire se définisse à partir de l’avant et de l’après de Jésus-Christ, Fils de l’homme.

L’Incarnation, c’est le début de l’humanisme chrétien. Celui-ci a pris forme laborieusement, difficilement, à travers les vicissitudes de l’histoire. Il n’a pas toujours évité les dérives et les dérapages. C’est ainsi par exemple que des croyants en Jésus-Christ qui ont milité pour l’abolition de l’esclavage ont rencontré sur leur route des chrétiens esclavagistes. Certains, qui proclamaient que tous les humains sont égaux, se sont confrontés à d’autres qui légitimaient les inégalités sociales. Des chrétiens qui se proclamaient pacifistes au nom de l’Évangile en ont croisé d’autres qui préconisaient le recours à la violence armée. On a même vu, à une époque récente, des évêques favorables à la dissuasion nucléaire. Il s’agit donc d’un humanisme en évolution, qui fait son chemin au milieu des lourdeurs qui pèsent sur la condition humaine.

A la base de cet humanisme s’inscrit la connexion entre la foi et la raison, celle-ci ayant comme fonction de baliser et de moduler l’espace du religieux ; aussi celle de mettre en lumière des valeurs humaines et sociales qui s’enracinent dans l’Evangile et qu’on retrouve souvent dans des crédos laïques, tel le cas de la belle devise Liberté, Égalité, Fraternité ; ou qui parfois réapparaissent sous une nouvelle appellation, telle la solidarité, qui fait écho à la charité.

Cette vision humaniste a nourri une pensée sociale de haut niveau, inspiré la création d’institutions et d’œuvres visant à promouvoir la condition humaine et que des témoins prestigieux ont contribué à incarner dans l’ordre temporel. L’humanisme chrétien s’est manifesté dans le culte et l’expansion du savoir, dans des écoles, des universités, des centres de création artistique, dans la lutte contre l’ignorance, le combat contre la souffrance et la pauvreté, la création d’hôpitaux et de dispensaires, la solidarité avec les plus démunis, la défense et la promotion des droits humains.

Des témoins prestigieux marquent cette histoire : Augustin d’Hippone, Benoit de Nursie,François d’Assise, Thomas d’Aquin, Vincent de Paul,
Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Jean-Baptiste de la Salle, Marie de l’Incarnation, Marguerite Bourgeois , Marguerite d’Youville, Frédéric Ozanam, Henry Newman, Gilbert Chesterton, Jacques Maritain, L.J.Lebret ainsi que de nombreux autres croyants engagés, moins connus ou anonymes, qui ont œuvré en faveur de la croissance humaine des individus et des sociétés. Je pense par exemple aux milliers de missionnaires qui ont assumé la tâche d’agents de développement aux quatre coins du monde.

Sans oublier Sœur Teresa, modèle hors normes de l’humanisme chrétien. Exemple plus susceptible de provoquer l’admiration que l’imitation, mais qui surgit de la même source où cohabitent le divin et l’humain.

Cette vision humaniste, ces valeurs, ces témoins prestigieux concrétisent la Bonne nouvelle. Est-ce de cela dont Nietzsche voulait parler ?

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