SAVOIR DIRE NON

Il y en a qui ont l’air de dire toujours non. Non à un port méthanier qui menace l’environnement, au gaz de schiste, à la destruction des terres agricoles, à la pollution des lacs et des rivières, au bradage du Grand Nord, à l’étalement urbain et à maintes autres affaires qu’on nous présente comme porteuses de progrès. De l’avis d’une personnalité politique maintenant à sa retraite cette manie devient coûteuse. « Il faudrait, dit-elle, que les médias cessent de se concentrer sur ceux qui s’opposent, sur ceux qui disent non. Et qu’ils donnent la parole à ceux qui défendent des projets nouveaux et audacieux. Il faudrait qu’ils sachent susciter de véritables débats au sein de notre société ».

Je note en passant que la madame avait, semble-t-il, dit non au moment des référendums de 1980 et de 1995. Au nom du progrès. À ses yeux le non peut donc parfois revêtir un sens positif.

Au fait, savoir dire non est souvent la bonne manière de favoriser le mieux-être collectif et de servir le bien commun, tandis que dire oui n’est pas toujours sans risques. J’en prends à témoin ce dossier que publie le Nouvel Observateur du 12 janvier 2012, où l’on décrit le drame vécu dans une petite commune de la Mayenne, Grez-en-Brouère. Les habitants s’étaient hâtés de dire oui quand on leur proposa, en 1990, l’installation d’un centre de retraitement de déchets souillés au PCB. Seul un résidant du genre écolo, apiculteur, éleveur de chèvres et vendeur de fromages, s’opposa vivement au projet, mais en vain. L’attrait pour des emplois bien rémunérés a eu le dernier mot. Or, voici que depuis ce temps des problèmes graves ont surgi : pollution de l’air, bovins empoisonnés, lait de ferme contaminé, multiplication de cas de cancers, apparition de malformations chez les enfants, maladies industrielles, produits de la ferme qu’on ne réussit plus à vendre sur les marchés parisiens, l’économie locale en panne, disparition du tourisme vert, des terres souillées pour des dizaines d’années. Un pays de rêve devenu un endroit où il est dangereux de vivre.

Ce n’est pas en s’embarquant dans les aventures industrielles et commerciales qui font fi de l’écologie, du développement durable et de la qualité de vie qu’on avance sur le chemin du progrès. Savoir dire non est parfois, voire souvent, l’acte de saine prudence politique qui s’impose, surtout quand on fait face à des barbares modernes qui manipulent à la fois l’argent, de nouvelles technologies et la propagande.

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