MORALE ET CODES D’ÉTHIQUE

Il y eu un temps où l’on débattait souvent de déontologie professionnelle, ce  domaine de l’éthique qui concerne les agents sociaux  premiers responsables de la  qualité de l’agir  moral en situation. Ces agents  sont en position d’autorité face à ceux qui dépendent de leur compétence et ces derniers peuvent difficilement porter un jugement sur les services qu’on leur dispense. S’établit  normalement une  relation de confiance  entre le demandeur de services et celui qui les assure,  entre celui qui sait et celui qui ne sait pas, comme cela arrive par exemple dans la relation entre le médecin et le patient.

De nos jours, la mode est aux codes d’éthique. Ceux-ci visent à  concrétiser les exigences de la déontologie face à des situations particulières. On leur attribue des vertus  spécifiques dont celles  d’assurer une meilleure protection du public, de  tenir en éveil le sens moral des professionnels et de  fournir des points de repère quand il y a lieu  d’évaluer la gravité d’actes dérogatoires. On tend à agrandir leur domaine  d’application. On présume par exemple qu’une municipalité sera mieux administrée si les représentants élus et les fonctionnaires qui y travaillent  s’engagent à respecter un code d’éthique. On voit là  une garantie  de saine gestion, ce qui  semble se vérifier  en certains cas.

Il demeure que la déontologie, qui est une branche de la morale,  précède les codes. Quand on confond le bien et le mal, les codes ne servent pas à grand-chose.  Mon père, opérateur-télégraphiste, n’avait pas besoin de code d’éthique. Il déterminait son comportement à partir d’une conscience intro-déterminée qui lui fournissait son  code de conduite.  Il était un expert  dans la manière de réguler le passage des trains et d’assurer la sécurité des cheminots et la protection du public.  Il savait faire preuve d’une conscience professionnelle impeccable. Je ne sais pas s’il connaissait même  l’existence de codes d’éthique officiellement promulgués. Le sien, il le portait  inscrit dans son esprit et dans son cœur.

L’insistance actuelle sur la nécessité d’imposer des codes d’éthique s’inspire de bonnes intentions. Elle  révèle  aussi une inquiétude, celle suscitée par des dérives de plus en plus nombreuses portées à la connaissance du public  par des médias et par des enquêtes journalistiques. Beaucoup ont l’impression que c’est la morale qui fout le camp. Ils  voudraient contrer le phénomène par la promulgation de codes d’éthique. L’intention est bonne, mais le remède ressemble à un pansement sur une jambe de bois.

La déontologie professionnelle, enracinée dans une conscience intro-déterminée, est un héritage  de la culture judéo-chrétienne. Elle connaît des hauts et  des bas, un peu au gré  du niveau de sensibilité  morale présente  au sein d’une collectivité. On ne peut compenser son absence ou son affaiblissement  par le recours à quelque relativisme éthique fabriqué  de toutes pièces. Elle s’appuie sur des valeurs et des convictions morales, tels par exemple le devoir de compétence, le respect des personnes, la droiture, la compassion, le refus d’abuser de son pouvoir, le désintéressement, le souci du bien commun. Elle guide  la rédaction des codes, mais  ceux-ci ne la rendent pas obsolète. Au contraire, leur efficacité  dépend de son imprégnation. Ce qui devient prioritaire,  c’est donc   la nécessité de cultiver les convictions morales,  ce qui contribuera à valoriser les codes d’éthique et à accroître leur efficacité.

1 pensée sur “MORALE ET CODES D’ÉTHIQUE”

  1. Bonjour monsieur O’Neill,

    J’aime beaucoup votre article. L’éthique devrait être à l’ordre du jour tous les jours…un giuvernail nécessaire à toute action importante.

    Je me souviens de vous à plusieurs titres. Je vais en citer deux:

    1. Vous étiez aumônier à l’université Laval lorsque j’y ai fait mes études…

    2 . Étant le fils d’Albert Rousseau je crois que vous avez effectué une expédition dans le nord du Québec avec mon père, René Richard et Jacques Rousseau … Si ma mémoire est exacte.

    Évidemment nous nous souvenons aussi de vous comme homme politique…

    Recevez l’expression de mon meilleur souvenir.

    Yves Rouseau

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