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Lectures
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Je propose sous cette rubrique de brèves recensions d’ouvrages anciens ou récents, un peu au hasard, au gré de lectures ou de relectures.
La qualité d'un ouvrage n'a rien à voir avec la date de parution. Les Pensées de Pascal furent publiées en 1657 et on en recommande encore la lecture. Et les Evangiles datent depuis encore bien plus longtemps. Par contre, les étalages des librairies croulent sous le poids de nouveautés dont le contenu parfois vaut moins que le papier qui a servi à l'imprimer.
Deux suggestions de départ
Le phénomène humain, de Teilhard de Chardin, publié il y a longtemps (1955) redevient plus actuel que jamais alors qu'aux aux Etats-Unis créationnistes et évolutionnistes se livrent une chaude lutte. L'ouvrage date de 60 ans, mais il est plus profitable de le lire que de perdre du temps à quérir parfois en vain une nourriture intellectuelle d'une densité minimale dans de nouvelles parutions qui profitent d'une cote soufflée.
Plus récent, plus facile à lire mais néanmoins enrichissant, je propose aussi Les grandes inventions du christianisme (Paris, Bayard Editions, 1999) publié sous la direction de René Rémond. Il s'agit d'une rétrospective historique qui met en lumière les sources chrétienne s de valeurs dites modernes et laïques, par exemple l'égalité entre les personnes ou encore la démocratie. Une lecture recommandée à ceux et celles qui ne semblent n'avoir retenu du passé que des bricoles dont ils font usage dans l'interminable procès auquel ils s'adonnent contre l'héritage chrétien.
Au sujet du pays rêvé dont parle le texte Quel projet de société?, je me permets de renvoyer le lecteur à l'essai intitulé Les trains qui passent, publié en 2003 chez Fides (pp. 173 ssq).
LOUIS O'NEILL
Septembre 2005
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Atic Rahimi
SYNGUÉ SABOUR
Pierre de patience
Paris, P.O.L. 2008
Un roman qui se veut un hommage à la mémoire d’une poétesse afghane sauvagement assassinée par son mari. Une esquisse de biographie et aussi la description d’un univers cafardeux, sombre, la dénonciation d’une réalité sociale hélas toujours actuelle, d’un milieu de vie où la barbarie des traditions pèse lourdement sur la vie quotidienne d’hommes et de femmes en quête de fraternité et de tendresse.
Je ne peux m’empêcher de constater le décalage entre cette contemporanéité sauvage et les codes de vie qui guident les comportements dans les pays de tradition judéo-chrétienne. Les féministes du genre pur et dur qui ont entrepris un procès acrimonieux contre une certaine phallocratie chrétienne en voie de disparition auraient profit à lire et à comparer. Même l’apôtre Paul, auquel on reproche des jugements misogynes qui étaient à la mode à son époque, projette une image de grand humaniste quand on le situe face à l’univers antiféministe et brutal que décrit Atic Rahimi.
Selon un manuel québécois qui sert de guide au nouveau cours d’éthique et de culture religieuse, le sort des femmes s’est amélioré avec la venue de Mahomet. C’est à vérifier. La lecture du roman d’Atic Tahimi, qui a valu à son auteur le prix Goncourt, aiderait les auteurs du dit manuel à nuancer leur vision idyllique d’un certain modèle de vie islamique qui a perduré à travers les siècles. Un modèle qui, heureusement, ne reflète qu’une partie restreinte de l’islam.
LOUIS O’NEILL
Novembre 2008
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Cormac McCarthy
LA ROUTE
(Edition originale : The road)
Editions de l’Olivier (France) 2008
Lendemain de catastrophe nucléaire. Pluie de cendre, froid, demi-obscurité, lumière diffuse, végétation brûlée, vestiges de maisons détruites, cadavres figés aperçus au hasard du parcours, une immense tristesse glaciale qui imprègne l’environnement. Deux survivants, un homme et son fils, cheminent dans ce décor. Ils se dirigent vers le sud, espérant y souffrir moins du froid et y trouver un peu de vie. Ils se nourrissent de résidus d’aliments trouvés ici et là. L’enfant incarne l’espérance, la raison de vivre, et aussi la conscience, la bonté, le refus d’un retour à la barbarie. « Il ne savait qu’une chose, que l’enfant était son garant. Il dit : S’il n’est pas la parole de Dieu, Dieu n’a jamais parlé ».
Une œuvre littéraire forte, dure, implacable, qui nous oblige à regarder en face ce qui pourrait advenir dans le cas d’une attaque nucléaire résultant de décisions humaines et politiques, peu importe que le déclenchement soit d’origine américaine, russe, israélienne, chinoise ou éventuellement iranienne. Nous nous sommes résignés à l’idée que des chefs d’Etat puissent, à un moment donné, décider solitairement de déclencher l’apocalypse. Un risque théorique, se dit-on, puisque la partie adverse pourrait faire de même et donc dissuader de poser le geste fatal. . Comme si ceux qui possèdent le pouvoir ne pourraient céder à une impulsion entraînant à la fois la destruction massive et le suicide.
L’œuvre de fiction de Cormac McCarthy décrit les conséquences. Elle n’identifie pas la source. Elle n’aborde pas la dimension politique. L’auteur nous laisse la tâche de le faire. La route interpelle, commande une réflexion, un débat. Au lecteur revient le travail de détecter la source de l’apocalypse. Si celle-ci survenait, c’est que des décideurs l’auront voulue et nous aussi, d’une certaine façon, en leur concédant le droit de commettre ce super crime contre l’humanité. Nous avons tort de laisser la dissuasion nucléaire planer dans le paysage. C’est une épée de Damoclès de dimension planétaire.
LOUIS O’NEILL
Octobre 2008
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W.Gillies Ross
TROIS VILLAGES MINIERS DES CANTONS DE L’EST
AU QUÉBEC ( 1863-1972)
(Albert Mines, Capelton, Eustis)
Sherbrooke, GGC Editions, 1996
L’histoire de l’amiante est passablement connue au Québec. Le célèbre conflit de travail de 1949 a largement contribué à inscrire dans la mémoire collective les noms de Thetford Mines, Black Lake, Asbestos et autres lieux situés à proximité. Mais c’est plutôt le silence qui entoure l’existence de trois installations minières de la même région vouées à l’exploitation du minerai de cuivre. Si on en sait plus de nos jours à leurs sujet c’est grâce à des travaux de recherche menés par des étudiants de l’Univesité Bishop’s , lesquels, de 1965 à 1972, ont travaillé en équipe afin de mieux connaître la « vraie vie » de leurs concitoyens. Ces jeunes chercheurs ont grandement contribué à mettre en lumière une page peu connue de l’histoire du Québec où les principaux acteurs ont été des immigrants venus pour la plupart de Grande-Bretagne et d’autres pays européens et auxquels se sont joints des Québécois de souche.
Quelques données retiennent particulièrement l’attention : la rudesse des conditions de travail et d’existence, les efforts des résidants pour créer un milieu de vie moins déshumanisant, les conséquences néfastes de la pollution qui affecte la végétation, les bêtes, la culture, la santé. Le courage et la fierté des mineurs et de leurs familles suscitent l’admiration. Nous avons un devoir de mémoire à l’égard de gens qui, tels ces travailleurs et travailleuses, ont contribué à construire le Québec à ras le sol, au quotidien, à force de labeur et de ténacité.
La deuxième partie de l’ouvrage présente une riche collection de photos. L’une est reproduite en couverture. Elle résume à sa manière l’histoire des trois villages miniers et constitue un précieux legs historique.
LOUIS O’NEILL
Septembre 2008
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Bernard Sesboüé
LA THÉOLOGIE AU XXè SIÈCLE ET L’AVENIR DE LA FOI
Entretiens avec Marc Leboucher
Parie, Desclée de Brouwer, 2007
La méthode des entretiens facilite la lecture de cet ouvrage substantiel qui témoigne de la richesse intellectuelle véhiculée par de grands penseurs chrétiens, particulièrement ceux qui ont marqué l’évolution de l’Eglise à l’époque contemporaine : Congar, de Lubac, Chenu, de Montcheuil, Rahner et autres. Héritier de cette riche tradition et parvenu au terme d’un parcours théologique remarquablement fécond, l’éminent jésuite Bernard Sesboüé aborde en toute liberté, dans le cadre d’une conversation amicale, divers thèmes majeurs : l’actualité des Pères de l’Eglise, Jésus de l’histoire et le Christ de la foi, la christologie en mouvement, le dynamisme théologique au XXême siècle, le mouvement oecuménique, l’Eglise et la modernité, l’avenir de la foi et l’avenir de l’homme.
Les deux derniers thèmes offrent à l’auteur l’occasion d’esquisser une synthèse historique et théologique et de laisser entrevoir la forme que , selon lui, prendra la confrontation avec les défis de la modernité. « Nous devons regarder vers l’avenir et nous sommes en quelque sorte condamnés à inventer. C’est ce qui fait le caractère passionnant de notre époque. Nous pouvons être le creuset d’une nouvelle étape de l’histoire de l’Eglise »(p.332) . Donc pas de quoi désespérer. « Je crois à l’avenir du christianisme. Je crois à la nécessité du message de la foi dans ce monde. L’épreuve critique entre la foi et la non-foi, qui est de toujours, atteint en quelque sorte un sommet. Mais je crois en définitive à l’infini amour de Dieu pour les hommes, d’un Dieu qui nous a donné son Fils et dont la volonté de sauver l’humanité est irrévocable »( p.359)
Un ouvrage solide, à la portée de tout esprit nanti d’un acquis convenable de culture chrétienne. Moins facile à lire que le Da Vinci Code, mais plus intelligent et plus éclairant.
LOUIS O’NEILL
Juin 2008
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Dominique Le Tourneau
L’OPUS DEI
Collection Que sais-je ?
PUF, 2004
Fort répandu le portrait sinistre de l’Opus Dei tracé par Dan Brown dans le roman fantaisiste Da Vinci Code, qui a inspiré une œuvre cinématographique non moins fantaisiste et fort lucrative. L’opuscule de Dominique Le Tourneau campe à l’opposé. Il se caractérise par le souci de la vérité et par la simplicité. L’auteur s’emploie à démontrer que l’association pieuse appelée Opus Dei est une institution ecclésiale parmi d’autres et n’a rien d’une mafia ou d’une société secrète. Discrète, sans doute, et pourquoi pas ? La discrétion n’est pas un délit. Dominique Le Tourneau décrit l’origine de l’institution, son essor étonnant et met en lumière ce qui, à ses yeux, en constitue les traits essentiels :le service de l’Eglise, l’engagement chrétien dans la vie quotidienne, dans la vie professionnelle, au cœur de la laïcité. On retrouve dans la description des motivations et des objectifs qui ont inspiré Josémaria Escriva la démarche et le langage propres aux mouvements d’action catholique de son époque. Ce qui est plus marqué, plus appuyé, c’est l’importance accordée à la structuration des agirs, des initiatives, la volonté d’influer efficacement sur le cours des choses. Pas de quoi subodorer des dessins ténébreux et des machinations secrètes.
Il existe une certaine similitude entre les soupçons entretenus jadis à l’égard des Jésuites et le procès que l’on intente de nos jours à l’Opus Dei. Paradoxalement, les deux institutions ont, semble-t-il, peu d’atomes crochus. Elles possèdent cependant deux caractéristiques qui les rapprochent : le service de l’Eglise et les attaques vicieuses dont elles sont les cibles. Mais dans un cas comme dans l’autre les adhérents ne semblent pas se laisser déranger. Ils laissent faire. Comme dit un adage fort ancien, même si les chiens aboient, la caravane passe.
LOUIS O’NEILL
Juin 2008
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John Perkins
LES CONFESSIONS D’UN ASSASSIN FINANCIER
Montréal, AlTerre, 2005
Le titre de l’ouvrage étonne, le contenu ne manque pas d’inquiéter. L’auteur nous introduit dans l’univers de stratèges, techniciens, économistes, négociateurs qui travaillent dans l’ombre, à l’échelle internationale, parfois sous le couvert d’entreprises d’aide au développement. Ils encouragent l’expansion de la domination américaine dans le monde. John Perkins reconnaït avoir exercé pendant plusieurs années le métier d’assassin financier en intervenant à titre d’expert économique auprès de représentants de pays du tiers monde pourvus de ressources naturelles indispensables au fonctionnement de l’économie américaine. On intéresse les autorités nationales à de grands projets coûteux de construction d’infrastructures où l’apport de capitaux américains assure le démarrage et où le recours imposé à des entreprises installées aux USA bouffe le capital investi. S’ensuit la mainmise sur les ressources du pays qu’on prétend aider et un endettement pléthorique qui aboutit à la tutelle économique et politique. C’est là le genre de piège auquel des pays comme le Venezuela, l’Equateur, la Bolivie , le Panama ont tenté d’échapper.
Les assassins financiers ne limitent pas leurs interventions à un système de prêts piégés. On n’hésite pas à acheter l’accord des élites politiques et à prendre des mesures pour forcer des leaders récalcitrants à se soumettre aux exigences américaines. De nombreux coups d’Etat en Amérique latine trouvent ici leur explication. La CIA, des multinationales et des experts de tout acabit participent en sous-main à des manœuvres de déstabilisation politique visant à assurer le triomphe de l’hégémonie américaine.
Le fruit d’un complot ? Non, selon l’auteur. Il y voir plutôt l’effet d’une idéologie sous-jacente qui postule que la domination américaine dans le monde ne peut que favoriser le bien des peuples, tout comme on présumait il y a quelques années que l’invasion de l’Irak ne pouvait qu’assurer le bonheur des Irakiens. Une idéologie rarement formulée explicitement, qui guide la conduite d’experts de tout acabit, de banquiers, d’économistes, d’ingénieurs, d’entrepreneurs. Souvent d’honnêtes gens qui exercent une activité professionnelle dans un secteur particulier sans réaliser qu’ils font partie d’un vaste réseau dont l’objectif à long terme est d’établir une hégémonie américaine la plus étendue possible s’inscrivant dans la foulée des grandes entreprises impérialistes qui ont marqué l’histoire de l’humanité.
Acteur influent au cœur du processus d’expansion de l’impérialisme américain, John Perkins a pris conscience un jour du caractère répugnant de son travail d’expert. Il a rompu avec la vaste machinerie qui profitait de son talent et ses énergies. Et pour réparer le mal commis, il s’est confessé, souhaitant que de ses aveux nous tirions un éclairage précieux.
LOUIS O’NEILL
Mai 2008
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Suzanne Clavette
GÉRARD DION, ARTISAN DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE
Presse de l’Université Laval, 2008
Gérard Dion, artisan de la Révolution tranquille. Ce titre de l’ouvrage de Suzanne Clavette me plaît. Il a le mérite d’attirer l’attention sur l’enracinement intellectuel chrétien de beaucoup de ceux et celles qui, au cours des décennies 1940 et 1950, ont préparé le grand virage des années 60. Soulignons quelques noms : Georges-Henri Lévesque, Jean d’Auteuil-Richard, Gérard Filion, Fernand Dumont, Gérard Pelletier, Jacques Cousineau, Alfred Rouleau, Alphonse-Marie Parent, président de la Commission qui ouvrit la voie à la création du ministère de l’éducation, Sœur Ghislaine Roquet, Claude Ryan, Guy Rocher, Arthur Tremblay ; aussi des aumôniers de syndicats, de nombreux clercs, religieux, religieuses et laïcs œuvrant en éducation, dans le journalisme, le syndicalisme, les mouvements de réforme sociale.
La Révolution tranquille ne fut donc pas une entreprise antichrétienne ou le produit d’une idéologie laïciste. Elle marque une rupture avec une structuration cléricale de l’ordre social, mais non avec une vision d’inspiration chrétienne de la vie en société. Gérard Dion incarne bien cette manière de voir que l’on retrouvait par exemple chez ceux qui militaient dans les mouvements d’action catholique et qui a influencé la rédaction de plusieurs documents conciliaires.
Des courants divers, de source chrétienne, se sont croisés et parfois affrontés au seuil de la Révolution tranquille. Des batailles amorcées ici ont connu leur aboutissement à Rome. Suzanne Clavette décrit avec finesse cet entremêlement où partisans de choses anciennes et artisans du changement ont croisé le fer. C’était un temps où des minorités agissantes de chrétiens ne considéraient pas le silence et la résignation comme des vertus cardinales.
De cette époque on a parlé comme étant celle d’une grande noirceur. Pourtant, les artisans de la Révolution tranquille n’avaient pas la prétention de chasser les ténèbres et d’inventer la lumière. Ils étaient reconnaissants envers ceux qui les avaient précédés et conscients de la valeur des institutions héritées du passé. Ils se sont appuyés sur cet héritage pour amorcer un vaste processus d’aggiornamento social où Gérard Dion, un parmi d’autres, a joué un rôle de chef de file. Mais ces agents de changement ne se prenaient pas pour l’avant-garde de la modernité. Ils savaient faire preuve de modestie, conscients que chaque étape de l’histoire est marquée et par des gains et par des échecs. Un exemple de modestie qu’on aurait avantage à imiter de nos jours.
LOUIS O’NEILL
Avril 2008
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Jean-Claude Guillebaud
COMMENT JE SUIS REDEVENU CHRÉTIEN
Paris, Albin Michel, 2007
C’est le récit d’un itinéraire peut-être plus fréquent qu’on ne croit : celui d’un croyant « habitué » qui a pris ses distances avec l’univers religieux de son enfance pour s’identifier à une vision « laïque « du monde et ensuite revenir aux sources de la foi première.
L’auteur nous explique comment, dans une première étape, il a pris conscience de la connexion entre la vision dite laïque du monde et ce que René Rémond appelle « les grandes inventions du christianisme » : égalité de tous les êtres humains, dignité de chaque personne, laïcité, démocratie. Des valeurs issues du christianisme, s’affirmant parfois de façon conflictuelle face à l’appareil clérical. Guillebaud parle du « premier cercle »d’investigation.
La poursuite de son exploration le conduit à pénétrer dans un deuxième cercle, où il repère une caractéristique particulièrement originale de la foi chrétienne, sa dimension subversive, source d’une incontournable antinomie entre l’institution et les mouvements de rénovation spirituelle, sociale et éthique qui sans cesse émergent ici et là, spontanément, au cours de l’histoire. « De siècle en siècle, les vrais porteurs de la parole évangélique ont souvent fait figure de dissidents, de trublions dont l’Eglise se méfiait et qu’elle reléguait dans ses marges, voire condamnait au silence. Pensons à ces grandes figures que furent Origène, Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, François d’Assise, Maître Eckhart ou même Thomas d’Aquin lui-même, qui ne fut pas le dernier, au X111ème siècle, à contester l’immobilisme des appareils de la chrétienté, c’est-à-dire l’Eglise elle-même. Tous ces chrétiens furent d’abord considérés comme des novateurs embarrassants, voire des provocateurs, avant d’être tardivement compris, reconnus, célébrés et, pour quelques-uns, béatifiés » Et d’ajouter : « Les deux mille ans d’histoire chrétienne sont la résultante d’une contradiction créatrice mais féconde qui ne fut ni voulue ni organisée. La longévité du christianisme trouve là son origine. Sans la subversion venue des marges, le message se serait affadi ou même éteint. Mais, sans l’Eglise, il n’aurait pas été transmis. Dissidences et institution sont comme l’avers et le revers d’une même vérité en mouvement ».
Troisième cercle : la foi comme décision. On croit parce qu’on a choisi de croire. Faisant appel à la notion d’assentiment chère à Henry Newman, l’auteur écrit : « Croire, c’est aussi donner son assentiment. La foi s’apparente à un engagement qui, même réfléchi et argumenté, contient toujours une part d’irrationnel. Si ce n’était pas le cas, la croyance se confondrait avec le savoir et la foi ne se distinguerait pas de la raison. Pour Newman, cependant, le libre assentiment du croyant ne peut se réduire à l’acceptation passive d’un dogme, d’une « vérité »gravée dans le marbre. Il consiste à se mettre en chemin, à s’engager dans une direction avec l’espoir- et seulement l’espoir- d’arriver à bon port ». Donc un processus enclenché par une décision de la volonté et où le croyant se montre attentif aux signes des temps et aux indications de l’Esprit « qui souffle où il veut ».
Retour à la condition de chrétien croyant. Mais un retour marqué par le discernement et le sens critique. Une pratique de foi qui s’appuie sur un apport étoffé de la raison investigatrice, la fides quaerens intellectum.
Il y a là un chemin prometteur pour l’Eglise peuple de Dieu pérégrinant dans un monde en profonde mutation.
LOUIS O’NEILL
Avril 2008
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Paul Veyne
QUAND NOTRE MONDE EST DEVENU CHRÉTIEN
( 312-394)
Paris, Alban Michel, 2007
C’est sous la forme d’un roman historique que Max Gallo a raconté l’odyssée de Constantin le Grand( Voir la recension sous la rubrique Lectures). C’est à titre d’historien que Paul Veyne dessine à son tour le portrait du célèbre empereur. Son œuvre scientifique confirme la version romancée de Max Gallo, mais en plus profond et avec un argumentaire plus convaincant. On y perçoit plus clairement la grandeur de ce personnage dont la foi chrétienne, en apparence confuse, combinée à un sens politique remarquable, a ouvert la voie à l’essor de la civilisation occidentale ; celle qu’on appelle aussi européenne, ce dernier qualificatif incluant explicitement le monde de Byzance et de l’Orthodoxie chrétienne. « La maison européenne », disait Jean-Paul II, celle qui s’étend de l’Atlantique à l’Oural.
Paul Veyne nous aide à comprendre comment une croyance très minoritaire au sein de l’Empire romain a pu, en quelques décennies, devenir religion officielle de l’Etat, après avoir été, durant un bref laps de temps, la religion personnelle de l‘empereur. Profitant d’une période de liberté religieuse et d’une phase de transition où l’Empire s’affirme à la fois païen et chrétien, le courant chrétien impose son hégémonie grâce à un dynamisme qui lui est propre face à des croyances païennes obsolètes. Sa force d’expansion provenait à la fois de la fécondité d’une réflexion en profondeur, rationnelle et spirituelle , conduite par des penseurs de grand calibre ( Augustin, Jérôme, Lactance, Ambroise, Tertullien, Origène, Cyprien, Jean Chrysostome, Cyrille d’Alexandrie,etc.) et de la foi simple et courageuse de croyants ordinaires, d’humble extraction, qui avaient affronté les persécutions et témoigné dans la vie quotidienne de leur attachement à la foi chrétienne.
L’auteur décrit cette mutation historique, identifie les forces de résistance et le rôle joué par Constantin dans cette période de transition où les croyances païennes en perte de vitesse ont cédé la place à l’énergie innovatrice de la foi en Jésus Christ. Le changement, imprévisible, avant tout issu d’un dynamisme intérieur, a profondément marqué l’histoire de l’humanité
Le chapitre de conclusion est d’une actualité particulière. L’auteur soulève la question suivante : L’Europe a-t-elle des racines chrétiennes ? Pour y répondre il propose que l’on distingue entre racines et épigénèse. Il écrit : « L’Europe n’a pas de racines, chrétiennes ou autres, elle s’est faite par étapes imprévisibles, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Elle n’est pas préformée dans le christianisme, elle n’est pas le développement d’un germe, mais le résultat d’une épigénèse. Le christianisme également, du reste ».
En s’inspirant de la parabole du levain dans la pâte l’éminent historien aurait pu opter pour une interprétation de l’histoire qui fait appel à la fois à la notion de racine et à celle d’épigénèse au lieu de les opposer. C’est un trait caractéristique du christianisme de cheminer à partir d’un élan intérieur et en même temps de s’inculturer, de vivre des processus d’osmose, ce qui s’est produit par exemple quand la tradition judéo-chrétienne a croisé la culture gréco-latine. C’est ainsi que l’Europe s’est construite à partir de multiples courants, mais le plus déterminant demeure celui qu’a véhiculé le christianisme. Cette donnée de l’histoire n’est pas facile à gommer.
LOUIS O’NEILL
Mars 2008
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Laurent Gaudé
LE SOLEIL DES SCORTA
Coll.Babel, Ed.Actes Sud
Paris, 2004
(Prix Goncourt 2004)
Un roman imprégné à la fois de rudesse, de douceur et de tendresse, et profondément humaniste. Chaleur du soleil et chaleur humaine d’un petit village perdu de l’Italie du sud, au pays des Pouilles. De la force et du courage mélangés à un certain fatalisme. Une foi chrétienne en apparence rudimentaire, teinte d’ambigüité. Mais à personne n’est donné le droit de briser le roseau fragile ni d’éteindre la mèche qui fume encore, Un pasteur rude et simple en est persuadé. Ses propos ne se perdent pas en nuances, mais les gens du pays y devinent de l’amour et y puisent une raison de vivre.
Des pauvres qui survivent d’une génération à l’autre, affrontent avec courage un quotidien lourd à supporter. Ils cultivent l’espérance, pressentent que ceux qui reprendront le flambeau connaîtront des jours meilleurs. En dernière instance, la victoire de ceux qui croient à la vie.
LOUIS O’NEILL
Novembre 2007
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Daniel Pennac
CHAGRIN D’ÉCOLE
Paris, Gallimard, 2007
Ce travail de mémoire raconte l’histoire d’un cancre. Ce cancre, c’est l’auteur lui-même qui prétend l’avoir été. Récit de la sortie d’une grande noirceur intellectuelle pour aller vers l’appropriation progressive du savoir, grâce à des éveilleurs d’intelligence croisés sur la route. Un récit coloré, plein de vie. Mais on demeure un peu sceptique face à ce miracle qui fait que du statut de cancre on passe à celui de professeur exceptionnel et d’écrivain parmi les plus populaires de France. Etait-il un vrai ou un faux cancre ? Je laisse aux experts en pédagogie, aux psychopédagogues les plus éminents le soin de trouve réponse à cette question. .
Quoi qu’il en soit, le plus beau du récit, c’est la mise en lumière de la grandeur du métier d’enseignant, de professeur. L’auteur nous décrit le travail d’actualisation de l’intelligence grâce à la confiance mise dans des jeunes qui semblaient voués à devenir inéluctablement des cancres indécrottables. Des maîtres qui, coûte que coûte et nonobstant les failles de l’appareil éducatif, ont libéré des garçons et des filles de leur prison intérieure, du repli narcissique sur eux-mêmes, du poids asservissant d’un entourage débilitant. Compétence, empathie, respect, fermeté, amour : qualités indispensables auxquelles on reconnaît le vrai maître, dont l’engagement importe beaucoup plus que les réformes dix fois recommencées du système.
Je souhaite que ceux et celles qui se préparent à embrasser la carrière d’éveilleurs d’âmes et de passeurs de culture lisent Chagrin d’école. Une lecture aussi recommandée à ceux et celles qui, écrasés par la lourdeur du métier et les déceptions accumulées, ont perdu l’amour du métier et sont désabusés. Ils y trouveront le goût de repartir à neuf.
LOUIS O’NEILL
Novembre 2007
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Laforest, Jacques
AU-DELÀ DES ILLUSIONS
Montréal, Fides, 2007
Dans un bref essai rédigé dans un style alerte Jacques Laforest réfléchit sur les états d’âme et les inquiétudes de croyants d’âge avancé qui ont connu l’ère du triomphalisme chrétien au Québec pour ensuite devenir les témoins inquiets de la diminution spectaculaire de la pratique religieuse ici et ailleurs ; phénomène qui incite certains observateurs à parler d’une post-modernité qui met en question l’avenir même du christianisme.
L’auteur reconnaît l’existence d’une forte crise qui secoue le monde chrétien. Mais il ne baisse pas les bras, Il préconise un retour à l’essentiel, aux sources, aux fondements de la foi. Une démarche à laquelle il invite le lecteur en proposant une relecture rafraichissante et éclairante des mythes fondateurs dont traitent les premiers chapitres de la Genèse. . Il rappelle en outre que les chrétiens des premières générations ont pratiqué le retour aux sources, ont interprété avec intelligence les signes des temps et ainsi entretenu l’espérance au milieu de bouleversements perturbants. Il nous invite à les imiter.
On aurait souhaité qu’il précise son propos en mentionnant des projets spécifiques pouvant contribuer à une relance de l’aventure de la foi. Je pense par exemple à la tenue d’un nouveau concile, à des Etats généraux où serait repris le processus de renouveau amorcé par Vatican 11 et où on inscrirait à l’ordre du jour des dossiers dont débattent entre eux les chrétiens ordinaires mais auxquels les apparatchicks ecclésiaux font bien peu écho. Jacques Laforest témoigne d’un grand savoir et fait preuve d’une belle lucidité. On aimerait qu’il pousse plus loin l’audace. Cela pourrait prendre la forme d’un autre essai. Ce que je souhaite.
LOUIS O’NEILL
Septembre 20007
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Christiane Singer
DERNIERS FRAGMENTS D’UN LONG VOYAGE
Paris, Alban Michel, 2007
Christiane Singer est une écrivaine autrichienne renommée. Début septembre 2006, un jeune médecin lui annonce brutalement qu’il ne lui reste que six mois à vivre. Sans tarder, elle se procure un cahier où elle note ses impressions quotidiennes, la marche inéluctable de la maladie, les irruptions de vagues de douleurs, les rémissions qui donnent de faux espoirs. Le cheminement dans la foi engendre la sérénité, des moments insolites de joie et aussi la conviction que la mort ne marque pas un terme, mais un passage, une transition, l’ouverture sur un monde neuf.
Un récit simple, bouleversant, qui fait prendre conscience à ceux qui disposent encore d’un délai de vie de la valeur incommensurable du temps présent, parfois de la légèreté de leur vécu, du gaspillage des jours et des heures. Une réflexion enrichissante sur le mystère de la vie qui nous est confiée et dont seule nous est connue la première étape.
Une pensée : « Il n’y a qu’un crime, c’est de désespérer du monde. Nous sommes appelés à pleins poumons à faire neuf ce qui était vieux, à croire à la montée de la sève dans le vieux tronc de l’arbre de vie. Nous sommes appelés à renaître, à congédier en nous le vieillard amer!!! Bien des jeunes sont dans ce sens de cruels vieillards envers eux-mêmes ».
Autre pensée : « Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création ».
Merci à Christiane Singer de nous avoir légué un testament spirituel d’une grande richesse qui contient une invitation à valoriser le temps qui passe et témoigne d’une attitude noble et sereine face à la mort qui frappe à la porte.
LOUIS O’NEILL
Octobre 2007
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Joseph Ratzinger
Benoît XVI
JÉSUS DE NAZARETH
1. Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration
Paris, Flammarion, 2007
Un ouvrage magistral qui offre moins un récit de la vie de Jésus qu’une méditation sur le Christ où l’histoire, l’exégèse et la théologie fournissent les assises fondamentales. La première partie de cette réflexion spirituelle couvre dix étapes : le baptême de Jésus, les tentations, l’Evangile du Royaume de Dieu, Le Sermon sur la montagne, la prière du Seigneur, les disciples, le message des paraboles, les grandes images de l’Evangile de Jean, la confession de foi de Pierre et la Transfiguration, les affirmations de Jésus sur lui-même.
La démarche suivie nous aide à approfondir notre regard sur le Christ historique, mais exalte prioritairement la dimension qui transcende l’histoire. Comme si le quotidien historique servait surtout de faire valoir. Quand un événement se profile en deux tableaux, par exemple la multiplication des pains, c’est la dimension spirituelle, mystique, qui retient avant tout l’attention. Que Jésus ait transformé de l’eau en vin à Cana pour dépanner de jeunes mariés dans l’embarras, cela fait partie de l’histoire, mais importe moins que le signe spirituel que véhicule le vin. Tout comme la guérison du paralytique qui apparaît secondaire eu égard au pouvoir qu’a le Fils de l’homme d’effacer le péché. Chez Ratzinger, tout est d’abord spirituel et transcendantal. L’Incarnation apparaît comme une intrusion dans l’histoire qui renvoie au second plan les contingences historiques dans leur matérialité horizontale.
Ce qui n’empêche pas qu’on soit placé devant une œuvre magistrale qui reproduit ce même regard religieux qui inspira jadis de nombreuses représentations de la vie de Jésus, tels ces tableaux qu’ont peints des artistes de renom au cours des siècles. En contrepartie, l’auteur insiste moins sur la condition humaine qui a marqué la vie de Jésus, même si celle-ci a également a inspiré de nombreuses œuvres d’art et surtout servi de modèle et d’inspiration à des pléiades de croyants dans leur engagement social. L’eau transformée en vin qui consacre le mariage et la famille, du pain pour tous, des malades qui retrouvent la santé, le fils unique d’une pauvre veuve qui revient à la vie, des aveugles qui recouvrent la vue, l’option pour les plus pauvres, les combats pour la justice , les œuvres sociales et caritatives : des signes du Royaume déjà parmi nous, des initiatives visant à promouvoir la condition humaine grâce à l’action rénovatrice et militante d’hommes et de femmes de bon vouloir qui, à toutes les époques, ont cherché du mieux qu’ils ont pu à être le sel de la terre et la lumière du monde. Ils ont projeté une image de la vie de Jésus qui, sans prétendre incarner une spiritualité de haute voltige, concrétise le mystère de l’Incarnation tel que le perçoit le chrétien ordinaire.
Ratzinger dépasse le regard historique qu’on pourrait qualifier de première instance, celui qui se concentre sur la condition humaine qui a marqué l’existence quotidienne de Jésus de Nazareth : un contexte social et religieux particulier, le combat pour la vérité et la justice, la proclamation de la dignité et de la valeur propre de chaque personne, un engagement d’homme libre face aux puissances des ténèbres. Mais il ne dénie pas cette instance première. Ce serait mal interpréter son discours que de laisser entendre qu’il en ignore l’existence et celle de l’essentielle dimension spirituelle du quotidien matériel et concret de la vie de Jésus de Nazareth.
J’ai l’impression de retrouver cette dualité de l’approche christique dans la décision de redonner une place à l’ancien rituel de la messe en latin qui date de Pie V. Une liturgie qui se tourne vers le peuple avec ses problèmes et une autre qui tourne le dos au peuple pour mieux communiquer avec le Christ transcendantal. Une même foi, mais l’expression de deux sensibilités face au mystère de l’Incarnation.
LOUIS O’NEILL
Août 2007
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Marc Lévy
LES ENFANTS DE LA LIBERTÉ
roman
Paris, Robert Laffont, 2007
L’auteur parle d’un roman. C’est sans doute un roman, mais bien plus. Grâce à des documents, des confidences, à un recoupement de renseignements provenant de sources diverses, la première étant son propre père qui incarne le personnage principal du récit, Marc Lévy remémore pour nous une page à la fois douleureuse et glorieuse de la Résistance française. Une page sombre aussi, car elle ajoute au dossier de la collaboration honteuse de citoyens français avec l’occupant nazi au cours de la deuxième guerre mondiale.
Voici que des jeunes issus de diverses nationalités ont pris sur eux d’appuyer le mouvement de libération en marche depuis Londres, les territoires de la France libre, l’armée soviétique à l’Est, laquelle a joué un rôle crucial dans la victoire contre les forces allemandes. Des jeunes un peu candides, naïfs, parfois abandonnés ou trahis par leur entourage, qui ripostent contre la barbarie par des actes cruels et qui risquent la torture, les camps d’extermination, la mort. Ils forment une brigade de cette armée des ombres dont Joseph Kessel a décrit les tribulations, les succès et les échecs.
Marc Lévy nous invite au devoir de mémoire à l’égard de quelques héros oubliés ou anonymes qui ont risqué leur vie parce qu’ils avaient foi dans des valeurs de liberté, de justice, d’humanisme. Mais le souvenir englobe aussi et inévitablement le phénomène de l’oppression barbare, de la violence armée, de la force brutale que les oppresseurs avaient érigée en stratégie politique. Les jeunes résistants combattaient une violence cent fois plus puissante que leur propre violence. Ils ont triomphé, le nazisme a disparu, mais le culte de la brutalité guerrière perdure. On l’observe de nos jours au sein d’appareils politiques oppresseurs, chez des islamistes radicaux et chez beaucoup de ceux qui les combatte, ou encore chez les partisans de la dissuasion nucléaire. Nombreux sont ceux qui persistent à croire que la violence brutale fait partie des scénarios politiques incontournables. Ils ont assumé à leur insu une partie de l’héritage idéologique nazi, lui-même héritier d’une longue tradition qui glorifie la violence.
LOUIS O’NEILL
Juillet 2007
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Max Gallo
L’ÂME DE LA FRANCE
Une histoire de la Nation des origines à nos jours
Paris, Fayard, 2007
Un survol passionnant du long processus de structuration de la nation française, allant de la préhistoire à l’ère contemporaine et où sont identifiés les grands relais : conquête romaine de la Gaule, acculturation aux héritages gréco-romain et judéo-chrétien, la fonction structurante de la royauté, la montée des périls provenant autant de l’intérieur que de l’extérieur, l’époque des Lumières, le rapatriement du pouvoir démocratique face à l’absolutisme royal, l’ère républicaine, les tribulations de la République, la grande épreuve de la défaite de 1940, l’effort et l’espoir gaulliens, la résurgence des incertitudes.
Le titre laisse perplexe. L’auteur décrit des luttes, des crises, des résurgences, des affrontements entre puissants, entre gens de pouvoir, entre factions politiques, religieuses, militaires. Il voit émerger l’âme de la nation à travers cette succession de luttes, d’échecs et de victoires. C’est la France d’en haut qui retient son attention plutôt que celle que des défricheurs, paysans, moines bâtisseurs, religieux et pasteurs, travailleurs, marins, instituteurs, ont construite à ras le sol ; ce peuple dont Fernand Braudel a si bien décrit la montée progressive conduisant à la structuration d’une personnalité nationale nantie d’ une vocation prestigieuse à l’échelle du monde.
Un portrait incomplet de l’âme de la France, mais qui peut néanmoins accroître notre admiration pour ce pays qui donna naissance à la Nouvelle-France, à la nation québécoise. Une esquisse qui pourrait peut-être donner à un citoyen d’ici le goût d’amorcer une réflexion similaire sur l’âme du Québec.
LOUIS O’NEILL
Juillet 2007
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Anonyme
UNE FEMME À BERLIN
Paris, Gallimard, 2006
Cet ouvrage met à la disposition du lecteur la traduction française du journal personnel qu’une résidante de Berlin a rédigé entre le 20 avril et le 22 juin 1945, aux pires moments de la fin de la deuxième guerre mondiale alors que le régime nazi subissait les derniers coups de boutoir assenés tant par les forces alliées de l’Ouest que par la puissance armée soviétique. Utilisant des bouts de papier cueillis au hasard, l’auteure décrit ce que fut à ces moments la vie quotidienne de petites gens obligés de subir le froid, la faim, la pénurie d’eau, les bombardements ; à quoi se sont ajoutés, dans le cas des femmes, les sévices multiples infligés par les soldats soviétiques : viols à répétition et l’exigence de faveurs sexuelles en retour de nourriture ou d’autres biens de nécessité. L’horreur est décrite froidement, avec une sorte de sérénité, parfois avec humour. Les faits parlent d’eux-mêmes.
Les gens dont l’auteure décrit le sort tragique qui fut aussi le sien n’ont rien eu à dire dans la folle aventure politique et militaire qui s’est terminée dans la débâcle, les souffrances, les ruines et la mort. Ils ont subi les conséquences d’une entreprise où la confiscation du pouvoir par une bande de cerveaux brûlés et de brutes cyniques a conduit à la catastrophe une nation qui s’était signalée dans le passé par son niveau élevé de culture et de civilisation. Le journal de la Berlinoise nous montre t les victimes en train de se questionner sur les causes des malheurs qui leur tombent dessus. Elles comprennent par exemple que la brutalité de l’occupant répond aux sévices infligés aux populations de l’Est par les troupes allemandes lors de l’invasion de 1941.
Ce quotidien de peuple envahi, dominé et humilié est tissé d’angoisses et d’espoirs. Des rumeurs les plus étranges envahissent son existence, celle par exemple qui veut que Staline ait décrété que toutes les femmes qui ont un enfant russe bénéficieront d’un traitement de faveur de la part de la puissance occupante. En dépit du contexte dramatique, des liens se tissent entre vainqueurs et vaincus. Il en eut fallu de peu, en certains cas, pour qu’ils se transforment en rapports humains chaleureux. Au fait, les petite gens ne rêvent que de paix. Ce sont des idéologies nauséabondes et des appareils politiques et militaires détournés de leur mission propre qui les propulsent dans des conflits qui attisent la haine et sèment la destruction.
Le journal d’une Berlinoise plongée dans l’horreur et le mal nous invite à être attentifs à la proximité de la barbarie, de la guerre et de la violence. Ne pas dire trop vite que cela ne peut se reproduire. Depuis le journal de cette auteure anonyme il y a eu la Bosnie, la Tchétchénie, le Timor-oriental, le Kosovo, le Darfour, l’Irak. Et la liste ne cesse de s’allonger.
LOUIS O’NEILL
Juin 2007
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Max Gallo
CONSTANTIN LE GRAND
L’Empire du Christ
Paris, Fayard, 2006
Un roman, nous dit l’auteur. Une façon romancée de raconter le passé, mais qui colle de près à la réalité. Une interprétation de l’histoire qui aide à comprendre comment le christianisme, qui fut si longtemps en butte aux persécutions, est devenu l’héritier de l’empire romain, dont il a prolongé la culture, l’organisation sociale ; un héritage qu’il a enrichi de valeurs issues de la foi. Mais vont persister certaines ambiguïtés, telle par exemple celle qui concerne les notions d’autorité et de pouvoir ou encore la distinction entre le pouvoir politique et l’univers religieux.
Denys l’Ancien, le personnage qui incarne le rôle d’observateur de l’épopée constantinienne, décrit un double processus d’inculturation : d’une part, la foi chrétienne supplante de l’intérieur les vieilles croyances païennes, d’autre part elle intègre et assume la culture impériale, le pouvoir romain , les coutumes, les rituels. Constantin est le Pontifex Maximus, un titre qui sera plus tard réservé au pape. Dans l’imaginaire chrétien l’Empire demeure un idéal qu’on tentera de reproduire en Occident avec Charlemagne. Le mythe perdurera quelques siècles avant de s’estomper avec la montée des Etats-nations. Quant à l’Empire romain d’Orient, il tiendra le coup jusqu’en 1453 et, grâce à l’Orthodoxie chrétienne, marquera en profondeur l’univers culturel et social de la Russie des tsars.
Le monde que nous décrit Denys l’Ancien se situe à la charnière entre la Rome ancienne en déclin et l’émergence de la Roma nova qui annonce le triomphe du christianisme. On démolit à l’occasion des temples païens pour construire des églises. L’exemple sera imité plus tard, tel le cas de cette ancienne basilique de Vaison-la-Romaine que j’ai eu la chance de visiter et dont l’assise est faite de vestiges d’un temple païen. Un procédé bien constantinien, qui révèle une foi rude, peu portée à faire dans la dentelle et dont les racines évangéliques sont fragiles.
Cette rudesse, cette foi confuse qui recourt facilement aux contraintes et la violence, était bien enracinée chez Constantin le Grand. On en retrouve un prototype chez Charlemagne et d’autres princes chrétiens, tels ceux qui, au temps de la première Croisade, s’emparèrent de Jérusalem et massacrèrent hommes, femmes et enfants. Il faut se rappeler d’autre part que les ennemis de la foi chrétienne étaient souvent non moins violents, non moins barbares. Au fait, il est long le parcours qui conduit à plus d’humanité. Un vernis de civilisation cache parfois une épaisse croûte de barbarie.
LOUIS O’NEILL
Mai 2007
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Michel Leclerc
ISLAMÉRIQUE
Une perception québécoise
Fondation littéraire Fleur de Lys, édition francophone sur Internet, www.manuscritdepot.com
La montée de l’Islam au Québec et ailleurs en Occident retient l’attention de l’auteur, spécialiste en sciences juridiques. Mais au lieu de se complaire en impressions vagues et en réactions émotives, Michel Leclerc cherche à aller au fond des choses sans toutefois prétendre rivaliser avec les grands experts de l’Islam. Il s’agit ici d’un essai, de lecture facile et agréable, mais néanmoins riche en substance et où les points de repère retenus aident à répondre à plusieurs interrogations : attraits et champs d’action de l’Islam, faiblesses de l‘Occident face à l’Islam, faiblesses de l’Islam, valeurs de l’Occident, risques et chances d’un dialogue entre l’Occident et l’Islam.
Constat majeur qui explique la préoccupation de Michel Leclerc : l’Islam n’est pas une religion comme les autres en ce sens qu’elle englobe un système complet de valeurs et vise à régir tous les aspects de la vie collective. Des chrétiens peuvent fort bien vivre dans une société pluraliste et laïque. Pour un musulman, c’est plus compliqué, parce que le temporel, le religieux et le spirituel sont chez lui inextricablement reliés. De là les heurts et la demande d’accommodements pour qu’une place soit faite à des pratiques en apparence banales alors qu’on refuse à des chrétiens d’ici des accommodements portant sur des choses nettement plus fondamentales, telle la liberté religieuse à l’école. Les revendications islamistes provoquent aussi de l’irritation parce qu’on sait que dans plusieurs pays musulmans les chrétiens et les Occidentaux en général se voient refuser tout accommodement et subissent le poids de coutumes qui apparaissent asservissantes, tel le voile imposé aux femmes.
Tenant compte d’une telle conjoncture l’auteur pèse le pour et le contre, examine la possibilité d’un consensus sur des valeurs communes et les chances de succès d’un dialogue entre l’Islam et l’Occident. Il met en lumière la contribution de l’anthropologie chrétienne à la construction de la modernité et refuse que sous prétexte de dialogue on dilue des valeurs communes qui marquent une avancée de l’histoire, par exemple la liberté personnelle, la liberté de conscience et l’égalité de l’homme et de la femme. Il rejoint ici Hans Küng, qui préconise l’approfondissement de son propre héritage religieux et culturel comme condition préalable si l’on veut que soit fructueux le dialogue entre porte-parole de traditions différentes.
Les réflexions de Michel Leclerc peuvent aider beaucoup au dialogue social et religieux qui s’amorce présentement au sein de la société québécoise alors qu’on s’interroge sur l’identité collective du peuple d’ici tout en cherchant des réponses à des demandes d’accommodements provenant d’autres courants de pensée.
LOUIS O’NEILL
Avril 2007
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Littell, Jonathan
LES BIENVEILLANTES
Paris, Gallimard, 2006
On nous dit, en présentant l’ouvrage, qu’il s’agit d’un roman. Mais probablement aussi un entrecroisement de souvenirs, l’éclairage de documents longtemps gardés secrets, des confidences, parfois de la fiction. Un style tantôt lourd, tantôt alerte, des diversions plus ou moins superflues qui nous entraînent dans des extrapolations où s’entremêlent une sexualité trouble et quelques bribes de scatologie. Purgé d’une centaine de pages, l’ouvrage eut été plus percutant.
Le fil directeur majeur est double : l’itinéraire d’un officier SS qui réussit à tirer son épingle du jeu dans un univers de barbarie et d’immoralité et la description de ce même univers où dominent un racisme échevelé, la haine, la volonté de destruction. C’est, vue de l’intérieur, l’expérience du bourreau entraîné dans un immense dérapage collectif qui restera dans l’histoire comme une perversion indicible et une tache honteuse.
L’officier SS Aue apparaît tantôt comme un observateur froid, en apparence dissident, tantôt et plus souvent comme un collaborateur volontaire et actif, moins barbare et pervers que son entourage, mais imbu lui aussi de l’idéologie national-socialiste qu’il ne renie pas même s’il a pu en constater à maintes reprises les effets pernicieux et les retombées catastrophiques.
Le sombre tableau de l’hitlérisme que trace le roman de Littell soulève plusieurs interrogations. La première est la suivante : comment un tel dérapage collectif et une telle dégradation morale ont-ils pu se produire au cœur d’une société aussi civilisée et nantie d’un héritage culturel aussi riche ? Le personnage central du roman, amateur des arts et des lettres, illustre le paradoxe. Il nous rappelle cet officier de la Gestapo, en poste à Paris, qui supervisait des opérations de torture contre de présumés résistants avant de se rendre ensuite écouter un concert d’orgue à l’église Saint- Sulpice. Comment expliquer ce mélange de raffinement et de barbarie ?
Autre interrogation : le nazisme a triomphé dans un monde fortement marqué par le christianisme. Il signifie donc un échec pour celui-ci. Echec partiel, il est vrai, puisque de nombreux chrétiens, tant protestants que catholiques, ont résisté au régime au risque de leur vie, tels ces militants courageux regroupés dans le mouvement de la Rose blanche. Un échec social et politique dont il faudrait déceler les racines. Tout comme, à une époque plus récente, l’échec de l’Eglise catholique au Rwanda : une Eglise foisonnante en activités éducatives et sociales de grande qualité mais incapable de bloquer le processus génocidaire enclenché en 1994. Comme si les chrétiens, face à de graves perversions du pouvoir politique, n’avaient pas encore trouvé les moyens d’une intervention efficace visant à sauvegarder des valeurs humaines et éthiques fondamentales.
Ce sont de telles interrogations lourdes de gravité que l’œuvre littéraire de Jonathan Littell soulève dans l’esprit du lecteur attentif..
LOUIS O’NEILL
Mars 2007
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Barbara Tuchman
LA MARCHE FOLLE DE L’HISTOIRE
Paris, Robert Laffont, 1984
Nombreux sont les événements qui marquent l’histoire et dont on cherche toujours à comprendre les causes tellement ils défient le sens commun. Tels par exemple l’aventure américaine en Irak, la guerre du Vietnam, le conflit entre l’Irak et l’Iran, l’affrontement entre sunnites et chiites, le rêve nazi de conquérir l’Europe et le monde, le terrorisme international, etc.
Dans un ouvrage qui date de plus de deux décennies l’historienne américaine Barbara Tuchman propose une explication relativement simple, à savoir que l’histoire avance ou recule- à coup de bêtises. Trop souvent les peuples- mais surtout ceux qui les dirigent- poursuivent des politiques contraires à leurs intérêts et à ceux de l’humanité.
Prototype qui éclaire la thèse de l’auteur : : la guerre de Troie, où les Troyens optent pour une stratégie qui aboutira à la destruction de leur cité. Exemples de cas notoires de bêtises : les papes de la Renaissance qui, par leur conduite scandaleuse, préparent le schisme protestant et les guerres de religion ; les Britanniques, dont le comportement hautain et la suffisance éveillent chez les Américains le désir de devenir indépendants ; les Etats-Unis enlisés stupidement dans la guerre du Vietnam.
On pourrait ajouter de nombreux autres exemples : les guerres de religion entre catholiques et protestants en France et en Irlande du Nord, les expéditions militaires de Napoléon en Russie et en Espagne , la première Guerre mondiale, monstrueux dérapage tellement bête que les historiens ne s’entendent pas encore sur les causes qui ont contribué à son déclenchement. On est toutefois d’accord pour reconnaître que ce fut une catastrophe humaine et sociale de grande envergure qui a préparé le terrain pour la montée du national-socialisme allemand et le déclenchement de la deuxième Guerre mondiale.
Jean-Paul 11 a décrit la guerre comme une régression de l’humanité. Gaston Bouthoul parle d’épidémie mentale. Chose certaine, les instigateurs de plusieurs de ces drames ont fait preuve d’un jugement politique pour le moins déficient. De cela on sera convaincu en lisant Barbara Tuchman.
LOUIS O’NEILL
Janvier 2007
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Asne Seierstad
LE LIBRAIRE DE KABOUL
Editions JC Lattès, 2003
Ecrivaine norvégienne, Asne Seierstad a vécu dans l’intimité d’une famille afghane, au lendemain de la défaite des talibans.. Elle décrit la vie d’une famille où femmes, enfants, frères et sœurs vivent sous la férule d’un chef incontestable, au pouvoir quasi illimité, dans un cadre de vie fixé par des traditions immuables inspirées de la religion musulmane. De quoi confirmer la thèse de ceux qui parlent de choc des civilisations. L’écrivaine décrit fidèlement ce qu’elle voit, sans trop avouer son étonnement devant un style de vie et des traditions insolites à ses yeux. Elle manifeste un profond respect pour les personnes dont elle décrit la vie de tous les jours. Elle ne juge pas, ne méprise pas. Elle a su discerner les qualités humaines, le courage, la grandeur d’âme de gens dont les conditions d’existence sont, pour la plupart d’entre eux, plus que pénibles.
Un récit éclairant pour qui veut mieux connaitre l’univers islamique tel qu’il apparaît dans certains pays.
LOUIS O’NEILL
Novembre 2006
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Max Gallo
LES FANATIQUES
Paris, Fayard, 2006
L’éditeur nous avertit au départ : il s’agit d’un roman. Est-ce exact ? Un roman ou la version romancée d’un reportage, d’une réalité historique ? Un roman à clefs ? Ce que Max Gallo décrit fait peur, donne le frisson. Si c’était vrai? Le personnage Malek Akhban, qui occupe une place centrale dans le récit, est-il le double d’un acteur réel qui joue un rôle crucial dans la montée de l’islamisme en France ?
Autre personnage qui intrigue : Julien Nori, professeur à la Sorbonne, dont la fille s’est convertie à l’islam et qui se heurte au choc des civilisations. Il tente d’en savoir plus sur le rôle joué par Malek Ahhban. Il sera assassiné dans des circonstances mystérieuses.
Max Gallo nous laisse avec nos supputations. Il entrouvre une porte, mais ne semble pas vouloir prendre le risque de nous annoncer clairement ce qui nous attend de l’autre côté. De la part d’un homme qui n’a rien d’un timoré, autant de précaution étonne. Au-delà du roman, quelle est la situation concrète qu’il voudrait porter à notre attention ?
LOUIS O’NEILL
Septembre 2006
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MIEUX CONNAÎTRE LA GUERRE
Pour Gaston Bouthoul, fondateur de la polémologie, la guerre constitue un macro-phénomène étrange. Dans son Traité de polémologie ( Paris, Payot, 1970), réédité depuis le décès de l’auteur, Bouthoul effectue un survol des conflits qui ont marqué l’histoire, évoquant les facteurs religieux, économiques , psychologiques et culturels qui peuvent exercer un impact tangible sur le déclenchement des affrontements sanglants entre nations ou entre collectivités au sein d’une même nation. Il parle d’épidémie sociale, comme si , à certains moments de l’histoire , la guerre s’emparait des hommes , alors que ceux-ci sont persuadés d’être les seuls maîtres de la décision de recourir à la violence. C.est par exemple ce qui, selon des historiens, se serait produit en 1914, alors que les décideurs politiques embourbés dans des querelles d’importance secondaire ont déclenché sans raison valable un conflit destructeur qui, mal résolu, a préparé la deuxième guerre mondiale.
Dans Avoir la paix ( Paris, Grasset,1967), Bouthoul nous offre un essai de philosophie sociale enrichi d’observations précieuses de nature sociologique et éthique , éclairées par une connaissance approfondie de l’histoire. A l’adage qui soutient que celui qui veut la paix doit préparer la guerre Bouthoul répond que c’est en préparant la paix qu’on obtient la paix. Quelques thèmes : asseoir la paix, préserver la paix, enseigner la paix, les complexes belligènes, la paix nucléaire, la coexistence pacifique.
LOUIS O’NEILL
Septembre 2006
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Le défi de la paix : la promesse de Dieu et notre réponse
Lettre pastorale des évêques américains, 23 juin 1983,
Documentation catholique , no.1856, 24 juillet 1983.
Le document reflète les préoccupations de l’époque au sujet des risques d’une guerre nucléaire. Il a donné l’occasion à des théologiens, des pasteurs, des militaires, des scientifiques représentant différents domaines d’exprimer leur façon de voir eu égard aux risques que court l’humanité dans un contexte où le progrès technologique accroît considérablement le potentiel des armes de destruction Quelques thèmes particulièrement intéressants : la notion biblique de paix, les critères de la guerre juste, la non-violence, la menace nucléaire, le principe de dissuasion, la promotion de la paix, l’éducation à la paix, la participation des communautés chrétiennes à l’édification de la paix.
LOUIS O'NEILL
Août 2006
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Pierre Vadeboncoeur
L’INJUSTICE EN ARMES
Montréal, Lux Editeur, 2006
Un recueil de courts textes publiés à divers moments face à l’actualité. L’auteur nous convoque à une réflexion en profondeur sur la conjoncture mondiale, plus précisément sur celle que contribue à façonner la politique impériale américaine. Comme un second regard qui aide à décrypter le discours officiel, la pensée unique qu’on cherche à imposer comme la seule vérité, la seule interprétation des événements en cours.
« Les Etats-Unis, écrit Vadeboncoeur , sont maintenant dans la condition d’avoir à réagir à des faits indépendants de leur volonté mais dont ils sont néanmoins les premiers responsables. La situation leur .échappe, mais ce sont eux qui l’ont amenée »
Comme jadis la situation en Russie échappa à Napoléon ou encore celle qui prévalut en Espagne et dont il était le premier responsable. A cause des Américains, voilà que nous faisons face nous aussi à une conjoncture fabriquée de toutes pièces. « Il faut comprendre la politique américaine en Irak non point d’abord comme une problématique, mais comme une volonté…. De l’impérialisme à l’état pur, à travers les turbulences de l’heure ».
L’enlisement américain entraînera-t-il le nôtre, celui du Canada et du Québec ? Est-il possible de rétablir l’autorité morale de l’ONU face à la recherche d`hégémonie qui guide les plans du président Bush et de son entourage ? Le peuple américain va-t-il contester cette stratégie suicidaire comme il s’était opposé à la guerre du Vietnam ? Autant de questions qui viennent à l’esprit en méditant les propos de Vadeboncoeur.
Des propos percutants, une pensée claire, un style direct. L’œuvre sans prétention mais combien utile d’un homme de profondeur, un de nos meilleurs écrivains québécois.
LOUIS O’NEILL
Juin 2006
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ESCLAVAGE ENCORE AUJOURD’HUI
C’est le titre qui coiffe un dossier percutant du magazine français L’EXPRESS (5 mai 2006). L’esclavage est un fléau qui perdure de nos jours dans plusieurs pays africains et arabes. Eric Conan , auteur d’un des textes, rappelle que « la terrible traite transatlantique, du xvi ème au xix siècle, ne constitue malheureusement qu’une partie de l’histoire de l’esclavage, qui comprend également la traite arabo-musulmane, laquelle a duré du vii ème au xx ème siècle , et la traite intra-africaine, toutes deux plus meurtrières ».
Traite intra-africaine sur fond de culture musulmane : c’est ce à quoi est consacré ce dossier où on décrit plus spécifiquement la situation qui prévaut au Niger. Dans ce pays, l’un des plus pauvres de la planète, on dénombre plusieurs milliers d’hommes, femmes et d’enfants victimes des pratiques esclavagistes, même si l’esclavage y est officiellement interdit. La loi est là, mais la coutume est plus forte que la loi. Un facteur majeur qui explique la situation : la complicité de gens proches du pouvoir qui n’aiment pas qu’on parle d’esclavage, puisque, disent-ils, c’est interdit et donc c’est comme si ça n’existait pas. Réaction pas tout à fait surprenante, écrit Jean-Sébastien Stelhi, car « le gouvernement est en effet constitué de chefs qui ont eux-mêmes des esclaves. Par exemple, le président Seyni Kountché, à la tête de l’ancienne dictature militaire, venait d’une famille de chefs. Le gouvernement n’encourage pas l’application de la loi, car il estime que parler de cette pratique- fût-elle ancestrale- nuit à l’image du pays ».
Timidria, une organisation nigérienne vouée à la lutte contre l’esclavage, accomplit un travail exemplaire. Elle reçoit l’appui d’Oxfam, notamment dans les initiatives visant à l’instruction des enfants de nomades libérés.
On est impressionné, en parcourant le dossier, du courage de ces Nigériens qui ont décidé, nonobstant le poids des coutumes et le refus d’agir du pouvoir politique , que les choses devaient changer.
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A lire aussi (LE POINT, 4 mai 2006), La vérité sur l’esclavage, un texte bien documenté de Catherine Golliau. L’histoire de l’esclavage, les sociétés esclavagistes, les chrétiens qui ont pratiqué l’esclavage et d’autres ( surtout des quakers et autres mouvements protestants )qui ont lutté pour son abolition, les prétendues justifications de l’esclavage ,etc.
LOUIS O’NEILL
Mai 2006
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VIVRE SANS CROYANCE ?
« Nul homme ne peut vivre sans croyance » C’est là un des aphorismes que nous sert Jean-Claude Guillebaud dans La force de conviction, Paris, Seuil, 2005. Trois thèmes majeurs : un siècle de « décroyance », le retour des idoles., à quoi pouvons-nous croire ?
Le mot croire déborde ici le volet religieux. La « décroyance » ne se manifeste pas seulement par un déclin relatif des religions traditionnelles. Elle a atteint aussi les institutions civiles et ce qu’on a appelé « les religions séculières », dont le marxisme constitue l’incarnation historique la plus spectaculaire. . De nouvelles idoles (néolibéralisme, scientisme, rectitude politique, nouvelles technologies, modes médiatiques) apparaissent comme des réponses au besoin de croyance.
Il arrive de nos jours qu’on glisse de la croyance à la crédulité. L’auteur consacre des pages décapantes à ce phénomène, illustré par l’apparition de nouvelles sectes. . Une statistique troublante : en France, le chiffre d’affaires des « voyants » représente le triple des dépenses de consultation des médecins généralistes et à peu près l’équivalent des crédits publics alloués au ministère de la Recherche (p.134) . Même de grands esprits ne sont pas à l’abri de l’idolâtrie. Guillebaud rappelle ( p.151) le cas de Voltaire, adversaire vigilant de tout catéchisme, « qui trouvait malgré tout des intonations terriblement dévotes pour célébrer les vertus quasi religieuses de l’argent et la grandeur inégalée de la Bourse de Londres ».
En réponse à la question : à quoi pouvons-nous croire ?, l’auteur propose quatre points de réflexion : le besoin de croyance, la nécessité d’un consensus collectif sur certaines valeurs, l’urgence de laïciser la science et la technique, la place de la Révélation. En épilogue, il fait paradoxalement l’éloge de l’institution ( Eglises, structures politiques, syndicats, universités ) prise entre deux tentations : la citadelle et le musée ,mais capable de renouvellement grâce aux esprits libres qui, tout en étant solidaires de l’institution, force celle-ci à se renouveler.
« L’inventivité d’une pensée est inséparable de sa dissidence préalable. C’est parce qu’elle a choisi d’échapper au cléricalisme d’une institution qu’elle se révèle capable de créer en innovant. Le « plus » apparaît comme la récompense du retrait. Le pas de côté rend la création imaginable. Il n’empêche que ladite création est, malgré tout, nourrie du substrat théorique et conceptuel, dont seule l’institution peut assurer la sauvegarde et la transmission sur la durée. L’institution demeure la matrice sur laquelle prend appui la dissidence qui, après coup, la conteste. Au-delà des apparences, existe donc, entre l’une et l’autre, une manière de rétroaction en boucle »(p.382-383). Cette tension institution-dissidence caractérise bien la crise vécue par le monde juif au début de l’ère chrétienne, ou encore celle que vit l’Eglise catholique depuis Vatican 11.
LOUIS O’NEILL
Mai 2006
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LES RESISTANTS OUBLIES
On parle peu de ceux et celles qui, au temps de la dictature nazie, ont commis des actes de résistance au risque de leur vie. Dans Des Allemands contre Hitler ( Paris, Cercle du nouveau livre de France, 1966), l’historien et journaliste Terence Prittie rappelle à notre mémoire les prises de position et les initiatives d’hommes et de femmes , chrétiens ou non-chrétiens, catholiques ou protestants, conservateurs ou socialistes, militaires ou civils, qui refusèrent de demeurer passifs face aux horreurs commises par le régime, encore qu’ils aient ignoré parfois les pires d’entre elles, par exemple les pratiques d’euthanasie envers les malades mentaux , les violences exercées contre les populations de territoires occupés et l’extermination systématique des Juifs.
En préface, Hugh Trevor-Roper écrit : « Je ne vois pas d’Allemands dont le souvenir mérite d’être mieux conservé que celui de ces véritables membres de la Résistance, qui refusèrent- à quel prix !- de s’incliner devant le sinistre Léviathan, en apparence invincible, du XXème siècle et qui, en outre, demeurent un exemple pour la nouvelle génération : Tresckow et Stauffenberg, Moltke et Leber, les prêtres catholiques Alfred Delp et Provost Litchtenberg, les évêques protestants Wurm et Meiser, le pasteur Paul Schneider et les jeunes idéalistes de la « Rose blanche » .
Le film Sophie Scholl : les deniers moments (voir Bloc-notes) met en lumière l’héroïsme d’une poignée de jeunes étudiants qui ont osé affronter la machine hitlérienne. Dans La rose blanche Paris, les Editions de Minuit,1953, Inge Scholl trace l’histoire de leur aventure héroïque.
Au temps de la dictature nazie, ce sont des milliers de résistants allemands qui, par les risques courus et, en maints cas, par le sacrifice de leur vie, ont défendu des valeurs morales fondamentales et sauvé l’honneur de leur pays.
LOUIS O’NEILL
Mai 2006
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LE LEVAIN DANS LA PATE
On observe de nos jours des changements sociaux et politiques nombreux en Amérique latine, une évolution qui va dans le sens d’un progrès tangible de la démocratie et de la justice sociale. Certains facteurs de changement ont une source chrétienne : l’activité prophétique d’évêques tels que Dom Helder Camara, l’engagement sur le terrain des communautés de base et aussi la théologie de la libération qui, pareille à un levain dans la pâte, a contribué à transformer de l’intérieur la manière de croire et de vivre de milliers de croyants.
Dans Théologie de la libération , (Bruxelles, Lumen Vitae,1974) Gustavo Gutiérrez a fait œuvre de pionnier. Il a été un chef de file dans la création et l’essor de ce nouveau courant théologique qui constitue une extension de la pensée sociale chrétienne. A sa manière il a concrétisé un souhait de Pie XII, lequel estimait qu’il était urgent de donner à la pensée sociale chrétienne son maximum d’efficacité, c’est-à-dire faire en sorte qu’elle dépasse le stade de la réflexion théorique et abstraite pour devenir un levain qui soulève la pâte, un ferment qui transforme les mentalités et influe sur les structures et l’ordre social Gutiérrez rejetait la théorie de la privatisation de la foi et avait pris ses distances avec un christianisme traditionnel apparenté au conservatisme social .
Quelques thèmes éclairants : la théologie comme réflexion critique sur la praxis, libération et développement, la nouvelle chrétienté, l’Eglise dans le processus de libération, libération et salut, rencontre de Dieu avec l’histoire, eschatologie et politique, praxis de libération et foi chrétienne, évangélisation libératrice, classes exploitées et peuple de Dieu.
Un ouvrage substantiel où le lecteur puisera une nourriture substantielle.
LOUIS O’NEILL
Mars 2006
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PIONNIER DE LA REVOLUTION TRANQUILLE
Nombreux sont ceux à qui on a attribué l’honneur de faire partie de la cohorte des pionniers de la Révolution tranquille, tels Georges-Henri Lévesque, Jean Lesage, Georges-Emile Lapalme, René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie, Michel Bélanger, Claude Morin, André Marier, Gérard Filion, André Laurendeau, Gérard Dion, Alphonse-Marie Parent, etc.
On retrouve plusieurs de ces personnalités mentionnées dans le premier tome de la volumineuse biographie que Pierre Duchesne consacre à Jacques Parizeau, dont la brillante carrière d’homme politique estompe celle qui fut sienne à titre de grand commis de l’Etat oeuvrant au sein de la fonction publique au moment même où le Gouvernement Lesage engageait la société québécoise dans un grand virage historique qui, à partir des acquis du passé, la projetait en quelques années en pleine modernité.
Jacques Parizeau, tome 1, Le croisé, de Pierre Duchesne nous fait revivre cette époque de changements profonds qui a vu de petites équipes de pionniers investir avec enthousiasme leur compétence, leurs énergies et leur volonté de servir dans une série de réformes qui ont transformé l’image du Québec : modernisation de la fonction publique, nationalisation du réseau hydro-électrique, instauration d’un nouvel ordre financier, création de la Caisse de dépôt, création du ministère de l’éducation, etc. Dans plusieurs dossiers Jacques Parizeau joue un rôle-clé. Il se révèle à la fois visionnaire, rationnel, prudent et audacieux. Les circonstances se prêtent aux initiatives non dépourvues de risque. Ainsi, les manœuvres préparatoires qui aboutissent à la nationalisation de l’électricité tiennent du thriller. On lit la description qu’en fait Pierre Duchesne comme on lit un roman.
Pas gnangnan ce Jacques Parizeau qui, avec d’autres, a été un pionnier visionnaire et audacieux de la Révolution tranquille. Ce sont des gens de cette trempe qui donnent le goût du Québec.
LOUIS O’NEILL
Février 2006
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MIEUX CONNAÎTRE TEILHARD
Je regrette de si peu connaître Teilhard de Chardin. Je regrette encore plus que des intellos de bon calibre, croyants ou non, ne le connaissent pas du tout, pour ainsi dire. J’ajoute donc quelques titres au célèbre ouvrage Le phénomène humain, Editions du Seuil 1955.
De Teilhard lui-même je retiens Comment je crois, Editions du Seuil, 1969 ; Mon univers, Editions du Seuil, 1965 ; Ecrits du temps de la guerre( 1916-1919), chez Grasset.
Je recommande un collectif de haute qualité, Teilhard de Chardin, Collection Génies et réalités, chez Hachette, 1939. Avec la participation de Madeleine Barthélemy-Madaule, Jean de Beer, Claude Guénot, Jean Daniélou, Roger Garaudy, Henri de Lubac ,,Jacques Madaule, Jean Piveteau. Le cheminement passionnant d’un esprit supérieur qui fut à la foi grand savant et grand croyant. Photos et illustrations d’une qualité exceptionnelle.
LOUIS O'NEILL
Janvier 2006
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LES AVENTURES DE PAUL
Les aventures de Tintin passionnent les jeunes et les moins jeunes. Pour ma part, j’ai trouvé passionnant le récit des vraies aventures de Paul de Tarse telles que racontées par. Alain Decaux dans L’avorton de Dieu (Paris, Perrin/Desclée de Brouwer, 2000). L’éminent homme de lettres et membre de l’Académie française a suivi pas à pas le tracé du cheminement de Paul. Il a pour ainsi dire mis ses pieds dans les empreintes laissées par le grand aventurier de Dieu, depuis Tarse jusqu’à Jérusalem , puis de Damas et de nouveau à Jérusalem, pour ensuite parcourir les routes qui mènent à Antioche, en Anatolie, en Grèce, à Chypre et aboutir à Rome, où l’aventure connaîtra son dénouement avec l’emprisonnement et le martyre de l’Apôtre.
L’Empire qu’il parcourt est immense, l’homme est de frêle apparence, dispose de peu de moyens et vit de son métier de tisseur de tentes. Mais un puissant feu intérieur l’habite. Il fait la navette d’une petite communauté juive à l’autre, recommence partout le même plaidoyer en faveur du Christ ressuscité, provoque des réactions parfois violentes, encaisse des coups durs, mais n’abandonne jamais.
Il dicte à un secrétaire des lettres que celui-ci grave sur du papyrus ou de vieilles peaux. Il expédie ses épitres ici et là, un peu au hasard pourrait-on dire, tellement les risques sont grands que les envois se perdent en route .Ces écrits précèdent les Evangiles. Ils forment l’assise théologique et spirituelle de base sur laquelle s’appuient de petites communautés de croyants et qui les unit entre elles. Ainsi prend racine peu à peu un minuscule monde chrétien au sein du vaste Empire romain.
Celui qui se nomme lui-même l’avorton de Dieu n’est pas découragé par l’ampleur de l’entreprise. Il est tenace. Il prêche, laissant à d’autres le soin de baptiser les nouveaux convertis, s’occupe de bien structurer les petites communautés locales et veille à ce qu’on place à leur tête des pasteurs fiables. Il affronte des ennemis qui veulent sa peau et doit parfois s’enfuir quand les menaces deviennent trop pressantes. Il n’hésite pas à utiliser son privilège de citoyen romain quand cela peut faire progresser la cause de la foi nouvelle. Il sait être tantôt audacieux, tantôt astucieux, toujours pleinement donné. Il fait penser à ces Jésuites conquérants de l’ère moderne, à la fois audacieux, imaginatifs et pleinement donnés dont Jean Lacouture a décrit les accomplissements spectaculaires dans Les conquérants (Editions du Seuil, 1991).
L’apôtre Paul faisait usage de papyrus et de peaux dites de Pergame. Je me prends à imaginer ce qu’il aurait fait avec l’imprimerie, la radio, la télévision, l’internet.
LOUIS O’NEILL
Janvier 2006
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Gary Caldwell
Emile Robichaud
QUI A PEUR DE LA LIBERTE?
Editions Oikos, 2000
La machination orchestrée autour des états généraux sur l’éducation et le rapport Proulx a connu son apothéose avec l’adoption de la loi 95, en juin 2005. Des voix dissidentes ont tenté de se faire entendre. Mais lors de la tenue de la commission parlementaire sur l’éducation qui a précédé l’adoption du projet de loi, le ministre n’a accepté d’inviter, sauf pour un cas d’exception incontournable, que des groupes qui étaient favorables à son projet. Les dissidents ont été forcés au silence. L’ouvrage concis et bien documenté de Gary Caldwell et d’Emile Robichaud nous apprend qu’il existe au Québec d’autres points de vue sur l’éducation et les droits des parents que ce qui a été concocté par les gourous du Ministère de l’éducation et les rédacteurs de la loi 95.
Le titre de l’ouvrage se veut une manière de nous rappeler que l’enjeu fondamental des débats récents en éducation, c’est la liberté, plus précisément la liberté religieuse, un pan de la liberté tout court. Précieuse liberté qui, on doit l’espérer, marquera le visage du Québec nouveau en gestation.
LOUIS O’NEILL
Décembre 2005
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LA PASTORALE DES SANTONS DE PROVENCE
Un beau texte à lire, mais surtout un très beau conte de Noël à écouter grâce à l’enregistrement Poly Gram de Deutsche Grammophon . Le récit est tiré du recueil de contes Ma Provence à moi, d’Yvan Audouard. Le conteur révèle ce qui s’est passé la nuit de Noël « quand Fontvieille s’appelait Bethléem ». Dans une ambiance de poésie imprégnée d’humour et de tendresse le mystère de l’Incarnation pénètre en douceur le quotidien des hommes. . L’ange Boufareou, Joseph et Marie, le bœuf et l’âne ( qui parlent avec l’accent!), le paresseux de meunier, le berger, la poissonnière, Pistachié, le boumian et le gendarme, le ravi, l’aveugle, le tambourinaire, Roustido, l’arlésienne, les Rois mages : chaque santon vit l’événement à sa manière, exprime ce qu’il ressent dans un langage coloré , où la grandeur du mystère rejoint le quotidien humble et simple des petites gens. C’est un beau conte populaire, ce n’est pas de la théologie, mais ça éclaire l’esprit et ça réchauffe le cœur plus que beaucoup de savantes cogitations théologiques.
J’ai écouté déjà peut-être cent fois La pastorale des santons. A chaque nouvelle audition j’ai l’impression d’apprendre quelque chose de nouveau sur la venue de Dieu parmi nous.
LOUIS O’NEILL
Décembre 2005
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ABBE PIERRE
Avec
Frédéric Lenoir
MON DIEU… POURQUOI?
Paris, Plon , 2005
C’est le testament spirituel du fondateur d’Emmaüs. A 93 ans, l’homme le plus populaire de France dit sa foi en toute simplicité, avec beaucoup de fraicheur, identifiant des questions qui le préoccupent à titre de croyant : le péché originel, le célibat des prêtres, la place des femmes dans l’Eglise, le problème du mal et de la souffrance, la tendance à la papolatrie, etc. Il révèle ce qui éclaire et anime sa foi : une relation personnelle avec le Christ, l’Eucharistie, la liberté chrétienne , l’amour au cœur du christianisme, etc. Pas un traité de théologie, simplement des paroles brèves qui viennent du cœur, marquées au coin d’une franchise qui émeut. Ainsi : « Le christianisme, c’est une rencontre de personne à personne. C’est l’Evangile qui continue. Ce n’est pas autre chose » Ou encore cette proposition audacieuse : « Il faut libérer l’Eglise de la tutelle romaine sur toutes les Eglises locales, de son centralisme politique et juridique. C’est une condition pour que l’Eglise redevienne pleinement évangélique et pour la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité » Et cette interpellation savoureuse « Quand j’arriverai au ciel, l’une des premières questions que je poserai à Dieu sera : « Comment faites-vous, les trois personnes divines, pour ne jamais vous disputer? ».
Une lecture agréable, tonifiante, un antidote contre la morosité dont souffrent beaucoup de chrétiens.
LOUIS O’NEILL
Décembre 2005
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Guy Durand
LE QUEBEC ET LA LAÏCITE
Avancées et dérives
Les Editions Varia, Montréal, 2004
Un ouvrage concis, solidement documenté, qui apporte de la lumière dans le débat sur la laïcité, où la confusion obnubile les esprits. Une confusion habilement entretenue par des gens de plume et de parole engagés dans une croisade visant à pratiquer une coupe à blanc dans l’héritage chrétien qui a fortement marqué la société québécoise. Guy Durand, juriste et éthicien , s’applique avant tout à définir les mots, à resituer le problème de la laïcité dans son contexte historique, à mettre en lumière le fait que ladite laïcité, bien comprise, n’a rien de commun avec un laïcisme borné et agressif, celui-là même qui guide la stratégie visant à déchristianiser radicalement la société québécoise.
L’analyse de Guy Durand peut aider un certain nombre de chrétiens un peu candides, incluant des clercs et quelques prélats, à mieux réaliser que la suppression de l’enseignement religieux, décrétée par la loi 95 votée par l’Assemblée nationale, compromet l’avenir de la liberté religieuse, composante de la liberté tout court.
LOUIS O’NEILL
Novembre 2005
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Jacques Rouillard
LE SYNDICALISME QUÉBÉCOIS
Deux siècles d'histoire
Boréal, 2004
Deux siècles d’histoire : c’est dire que le syndicalisme ouvrier a pris racine relativement tôt en terre québécoise. Ce fut à l’origine le fruit de mouvements de contestation spontanée face aux abus du capitalisme industriel. S’enclenchera ensuite un processus d’organisation méthodique qui aboutira peu à peu à la mise sur pied des vastes organisations syndicales que nous connaissons aujourd’hui.
C’est ce long cheminement que décrit Jacques Rouillard. Le point de départ se situe dans les années 1820 alors que surgissent ici et là des mouvements de résistance ouvrière. Vers la fin du XIXième siècle apparaissent des organisations structurées comme les Chevaliers du travail et des syndicats qui sont des succursales des unions américaines. Des regroupements dits nationaux prennent aussi forme et tiennent à se distinguer des unions qui vivent sous tutelle étrangère.
Dans ce contexte naît le syndicalisme catholique. Il emprunte une voie originale, une sorte de troisième voie balisée par la confessionnalité. D’une part il récuse le socialisme et la neutralité religieuse, d’autre part il cherche à donner une forme concrète à l’enseignement social de l’Église auquel l’encyclique Rerum novarum vient d’insuffler un élan nouveau. Grands thèmes de l’encyclique : refus de la solution socialiste, affirmation du droit de propriété étendu aux travailleurs, primauté du travail, droit d’association, préférence pour un syndicalisme confessionnel, obligations de l’État envers la classe ouvrière, réforme des mœurs.
Des syndicats catholiques prennent racine en divers points du territoire québécois. En 1921, ils se regroupent dans une grande centrale, la Confédération des syndicats catholiques du Canada (CTCC). D’autres groupements d’inspiration catholique se développent en parallèle, tels les syndicats d’enseignants. Quant à la CTCC , elle abandonnera son statut confessionnel en 1960 pour devenir la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
Les syndicats dits neutres vont se libérer progressivement des tutelles américaine et anglo-canadienne pour former la puissante Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). En solidarité avec d’autres syndicats, ils vont jouer un rôle important non seulement dans l’organisation des milieux de travail, mais aussi dans les domaines socio-économique et politique eu égard à des problèmes comme ceux du droit au travail, les normes minimales de travail, la négociation collective, la réforme du Code du travail, l’assurance-chômage, la gratuité des soins de santé, le logement social, la réforme de l’éducation, etc. Diverses associations syndicales se regroupent à l’occasion pour atteindre plus efficacement des objectifs communs. La CSN exercera à l’occasion la fonction de catalyseur dans la formation des fronts communs.
Même si telle n’est pas la préoccupation première de l’auteur, l’ouvrage de Jacques Rouillard contribue à mettre en lumière l’importance du rôle joué par le syndicalisme dans la construction de la société québécoise longtemps soumise à une domination étrangère et à des forces économiques commandées de l’extérieur. On doit beaucoup au militantisme syndical pour les progrès réalisés dans des dossiers tels que le partage équitable de la richesse collective, les gains sociaux, la défense et la promotion de la langue française, le combat pour la souveraineté nationale. Le poids politique des travailleurs a renforcé la tendance lourde qui joue en faveur de l’indépendance du pays d’ici.
La mondialisation de type néo-libéral et les perturbations causées par un capitalisme financier débridé placent le syndicalisme devant des défis de dimension cosmique. L’expertise que possède le syndicalisme québécois, où se conjuguent des paramètres éthiques consistants et une bonne dose de pragmatisme, le prépare à jouer un rôle de premier plan dans la nouvelle conjoncture qui commande que les travailleurs de tous les pays s’unissent dans le but de construire un modèle inédit d’une mondialisation qui libère au lieu d’asservir.
LOUIS O’NEILL
Octobre 2005
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