JEUX DE GUERRE

La guerre accompagne l’histoire de l’humanité. Plus que la paix. La guerre à laquelle on se résigne ou qu’on entreprend se veut souvent la dernière, la der des ders. En attendant la prochaine. Selon un vieil adage romain, qui veut la paix doit se préparer à la guerre. Mais l’histoire montre que celui qui prépare la guerre finit le plus souvent par s’enfoncer dans la guerre. Adieu la paix.

L’institution militaire est une composante, incontournable aux yeux de certains, de la souveraineté. Comme s’il était dans le destin d’un pays de vivre entouré d’ennemis, ce qui fut par exemple longtemps le cas pour la Pologne, obligée de composer avec des voisins pas très commodes. Mais de là à définir l’armée comme partie intégrale de la personnalité nationale, c’est quelque peu excessif.

Il arrive d’autre part que l’armée se voit confier comme mission première de mater les citoyens qui rouspètent, les victimes d’un pouvoir inepte ou corrompu, les pauvres à bout de patience. Elle devient alors l’instrument de répression par excellence, comme cela arrive dans beaucoup de pays.

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Voisin de la première puissance militaire mondiale, le Canada ne dispose que d’une petite armée dont l’équipement modeste suffit pour accomplir les missions de paix dont le pays s’est fait une spécialité.. L’ère de la frugalité semble terminée. On se prépare à investir des milliards pour que la force militaire canadienne puisse se donner les airs d’une puissante armée. Les forces de paix sont en voie de se transformer en forces de guerre. C’est un virage historique.

C’est aussi un réalignement sur l’idéologie belligène, « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Œuvrer dans les misions de paix apparaît désormais comme de l’angélisme. A la guerre que conduisent les terroristes répondra à l’avenir la guerre musclée, avec des navires, des avions de combat, des hélicoptères, des chars d’assaut, des milliers de camions militaires et de mitrailleuses, une technologie sophistiquée. .Du sérieux, en somme. Avec en perspective des milliers de victimes innocentes et des profits intéressants pour l’industrie militaire.

Ce virage escamote la réflexion sur les sources des conflits, les causes proches, mais aussi celles qui sont plus profondes, inscrites dans l’histoire et la misère des peuples. Celles en outre qui renvoient aux appétits des trafiquants d’armes. Les conflits ruinent les peuple et sèment la misère mais enrichissent beaucoup d’investisseurs. Parmi eux, et sans qu’ils s’en aperçoivent, les cotisants aux caisses de retraite, incluant des universitaires pacifistes.

Dans plusieurs pays pauvres des milliers d’adolescents apprennent à manier des mitrailleuses fabriquées ailleurs et assassinent des citoyens sans défense. . Il y est plus facile d’y importer des armes en provenance de pays riches que d’obtenir de l’aide pour construire des écoles ou des centres de santé. Les sols sont en friche, l’eau potable fait défaut, les soins de santé parfois inexistants. Dans des pays qui se vantent de posséder l’arme nucléaire, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants croupissent dans des bidonvilles, souffrent de malnutrition et de maladies endémiques. Mais les soldats sont bien vêtus, bien nourris et bien équipés. Les colonels et généraux encore plus.

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Au fond de nous-mêmes et sans trop se l’avouer nous nous résignons facilement à la guerre et croyons peu à la paix. « Ton bras sait porter l’épée ». La non-violence apparaît naïve. Tout comme l’idée qu’on puisse, en usant de patience et de compromis, désamorcer les conflits et éradiquer les racines de la violence. C’est notre résignation qui laisse la voie libre aux faucons de tout acabit et aux marchands de canons.

Le Canada des missions de paix semble peu à peu devoir laisser sa place à un Canada militariste qui risque de s’engager dans des conflits sans issue, comme en Afghanistan. A cause de son statut politique de province, le Québec est partie prenante de l’aventure. Est-ce bien cela que veulent les gens d’ici ?

 

SOLIDAIRES DANS LA SANTE

Des prophètes de malheur prédisent un avenir catastrophique pour le système de santé québécois. Cigales imprudentes, nous nous serions dotés d’un vaste réseau d’établissements de santé trop coûteux pour nos moyens et dont le fonctionnement est alourdi, paraît-il, par des pratiques médicales onéreuses, des habitudes de fréquentation de citoyens qui auraient tendance à considérer les hôpitaux, les CLSC et les cliniques médicales comme des centres de loisirs, des cohortes de personnes âgées qui trompent leur ennui en occupant un espace qu’ on devrait réserver à de vrais malades. D’où l’idée qui resurgit à l’occasion de pénaliser les demandeurs de soins en imposant un ticket modérateur.

Est-ce une erreur d’avoir implanté un système fondé sur le principe de l’accessibilité générale et gratuite ? Est-ce que le système se porte si mal que ça ? Sommes-nous engagés sur une pente qui conduit à la faillite ?

Voyons les choses de plus près, mais aussi dans une vue d’ensemble qui tient compte à la fois du passé et de ce qui se pratique ailleurs.

AVANCEE HUMAINE

Des soins de santé accessibles à tous, c’est un gain historique, un gain de civilisation, un des grands acquis du XXème siècle, un héritage que nous ont légué les Trente Glorieuses ( 1945-1975). Avant cette époque, des groupes de citoyens altruistes, par exemple les communautés religieuses hospitalières, dont certaines étaient déjà à l’œuvre au Québec au temps de la Nouvelle-France, ont accompli un travail immense en vue de faire reculer la maladie et la souffrance. Mais l’accessibilité demeurait partielle. Les frais médicaux et hospitaliers résultant de la maladie d’un seul membre d’une famille pouvaient plonger celle-ci dans la pauvreté. Le secteur privé, nonobstant ses mérites, avait atteint les limites de son efficacité.

Peu à peu, dans une perspective d’éthique structurelle, a prévalu l’idée que l’Etat, responsable du bien commun, devait lui-même prendre la tête du combat pour la santé, et ce au bénéfice de tous les citoyens, autant les pauvres et les peu nantis que les riches. On a voulu rendre la solidarité plus réelle, concrète, significative pour l’ensemble des citoyens, tout en tenant compte du principe de subsidiarité qui exige qu’on respecte l’autonomie et la compétence spécifique des groupements professionnels voués à la promotion de la santé.

Le bilan : un vaste réseau qui couvre toutes les régions du Québec et qui, en dépit de ses imperfections, accroît la qualité de la vie et offre un soutien précieux face aux épreuves qui affectent la santé des citoyens. Peut-être pas le meilleur système au monde, mais sûrement un des meilleurs.

LA VOIE EGALITAIRE

Dans les faits, l’égalité face à la maladie et aux besoins de soins de santé demeure toujours relative. Des circonstances feront que tel bénéficiaire aura la chance de connaître personnellement un médecin ou celle de vivre dans le voisinage d’un hôpital, ou encore, à titre de travailleur syndiqué, de pouvoir profiter d’une assurance collective couvrant les frais d’une chambre privée. Mais dans l’ensemble et pour ce qui en est des besoins essentiels, le système public de santé québécois respecte le principe d’égalité. Il est de texture démocratique. Quelle que soit la personne qui se présente à l’accueil dans un hôpital, un CLSC ou une clinique médicale, on n’exige d’elle qu’une chose : exhiber une carte de la RAMQ ou celle de l’établissement concerné. Pas besoin de sortir son porte-monnaie. C’est la collectivité qui, par les impôts et taxes, assume les frais de la lutte contre la maladie et la souffrance. Une façon pratique d’emprunter la voie égalitaire.

HERITAGE JUDEO-CHRETIEN

Sous sa façade désormais laïque le système public de santé perpétue une manière de voir et une tradition dont les racines judéo-chrétiennes sont manifestes. Nombreux sont les récits bibliques où il est question de maladies, d’infirmités, de guérisons Ces récits occupent un vaste espace dans les Evangiles. . Il est possible que sous l’effet de l’enthousiasme ou par souci d’édifier les auteurs des Livres saints aient amplifié la dimension spectaculaire en décrivant les guérisons miraculeuses que le Christ a accomplies. Mais il demeure certain, selon des historiens et des exégètes sérieux, que le prophète venu de Nazareth était un thaumaturge remarquablement efficace dont le pouvoir de guérison attirait les foules. Son talent de guérisseur étant d’autant plus apprécié que la souffrance physique était omniprésente et que la médecine de l’époque coûtait cher et, semble-t-il, donnait peu de résultats. L’évangéliste Marc raconte l’histoire d’une femme atteinte d’un flux de sang depuis douze années et « qui avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout son avoir sans aucun profit, mais allait plutôt de mal en pis » Or voici qu’elle réussit à toucher le vêtement de Jésus « et aussitôt la source d’où elle perdait son sang fut tarie, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son infirmité »( 5, 25-27 ; 29). En d’autres circonstances c’est Jésus lui-même qui prend les devants et décide d’intervenir, comme s’il avait souhaité faire disparaître toutes les douleurs et toutes les infirmités. Alléger le poids de la maladie, guérir, redonner espoir : autant de signes d’une présence messianique, nous disent les Livres saints.

Les chrétiens ont toujours cherché à perpétuer ces signes à travers l’histoire, à la manière d’une tradition, d’une culture. De tous temps, ils ont édifié des « hostels de Dieu », des dispensaires, des centres d’accueil de tout genre comme des signes révélateurs de la présence du Christ, même là où les croyants en Jésus-Christ ne formaient qu’une petite minorité. Combattre la maladie et la souffrance constitue un trait caractéristique de l’humanisme chrétien, une composante culturelle, celle-là même que Sœur Teresa a concrétisée de façon si spectaculaire.

AMELIORER LE SYSTEME

Pratiquer la solidarité dans la santé, c’est faire progresser la condition humaine. Il faut promouvoir les aménagements de la vie collective qui incarnent cette pratique .Non pas s’employer à démolir les acquis ou à décrier inutilement le système, mais chercher plutôt l’améliorer et accroître son efficacité.

On prétend par exemple que de pseudo-malades abusent du système. Une gestion intelligente peut contrer ces abus, tout en se rappelant qu’un malade imaginaire traîne avec lui un malaise non détecté qu’il faut repérer et traiter. Quoi qu’il en soit, le problème le plus fréquent et le plus grave, c’est celui de gens qui souffrent réellement et supportent de longues attentes avant de recevoir les soins requis. Un problème qu’est venue aggraver une pénurie de personnel médical et hospitalier causée en partie par une mauvaise planification concoctée par des technocrates myopes et imprévoyants…

Certains dénoncent la complaisance de médecins qui, en multipliant inutilement les ordonnances, augmenteraient les coûts de fonctionnement du système. . Est-ce si fréquent ? Quoi qu’il en soit, la solution à ce problème relève de la conscience professionnelle, assise de base de la pratique médicale. C’est au cours des années de formation qu’on peut intervenir dans ce domaine. . On ne peut pallier l’insuffisance de la composante déontologique. Tout comme on ne peut ordonner au personnel hospitalier d’être humain dans ses comportements, accueillant, attentif, consciencieux. Ca doit venir du dedans. C’est là une dimension de l’agir qui accroît la qualité des soins, mais ne se commande pas et ne peut résulter de mesures administratives ou budgétaires. Il existe une composante humaine de la qualité des soins de santé que les règlementations les plus pointilleuses ne peuvent garantir.

ÇA COUTE TROP CHER ?

En comparaison d’autres pays, notre système de santé génère des coûts salariaux raisonnables, parfois inférieurs à ce qui serait équitable. Il y aurait lieu par exemple de revoir à la hausse les conditions salariales des infirmiers et infirmières et surtout leurs conditions de travail. Quand de nombreux professionnels quittent la pratique ou doivent s’absenter du travail pendant plusieurs mois pour raison d’épuisement, on doit s’interroger sur les conditions de travail qui ont engendré une telle situation.

Les établissements de santé sont d’autre part une source importante de retombées sociales et économiques, surtout dans les régions. Ils contribuent grandement à la qualité de vie et freinent une détérioration de l’état de santé des citoyens, laquelle peut engendrer des coûts socio-économiques considérables En Grande-Bretagne, où fut instauré le premier grand réseau de soins de santé au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, on a constaté , après quelques années de mise en opération, une diminution tangible de coûts socio-économiques , tel l’absentéisme au travail. Des citoyens qui profitent de bons soins de santé coûtent moins cher à la collectivité.

L’ampleur du coût du système se mesure en tenant compte de la richesse collective. Or la société québécoise est beaucoup plus riche aujourd’hui qu’elle ne l’était dans les années 1970, quand fut implantée l’assurance-maladie. D’autre part, la portion de ressources financières consacrées à la santé au Québec se situe dans la bonne moyenne en comparaison des dépenses auxquelles consentent d’autres pays avancés.

Ce qui ne dispense pas de s’interroger sur les façons de freiner les coûts de fonctionnement. Ainsi, le citoyen ordinaire comprend mal qu’on projette la construction de nouveaux espaces dans un hôpital alors que des étages complets sont fermés ou que des blocs opératoires ne sont utilisés que quelques heures par semaine. Il ne comprend encore moins qu’on puisse envisager de construire, à Montréal, deux immenses centres hospitaliers au lieu d’un seul, comme si la mystique du béton qui a inspiré l’érection du Stade olympique avait envahi le cerveau des décideurs médicaux.

Le béton ne joue qu’un rôle secondaire dans la qualité des soins de santé.. On peut visiter en France des établissements d’allure modeste, parfois aux apparences vétustes, mais qui jouissent d’une renommée internationale. On semble avoir là-bas une idée plus juste de ce qui est prioritaire dans le domaine de la santé.

Une évaluation adéquate des ressources disponibles doit inclure une analyse attentive de la politique fiscale. S’il est vrai par exemple que de grandes entreprises appuient volontiers les campagnes de levées de fonds lancées par des établissements hospitaliers et des associations caritatives, il est non moins vrai que, grâce à des astuces fiscales, certaines d’entre elles profitent d’allègements substantiels d’impôts et ainsi contribuent moins qu’elles le devraient à l’accroissement des fonds publics. Donc, avant de conclure que nous ne pouvons plus nous payer le système public de santé dont nous profitons, il faudrait voir si chaque catégorie de contribuables fait sa part, c’est-à-dire assume une charge fiscale décente.

Autre élément du dossier : le déséquilibre fiscal. On le répète souvent : le Québec absorbe les coûts de la santé pendant que le pouvoir fédéral encaisse des surplus, lesquels ajoutent à la tentation de gaspiller et à celle d’empiéter sur les compétences des Etats provinciaux et de les soumettre à ses diktats. On ne peut passer sous silence cette donnée cruciale quand on débat des coûts du système de santé.

LA VOIE D’AVENIR

Le système public québécois de santé forme un acquis précieux qu’il faut protéger, améliorer, rendre plus humain et plus efficace .Au lieu de chercher à le ratatiner, il faut penser plutôt à accroître son accessibilité, par exemple en assurant une meilleure couverture des soins dentaires au profit des enfants et des adolescents .Donc aller de l’avant au lieu de lésiner sous prétexte que nous serions devenus des quêteux à cheval qui vivent au-dessus de leurs moyens.

Notre solidarité dans la santé doit même déborder nos frontières. Au fait, cela est déjà une réalité grâce à l’action caritative des missionnaires québécois qui ont fondé des centaines d’hôpitaux, de dispensaires, de centres d’accueil , d’écoles de formation dans le domaine de la santé partout à travers le monde .Le temps est venu de concevoir une action gouvernementale qui , s’inspirant des initiatives de nos missionnaires, appuierait et financerait des agents de développement engagés dans des tâches visant à combattre les maladies endémiques, la sous-alimentation, des fléaux tels que le sida, etc. La lutte contre les maladies et la souffrance est une urgence qui prévaut partout dans le monde et nous devons y contribuer selon nos moyens.

Dans la lutte contre les épreuves qui affectent la santé l’exemple vient parfois de plus petits et de moins nantis. C’est ainsi que des centaines de médecins cubains exportent dans plusieurs pays d’Amérique latine une compétence mondialement reconnue et appréciée. .Ils étaient même prêts, si le président Bush l’avait permis, à se rendre en Louisiane pour porter secours aux victimes de l’ouragan. Katrina. Voilà un bel exemple de solidarité dans la santé. Ce qui vaut mieux que de gémir sur les lacunes de notre système québécois et de laisser entendre que dans ce domaine nous serions de pauvres diables en train de se ruiner à vouloir remplir un tonneau sans fond.

 

ESSAYER DE COMPRENDRE

Ce qui est arrivé le 11 septembre 2001 dépasse l’entendement. Ce fut un coup brutal porté au cœur de la puissance américaine. Aussi le point de départ d’un enchaînement de violences en réponse à la violence, à quoi s’est ajouté le déploiement de mesures de sécurité qui sont en train de transformer l’Occident et plus particulièrement les Etats-Unis en forteresse assiégée et qui menacent le fonctionnement normal de la vie démocratique.

A l’origine de la nouvelle donne le terrorisme, terme souvent mal utilisé, qui monopolise l’attention et empêche d’aller au fond des choses, de comprendre. Or, comme l’explique Bernard Keating , professeur d’éthique à l’Université Laval ( voir LE SOLEIL, 11 septembre 2006), il importe de ne pas se contenter de déplorer ou de condamner, il faut essayer de comprendre, ne serait-ce que pour réaliser l’inutilité d’une rétorsion où la violence militaire répond à la violence brutale du terrorisme. « Ceux qui croient que c’est par le armes qu’on viendra à bout du terrorisme se trompent ou tentent de nous berner. La nature même du terrorisme le rend pratiquement inexpugnable. On ne peut empêcher la détermination de s’allier à l’imagination pour se mettre au service de la haine ! »

Le terrorisme, souligne le professeur Keating, reçoit l’appui « des populations qui font les frais de réformes économiques sauvages, de changements culturels imposés de l’extérieur ou de l’impuissance de la « communauté internationale » à faire en sorte que les rapports de force cèdent le pas au droit ». Il y a un fossé entre nos idéaux et nos comportements. D’où le scandale, le ressentiment, la révolte.

Les explications de l’éthicien de Laval ne répondent pas à toutes les interrogations, mais elles ont le grand mérite d’indiquer la voie à suivre : celle qui cherche à comprendre au lieu de se contenter de prôner le recours à la force brutale.

 

Inutile violence

Au cours des derniers mois la région de Québec a été le théâtre d’un débat animé portant sur la liberté d’expression. Des milliers d’auditeurs d’une radio-poubelle sont descendus dans la rue, deux ou trois universitaires sont partis en croisade au nom de la liberté d’expression, un avocat virtuose des coups de toge s’est donné en spectacle. Heureusement, quelques magistrats ont calmé le jeu en rappelant que les lois en vigueur ne reconnaissent pas le droit de diffamer, de cultiver le mépris et de semer la haine. Ce rappel inspiré du bon sens a fortement ralenti le zèle des nouveaux croisés.

Ceux qui, dans des temps anciens, ont milité pour les libertés civiles, auraient eu de la difficulté à se retrouver dans ce combat de ruelle. Car pour eux la liberté était inséparable de la responsabilité et devait promouvoir les droits de la personne. Le concept d’une liberté qui flotte en l’air sans point d’attache avec d’autres valeurs leur était étranger.

Au fait, la liberté peut a se prêter à des distorsions. Il arrive qu’on invoque la liberté de création dans les arts pour légitimer la pornographie. Des hommes d’affaires se réclament de la liberté économique pour exploiter des travailleurs sans défense ou pour détruire l’environnement. Un facteur humain qui a pesé lourd dans la catastrophe qui a frappé la Louisiane et la ville de Nouvelle-Orléans a été la liberté que se sont donnée des compagnies pétrolières de détruire des barrières naturelles qui contribuaient à réduire la capacité de destruction des ouragans. Témoins de ce saccage perpétré par la libre entreprise, des scientifiques ont annoncé l’éventualité d’un cataclysme. C’est devenu une triste réalité.

Ignorant les avertissements d’experts, c’ est en toute liberté que le président Bush a refusé qu’on accorde une subvention adéquate qui aurait permis de consolider les digues protégeant la Nouvelle-Orléans contre les assauts de la mer. Des milliers de citoyens, surtout des pauvres, ont payé de leur vie la décision libre et irresponsable du président américain.

Le drame louisianais nous remet en mémoire une autre décision libre et irresponsable, celle de Bonaparte, qui, en 1803, a bradé a l’avantage des Américains un immense espace couvrant le bassin du Mississipi et qui s’étendait jusqu’à l’Oregon. Il paraît qu’il avait besoin d’argent pour préparer son couronnement. Une autre thèse veut qu’il ait pris cette décision parce qu’il voulait financer des expéditions militaires dont certaines connurent un dénouement catastrophique. C’est dans la foulée de cette décision malheureuse que s’est estompé le rêve d’une grande Amérique française.

C’est beau de revendiquer la liberté, mais il faut aussi se demander ce qu’on en fait. Pierre Bourgault avait l’habitude de rappeler que si nous voulions la création d’un Québec indépendant, c’était pour mieux assumer notre responsabilité de citoyens libres. L’idée qu’on puisse revendiquer la liberté sans porter la responsabilité de ses décisions lui était étrangère. Il n’aurait pas compris la crise libertaire qui a secoué la région de Québec au cours des derniers mois.

Libres et responsables

Au cours des derniers mois la région de Québec a été le théâtre d’un débat animé portant sur la liberté d’expression. Des milliers d’auditeurs d’une radio-poubelle sont descendus dans la rue, deux ou trois universitaires sont partis en croisade au nom de la liberté d’expression, un avocat virtuose des coups de toge s’est donné en spectacle. Heureusement, quelques magistrats ont calmé le jeu en rappelant que les lois en vigueur ne reconnaissent pas le droit de diffamer, de cultiver le mépris et de semer la haine. Ce rappel inspiré du bon sens a fortement ralenti le zèle des nouveaux croisés.

Ceux qui, dans des temps anciens, ont milité pour les libertés civiles, auraient eu de la difficulté à se retrouver dans ce combat de ruelle. Car pour eux la liberté était inséparable de la responsabilité et devait promouvoir les droits de la personne. Le concept d’une liberté qui flotte en l’air sans point d’attache avec d’autres valeurs leur était étranger.

Au fait, la liberté peut a se prêter à des distorsions. Il arrive qu’on invoque la liberté de création dans les arts pour légitimer la pornographie. Des hommes d’affaires se réclament de la liberté économique pour exploiter des travailleurs sans défense ou pour détruire l’environnement. Un facteur humain qui a pesé lourd dans la catastrophe qui a frappé la Louisiane et la ville de Nouvelle-Orléans a été la liberté que se sont donnée des compagnies pétrolières de détruire des barrières naturelles qui contribuaient à réduire la capacité de destruction des ouragans. Témoins de ce saccage perpétré par la libre entreprise, des scientifiques ont annoncé l’éventualité d’un cataclysme. C’est devenu une triste réalité.

Ignorant les avertissements d’experts, c’ est en toute liberté que le président Bush a refusé qu’on accorde une subvention adéquate qui aurait permis de consolider les digues protégeant la Nouvelle-Orléans contre les assauts de la mer. Des milliers de citoyens, surtout des pauvres, ont payé de leur vie la décision libre et irresponsable du président américain.

Le drame louisianais nous remet en mémoire une autre décision libre et irresponsable, celle de Bonaparte, qui, en 1803, a bradé a l’avantage des Américains un immense espace couvrant le bassin du Mississipi et qui s’étendait jusqu’à l’Oregon. Il paraît qu’il avait besoin d’argent pour préparer son couronnement. Une autre thèse veut qu’il ait pris cette décision parce qu’il voulait financer des expéditions militaires dont certaines connurent un dénouement catastrophique. C’est dans la foulée de cette décision malheureuse que s’est estompé le rêve d’une grande Amérique française.

C’est beau de revendiquer la liberté, mais il faut aussi se demander ce qu’on en fait. Pierre Bourgault avait l’habitude de rappeler que si nous voulions la création d’un Québec indépendant, c’était pour mieux assumer notre responsabilité de citoyens libres. L’idée qu’on puisse revendiquer la liberté sans porter la responsabilité de ses décisions lui était étrangère. Il n’aurait pas compris la crise libertaire qui a secoué la région de Québec au cours des derniers mois.

OÙ SONT LES ANTISEMITES ?

On ne peut prévoir quelle sera l’efficacité de la campagne entreprise par des leaders canadiens non juifs contre l’antisémitisme au Canada (Voir LA PRESSE, 11 septembre 2006). On peut cependant s’interroger sur l’opportunité de cette campagne et sur la nature de l’objectif poursuivi.

Des courants antisémites se son manifestés autrefois, aussi bien au Québec qu’ailleurs au Canada. Moins au Québec, selon certains historiens, qui ne manquent pas de rappeler que ce sont les très catholiques citoyens de Trois-Rivières qui furent les premiers à élire un député de confession juive à l’Assemblée législative du Bas-Canada. En contrepartie, on observe, dans les années précédant la deuxième guerre mondiale, des manifestations d’un activisme antisémite, mais celui-ci incarnait plus une forme de xénophobie qu’un parti pris idéologique à la manière de l’antisémitisme nazi.

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, marquée par l’horreur de l’Holocauste, on a éprouvé le besoin de se mieux connaître et de dialoguer.. C’est dans cette optique que fut fondé à Québec le mouvement des Amitiés judéo-chrétiennes où des catholiques, des protestants et des juifs ont partagé leurs croyances, appris à mieux se connaître et cherché à dissiper les préjugés qui contribuent à dresser des barrières entre citoyens de cultures différentes. Une telle initiative s’inscrivait dans une tendance de plus en plus répandue qui allait connaître un accomplissement avec la Déclaration du Concile Vatican 11 sur la liberté religieuse et celle qui proclame la vocation unique du peuple juif., confirmant la prise de position historique de Pie XI proclamant : « Nous somme tous spirituellement des sémites ».

L’antisémitisme, me semble-t-il, s’est grandement atténué au Canada et au Québec. C’est pourquoi la campagne amorcée par des leaders canadiens non juifs étonne un peu. A moins que les responsables de cette initiative confondent l’antisémitisme avec les réactions critiques face à certains comportements de l’Etat d’Israël .Or on peut à la fois témoigner beaucoup de respect envers le peuple juif, qui a donné au christianisme ses lettres de noblesse, et dénoncer un impérialisme sioniste dont les excès, lors du récent conflit au Liban. ont heurté la sensibilité de millions de gens partout à travers le monde.

Il serait maladroit qu’on brandisse le spectre de l’antisémitisme pour cautionner des comportements politiques inacceptables et la violence armée dont a été victime le peuple libanais.

 

La clé dans la porte

Il est agréable l’été, au Québec, de visiter les églises qui, en vertu de leur richesse architecturale et patrimoniale, font partie du circuit touristique. On y est accueilli chaleureusement et en plusieurs endroits des guides compétents nous aident à mieux profiter de la visite. Mais dès septembre, ces lieux de prière sont fermés à clé, hormis les temps de célébration. Ils retrouvent alors le statut de la plupart des autres églises, c’est-à-dire qu’ils deviennent inaccessibles pour le commun des mortels, pour le croyant ordinaire en quête d’un lieu de recueillement et de prière.

Il est paradoxal de constater qu’au moment où l’on entreprend une vaste campagne visant à réveiller l’intérêt des catholiques pour la vie eucharistique et les préparer à mieux participer au Congrès eucharistique international de 2008, il soit souvent impossible d’avoir accès à un lieu de culte qui abrite la Sainte Réserve, composante du crédo sacramentel catholique.

On peut, en dehors des moments de rassemblement, tenir fermé un temple protestant de tradition réformiste puisque les chrétiens fidèles à cette tradition n’adhèrent pas de foi en la présence eucharistique. Il en va autrement pour les catholiques. Car ceux-ci professent en principe une foi eucharistique avouée qui s’exprime non seulement dans les célébrations mais aussi dans un culte individuel ou collectif axé sur la dévotion à la Présence réelle.

On comprend la raison qui incite à mettre ainsi la clé dans la porte. C’est une question de sécurité. On veut éviter le vol et le vandalisme. Car les églises abritent un grand nombre de tableaux, de sculptures, d’objets sacrés que des voleurs pourraient dérober- ce qui se produit parfois- ou que des vandales, jeunes et moins jeunes, pourraient endommager gravement. Les responsables des biens des fabriques ont le devoir de protéger ces composantes du patrimoine collectif. Elles appliquent donc le principe de précaution, mais dans leur manière de le faire elles privent de nombreuses personnes du libre accès à un lieu de recueillement et de prière.

Pourrait-on régler autrement le problème de sécurité ? Il serait possible, me semble-t-il, d’assurer, pendant les heures d’ouverture des églises, la présence de bénévoles qui, pour une durée d’une heure ou deux, exerceraient une surveillance discrète tout en se livrant à des occupations adaptées au lieu : pratiquer le recueillement, méditer, lire, prier, etc. Autant d’activités auxquelles il est souvent difficile de s’adonner dans le brouhaha de la vie quotidienne. Ces personnes se rendraient ainsi service à elles-mêmes tout en servant la communauté paroissiale. Et ce serait une manière de mettre en pratique le précepte évangélique qui invite à toujours prier, soit qu’on le fasse soi-même, soit qu’on s’en remette à d’autres pour le faire.

Plus les églises seront fréquentées, moins on soulèvera la question de leur utilité, moins aussi sera-t-on enclin à ne voir en elles que des attraits touristiques.

Quel projet de société?

La course à la chefferie du Parti Québécois suscite une fièvre souverainiste renouvelée. C’est qui sera le plus zélé à promouvoir la cause de l’indépendance. Cela est normal et sans doute sincère. On souhaite cependant qu’une fois élu(e) chef du parti et ensuite premier ministre, le nouvel élu ( ou la nouvelle élue) ne perde pas sa ferveur souverainiste pour tenter de performer dans la bonne gouvernance. On a souvent vu dans le passé des souverainistes reconnus diluer leurs convictions dans les méandres de la gestion quotidienne.

Heureusement, le sort du projet indépendantiste semble devoir dépendre de moins en moins de la ferveur souverainiste des porte-parole péquistes. Les sondages révèlent que la société civile est en train d’assumer progressivement le projet souverainiste peu importe les atermoiements de leaders qui louvoient dans le clair-obscur dès qu’ils accèdent au pouvoir. Le peuple d’ici semble désormais vouloir prendre en main son avenir sans attendre l’intervention d’un dirigeant charismatique. Ce qui n’empêche pas, cela va de soi, de souhaiter que le prochain choix se porte sur une personne qui possède des idées claires et des convictions fermes au sujet de l’avenir du Québec.

Des idées claires et des convictions fermes: c’est également ce qu’on doit souhaiter trouver quand on aborde le contenu du projet de société qui donnera de l’étoffe à la souveraineté. Il n’est pas sans intérêt de scruter l’idée que chaque candidat ou candidate se fait du pays à bâtir, et ce aussi bien avant l’accession à la souveraineté qu’après. L’indépendance nationale ne se réduit pas à une bannière qu’on affiche bien en vue le jour de la Saint-Jean. L’avantage premier qu’elle confère, c’est de libérer un espace et des moyens propres à favoriser l’épanouissement d’une culture et d’une identité, la structuration d’une société distincte, la promotion de valeurs collectives, le fonctionnement d’institutions conformes au génie d’un peuple et à son histoire. Elle n’est pas une fin en soi, mais elle représente une avancée collective qui rend possible la réalisation d’objectifs qu’une situation de tutelle ne permet pas d’atteindre pleinement.

Des citoyens s’interrogent sur le projet d’une société nouvelle et voudraient savoir où se situent à ce sujet les candidats qui aspirent à la direction du Parti Québécois. Ils aimeraient que ceux-ci fassent mieux connaître leur vision du Québec de demain. Ce qui devrait déjà apparaître dans la façon d’aborder certains problèmes que la société d’ici affronte présentement.

Des dossiers complexes

On peut imaginer que tous les candidats voudront affirmer une position claire face à des dossiers qui font souvent la manchette dans les médias, tels la présence du français dans les milieux de travail, la médecine à deux vitesses, le déséquilibre fiscal, la politique de l’environnement, la création d’emplois, le logement social, les relations avec les nations amérindiennes, la protection des terres agricoles, l’exploitation des ressources forestières, etc. La course à la chefferie devrait fournir à tous les aspirants l’occasion de faire savoir où ils logent en ces matières.

Certains dossiers sont particulièrement complexes et de s

urcroît dérangeants, si bien qu’on préférerait peut-être qu’en les mette en veilleuse. Ce qui serait une erreur, car leur contenu affecte intimement la qualité humaine de la vie collective. Des dossiers à la fois complexes et incontournables.

J’en mentionne cinq.

1. La culture de la vie. La revue L’Actualité ( 1 juin 2005) nous apprend que le taux d’avortement au Québec est l’un des plus élevés au monde et qu’il est aggravé par un taux de natalité très faible et un vieillissement marqué de la population. Or l’une des rares fois où les gens qui font partie de la classe politique québécoise ont dans le passé débattu de la question, c’était pour savoir si les femmes vivant en région et qui désiraient se faire avorter avaient droit aux mêmes services que dans la métropole. Est-ce vraiment la seule question qu’on doive se poser ? Que penser de la situation actuelle où un pan entier du Québec de demain disparaît silencieusement ? N’y a-t-il pas là une question Žthique qu’on ne peut occulter ? Face à l’être humain non souhaité qui s’annonce, l’élimination radicale est-elle la seule solution ? Qu’en est-il des services d’aide et de conseil dont pourraient profiter les femmes désireuses de conduire une grossesse à terme ? N’a-t-on rien à dire sur ces questions ?

2. La succession des générations. Le problème ne peut laisser indifférent. Faut-il compter uniquement sur l’immigration pour peupler le nouveau pays auquel on rêve ? On vend des écoles devenues inutiles et on ouvre de nouveaux centres d’accueil pour répondre aux besoins des personnes âgées. Mais est-ce ainsi qu’on assure la continuité de la nation et qu’on prépare des lendemains pleins de vitalité ?

3. La famille. C’est la cellule de base de la société. En instituant les garderies à $5 dollars le PQ a témoigné d’un préjugé favorable envers la famille, Mais il a eu la main moins heureuse quand il a décidé d’en modifier la nature. Car la famille se définit comme une institution fondée par un homme et une femme qui assument la responsabilité de procréer et d’éduquer des enfants. On dévalue cette institution quand on la confond avec d’autres formes d’association et de styles de vie. Or c’est le Parti Québécois qui, avec l’appui du Parti libéral et de l’ADQ, a fait supprimer du Code civil l’article définissant le mariage comme l’union de deux personnes de sexe différent. On a préparé ainsi la voie pour l’adoption, par le gouvernement Martin, de la loi sur les unions homosexuelles. En outre, le Bloc Québécois, qui entretient avec le PQ des liens étroits, a manifesté tellement de zèle et dépensé tellement d’énergie en faveur du mariage gai qu’on croirait qu’il a décelé dans cette invention la pierre d’angle de la souveraineté nationale. Mais dévaluer ainsi le mariage et la famille, est-ce vraiment la bonne façon d’assurer l’avenir de la société québécoise ? On n’a rien à dire là-dessus ?

4. La liberté religieuse. C’est le Parti Québécois qui a amorcé le mouvement aboutissant à « sortir la religion de l’école », ce dont s’est réjoui ouvertement l’un des aspirants à la chefferie. Tant le Parti Québécois que le Parti libéral ont sciemment méprisé le droit des parents (article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés) d’exiger pour leurs enfants un enseignement religieux conforme à leurs convictions. Et pour mieux étouffer la voix des protestataires, le PQ a approuvé la suppression de l’article gênant ! Il a aussi été d’accord avec le Parti libéral pour qu’on refuse le droit d’exemption dans le cas où le nouveau cours dit de culture religieuse porterait atteinte aux convictions des jeunes. Paradoxalement, cela s’est produit au moment où la Commission des droits de la personne approuvait le port du voile islamique à l’école. On abolit l’enseignement religieux chrétien, mais on permet un style vestimentaire islamique qui symbolise la servitude de la femme. Rien à dire au sujet de la liberté religieuse à l’école ?

5. La survie de l’enseignement privé. Sans avoir l’importance de la question précédente, celle-ci concerne aussi la liberté des citoyens. Il est reconnu que beaucoup d’institutions privées véhiculent une tradition humaniste et pédagogique qui constitue un enrichissement pour notre patrimoine collectif. Faut-il détruire cet héritage ? Des milliers de parents réclament le droit d’en profiter quitte à assumer des frais de scolarité substantiels dont le versement contribue à soulager le trésor public. Faut-il, au nom de l’uniformité, pratiquer dans ce domaine la coupe à blanc, comme on l’a fait dans le cas de l’enseignement religieux ?

D’autres dossiers délicats devraient aussi préoccuper les candidats à l’investiture péquiste, par exemple le taux élevé de suicide chez les jeunes, le projet d’installer un casino en plein coeur de Montréal, la multiplication des appareils de jeux de hasard dans les milieux défavorisés, etc. Tout comme les précédents, ces problèmes sont complexes et on ne peut exiger des têtes d’affiche de la scène politique qu’ils nous servent sur le champ des réponses entièrement satisfaisantes. Mais on a au moins le droit de savoir si ce genre de dossiers les intéresse et dans quel sens leur réflexion s’oriente quand il s’agit de chercher des solutions.

La nécessité d’une pensée politique

On ne peut réduire le débat sur l’avenir du Québec à des questions de comptabilité ni se contenter de discerner qui, parmi les aspirants et aspirantes à la direction du PQ, sera le plus ou la plus apte à bien gérer les finances publiques ou à conduire le parti à la victoire lors d’une prochaine consultation électorale. On a aussi le droit de savoir quelles valeurs chaque candidat ou candidate veut privilégier, quels principes auront préséance quand viendra le temps pour lui ou elle de prendre des décisions.

Dans le jeu politique interviennent l’Žthique de conviction et l’Žthique de responsabilité. Le juste dosage des deux composantes est nécessaire pour assurer le succès de cette activité dont le but n’est pas seulement de prendre le pouvoir mais aussi de servir le bien commun.

Décrocher le pouvoir, c’est une chose, en faire un usage judicieux, c’est autre chose. A la source du bon usage, il faut l’éclairage d’une pensée politique cohérente et structurée; une pensée enracinée dans une anthropologie, fondée sur des valeurs, arrimée à des principes solides. La course à la chefferie devrait permettre à cet égard de mieux connaître la pensée politique de chaque candidat et candidate. C’est important pour la suite de l’histoire.